Accusée de sorcellerie, une veuve raconte son calvaire devant le tribunal de Fada

6 personnes, dont le chef d’un village, ont comparu le mercredi 14 janvier 2026 devant le Tribunal correctionnel de Fada N’Gourma pour des faits d’accusation aggravée de pratique de sorcellerie. À la barre, la principale victime, une veuve, a livré un témoignage sur les violences subies après avoir été désignée comme responsable de plusieurs décès dans son village.
Les faits remontent à novembre 2025. T.P., une veuve, affirme avoir été accusée par des membres de son village d’être à l’origine de plusieurs morts, allant jusqu’à être présentée comme celle qui aurait « séquestré 42 âmes ». Ces accusations, selon la plaignante, ont marqué le début d’un véritable calvaire.
À la barre, elle est revenue sur l’un des épisodes de cette affaire. Un soir, alors qu’elle s’était rendue au domicile de N.J., souffrante, pour lui rendre visite, la situation aurait dégénéré. À peine entrée, la malade se serait saisie d’un morceau de bois pour la frapper violemment, l’accusant d’être à l’origine de sa maladie. N.J., qui s’est présentée devant le tribunal comme une voyante guidée par des esprits, n’a pas nié les faits. Elle a expliqué qu’elle a peur à chaque fois qu’elle aperçoit la victime. « C’est à ce moment que mes esprits m’ont révélé que c’est une sorcière patentée », a-t-elle affirmé.
Interrogée par le président du tribunal sur les preuves de ses accusations, la prévenue s’est contentée de répondre que ses esprits le lui avaient dit. « Jetez un coup d’œil dans la salle et détectez-y les sorciers », lui a alors répliqué le président, provoquant une vive hilarité dans la salle d’audience.
Selon la victime, la situation s’est encore aggravée après le décès d’un enfant dans le village. Lors d’une nouvelle transe, la voyante l’aurait de nouveau désignée comme responsable du drame. La scène aurait été filmée puis largement diffusée, contribuant à attiser la colère populaire.
T.P. a ensuite raconté avoir été conduite de force devant des fétiches et dans des lieux dits sacrés pour être contrainte d’« avouer » et de renoncer à la prétendue pratique de sorcellerie. « Ils m’ont malmenée, traînée, torturée et battue dans le village », a-t-elle confié. Elle a également expliqué que le chef du village, qui avait initialement tenté de la défendre, a fini par être lui aussi accusé d’être sous l’emprise d’un ensorcellement. Sous la pression du groupe, le patriarche aurait alors changé de position et rejoint les accusateurs. À leur tour, les autres prévenus ont déclaré s’être fiés aux révélations de la voyante pour agir contre la victime.
Dans ses réquisitions, le procureur a estimé que les faits reprochés au chef du village n’étaient pas établis, d’autant plus que la victime elle-même a reconnu qu’il avait cherché à la protéger. Il a requis sa relaxe au bénéfice du doute.
Concernant N.J., la voyante, le ministère public a demandé une peine de 12 mois d’emprisonnement, dont 6 mois ferme, assortie d’une amende de 250 000 F CFA ferme. Pour les 4 autres prévenus, il a requis 12 mois de prison avec sursis et une amende ferme de 250 000 F CFA chacun.
À l’issue des débats, le tribunal a relaxé le chef du village ainsi qu’un autre prévenu au bénéfice du doute. La voyante a été condamnée à 12 mois d’emprisonnement dont 6 mois ferme et à une amende de 250 000 F CFA ferme. Les autres accusés ont écopé de 12 mois de prison avec sursis et d’une amende ferme de 250 000 F CFA chacun. Tous ont été condamnés ensemble à verser 300 000 F CFA à la victime à titre de dommages et intérêts.
Source : Sidwaya
Diane SAWADOGO/ MoussoNews



