Prise en charge des pathologies féminines : L’amère réalité financière des femmes

Depuis plus de 12 ans, Maria (nom d’emprunt), une jeune femme d’une trentaine d’années, lutte contre une pathologie mammaire qui a bouleversé sa vie et celle de sa famille. Errance médicale, traitements coûteux, absence de soutien et épuisement financier, son cas met en lumière les difficultés auxquelles sont confrontées de nombreuses femmes dans l’accès aux soins spécialisés, surtout sur la prise en charge des maladies féminines.

À l’hôpital Yalgado Ouédraogo, l’atmosphère est lourde ce jour-là. Assises sur un banc froid, la mère et la sœur de Maria fixent la porte du bloc opératoire et attendent. Derrière cette porte, la jeune femme subit une ablation du sein, après des années de souffrance silencieuse. Le temps semble suspendu. Les regards sont vides, les voix basses. C’est dans cette attente, chargée d’angoisse, que la famille accepte de témoigner.

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Assises sur un banc froid, la mère et la sœur de Maria fixent la porte du bloc opératoire et attendent

La maladie de Maria débute alors qu’elle est encore élève en quête de son Baccalauréat. Nous sommes autour de 2012. Le sein commence à gonfler progressivement, jusqu’à devenir une masse lourde et douloureuse. « Elle était encore à l’école quand tout a commencé. On pensait que ça allait passer », confie sa sœur, Odile (nom d’emprunt).

Les premiers examens parlent d’un kyste, puis plus tard d’un cancer. La famille entre alors dans un long parcours médical, sans certitude et sans véritable accompagnement.

De Bobo-Dioulasso à Ouagadougou. De là, commence une tournée dans les hôpitaux. Schiphra, Saint Camille, Yalgado, et pas qu’une fois. « En 2021, les hôpitaux étaient devenus comme notre maison. On passait notre vie entre les consultations, les examens et les traitements », raconte la sœur.

Plusieurs interventions chirurgicales sont effectuées. Odile se souvient d’une intervention d’une équipe médicale étrangère qui a proposé leur aide. Mais la masse revient, encore et encore. Chaque opération est suivie d’espoir… puis de déception.

Des traitements lourds, des couts insupportables mais sans résultats

Au total, Maria subit 5 chimiothérapies. Chaque séance coûte cher. « Une ordonnance, c’était près de 60 000 francs CFA. Une seule séance de chimio nous pesait 50 000 francs. Chaque mois, on dépensait plus de 100 000 francs », explique sa sœur. Malgré tout, le sein ne diminue pas. La douleur persiste. Le doute s’installe. « On nous disait que c’était un cancer, mais après plusieurs séances, on est revenu nous dire qu’il n’y avait ni cancer, ni Kyste. On était vraiment perdu », raconte Odile.   

Avant que la famille ne trouve une solution, la masse, elle devenait de plus en plus lourde. Selon la famille, elle pèserait plus de 3 à 5 kilos. « Elle se plaignait beaucoup de maux de dos, car ça pesait vraiment. Elle prenait à trouver le sommeil. Les médicaments ne calmaient plus la douleur », révèle-t-elle.  À un moment, Maria est placée sous Tramadol, tant la douleur devient insupportable.

Malgré tout, Maria reste debout.

« Elle est plus courageuse que nous toutes. Elle faisait elle-même certaines courses. Si elle avait baissé les bras, elle aurait rendu l’âme. Même quand on était tous découragé, malgré son mal, elle nous interdisait de baisser les bras et de toujours penser positif », glisse sa mère d’une petite voix tremblante, mais gorgée d’espoir.  

Une famille financièrement à bout

Pendant longtemps, le père, alors en activité, et la sœur ont supporté seuls les frais. Aujourd’hui retraité, le père ne peut plus suivre, toute la charge encombrait donc à la sœur Odile, qui était, la seule qui travaillait. « À un moment, je me suis retrouvée seule à tout financer. Nous n’avons recu aucune aide proche ou de loin. J’étais épuisée financièrement », déplore-t-elle.  

Les déplacements, les ordonnances, les examens à en pas finir commençait à ronger son travail. Mais elle a tenu pour sa sœur.

Lorsque les médecins évoquent un éventuel transfert à l’étranger, la famille comprend qu’elle n’a plus les moyens. « Qui peut payer un transfert à l’extérieur ? On n’en avait plus la capacité. Personne ne pouvait nous permettre ce luxe », dit-elle. C’est finalement par les réseaux sociaux que l’espoir renaît. Maria, même souffrante et pleine d’espoir, décide de faire recourt aux SOS.

« Elle m’a parlé d’une Raïssa Compaoré sur les réseaux sociaux qui lance des SOS, des collectes de fonds pour soutenir les nécessiteux. Moi j’ignorait à l’époque qui c’était mais ma sœur tenait à la contacter pour demander et l’aider et elle l’a faite », se souvient Odile.

Mais la réponse ne vient pas immédiatement.

« Elle m’a contactée sur mes réseaux sociaux plus de deux mois, sans que je ne réponde », explique Raïssa Compaoré. « J’avais d’autres cas à gérer. Et souvent, quand tu réponds, les gens attendent automatiquement une réponse positive, ce qui n’est pas toujours possible », continue-t-elle.  

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Raïssa Compaoré aux côtés des parents des parents de Maria

Très sollicitée, Raïssa Compaoré reconnaît ses limites. « Sur une centaine de personnes qui me contactent, je peux peut-être aider dix. On n’a pas de budget, pas de soutien fixe. On est obligé de chercher à côté, de demander à des amis, à des proches », déplore-t-elle.

Après plusieurs échanges, Raïssa Compaoré prend le temps d’analyser le dossier. « Elle m’avait déjà envoyé des photos, une vidéo. J’ai réfléchi encore pendant un mois. Je lui ai demandé si elle avait trouvé une solution. Quand elle m’a dit non, j’ai décidé de lancer l’appel », a-t-elle souligné.  

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Après avis médical, la décision est prise : une mastectomie, c’est-à-dire une ablation complète du sein, pour éviter la répétition de la pathologie a été décrétée.

L’appel à solidarité est lancé. Les contributions arrivent. « On a pu réunir près de 700 000 francs CFA, dont 127 000 francs du Fonds national de solidarité et de résilience », révèle Raïssa Compaoré. Elle confie que sur cette somme, près de 500 000 francs CFA a déjà été utilisé pour l’intervention chirurgicale. « Le reste, environ 200 000 francs, servira à la consolidation : les pansements, les déplacements, l’alimentation, le traitement post-opératoire », espère Raïssa.

Grâce à cette aide, l’opération du jour a pu enfin avoir lieu. Le mercredi 21 janvier, Odile témoignait avec émotion du retour à l’espoir.  » Elle s’est réveillée, elle allait beaucoup mieux. Elle a mangé, parlé et se repose bien », révèle t-elle avec une reconnaissance qu’elle a adressé aux bonnes volontés ainsi qu’à Raïssa Compaoré pour son humanisme.

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Maria après l’opération, visiblement en phase de rétablissement

Le cas de Maria soulève une triste réalité que vivent nombreuses femmes au Burkina. Il illustre une réalité plus large : la difficulté pour les femmes, surtout sans moyens, d’accéder à une prise en charge médicale adéquate.

Le cri de cœur d’une sœur

Pour la sœur de Maria, la douleur dépasse le cas individuel. Elle interpelle, avec amertume, sur la valeur accordée aux vies selon le statut social. « Toute vie est sacrée, quel que soit le niveau de vie, quel que soit le statut social. Mais on a parfois l’impression que les gens s’aiment en fonction de leur statut », souligne-t-elle.  

« Les femmes démunies, quand elles tombent dans ces maladies, elles sont stigmatisées. Même quand tu travailles, toutes tes économies peuvent rentrer dedans. Même ce que tu as épargné pour ta retraite », déplore Odile.

« Mon cri de cœur est que le Gouvernement lance un regard très sérieux sur la prise en charge des femmes. Il faut disponibiliser un fonds au profit des femmes souffrante de cancer du sein, le cancer du col de l’utérus, les tumeurs, toutes les pathologies féminines… Il faut accompagner ces femmes-là qu’elles puissent être prises en charge. Dans ces situations, beaucoup sont délaissées, abandonnées à leur sort », lance-t-elle.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews

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