Drame de Banlo: « quelle tristesse! et quelle honte ! » déplore une magistrate ressortissante du village

Drame de Bouroum-bouroum : Quelle tristesse ! et quelle honte !
Triste et honteux pour ma personne, du fait que ce drame émane des habitants de mon village paternel ;
Triste et honteux également, parce-qu’on a voulu comparer un phénomène imprévisible et inattendu à un acte volontaire sauvagement mûri et mortel tel, le lynchage.

L’accident par essence n’est souhaité de personne pas même par les auteurs répréhensibles.
Si l’accident peut trouver son explication dans plusieurs facteurs fautifs tels, le défaut de maîtrise, l’excès de vitesse, l’imprudence, la négligence, la défaillance du système mécanique due parfois au défaut de visite technique, etc.., le lynchage qui est un acte volontaire et sauvagement perpétré sur la personne d’autrui avec une violence indescriptible, ne saurait quant à lui, s’expliquer ou être toléré. Ce type d’acte n’est pas moins terroriste que ceux commis par des individus qualifiés d’hommes armés et non identifiés. Pire, les auteurs de tels actes(lynchages) ne rendent souvent pas service aux victimes vivantes ou aux ayant-droits des victimes décédées qui restent parfois sans dédommagement lorsque suite à l’accident les biens de l’auteur de l’accident sont brûlés ou endommagés par des individus jouant aux justiciers alors que ces biens auraient pu servir à dédommager la victime ou ses ayant-droits en cas de défaut d’assurance.

Dans le cas d’espèce, la situation est gravissime en ce sens qu’on a non seulement ôté la vie à l’auteur de l’accident mais également à des occupants non conducteurs du véhicule. Que veulent finalement les gens ? Une justice à l’image de celle de la jungle ou quoi ? Quel service peut-on rendre aux personnes qu’on veut venger en agissant de la sorte ? Bien au contraire, on les enfonce davantage en rendant quasiment impossible le dédommagement des parties civiles. Par crainte d’ailleurs de ces lynchages, certains auteurs d’accidents sont obligés pour avoir la vie sauve, de commettre le délit de fuite tout en laissant la victime à son propre sort !

Face à la récurrence de pareils drames dans nos sociétés, le gouvernement du Burkina Faso est plus que jamais interpellé à faire preuve de civisme vis à vis des décisions de justice qui semblent n’avoir plus de force exécutoire dans notre pays. Si l’Etat même ne semble pas donner le bon exemple en exécutant certaines décisions de justice, cela peut laisser place à la justice privée, à la loi de la jungle à l’image du fameux drame de Bouroum-bouroum ou de celui de Yirgou. La crédibilité d’une justice est fonction de la force exécutoire des décisions qu’elle émet et c’est cette force exécutoire ou cet espoir de savoir qu’une victime sera restaurée dans son droit, qui contraint le citoyen au respect du civisme et des règles éthiques.

Pour finir, je souhaite vivement paix aux âmes de toutes ces victimes et condoléances aux familles explorées ! sans douter toutefois , que la justice ferait la part qui lui revient en s’occupant des auteurs de ces crimes crapuleux !

Un écrit de I.B.E. DOLI, magistrate.

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