Juliette : Gestionnaire de colis et courriers dans une gare

À Ouagadougou, Juliette Compaoré mène une vie rythmée par les horaires tardifs, les appels incessants et les colis à gérer. Dans une compagnie de transport, elle occupe le poste de la gestion du courrier et de la réception depuis environ 1 ans.
« Dès que tu arrives, tu es dans le travail », affirme-t-elle d’un ton dynamique. Officiellement, son service débute à 14h30, mais il lui arrive d’être sur place bien plus tôt. Car ici, il n’y a pas d’horloge stricte : dès qu’elle franchit la porte, Juliette est opérationnelle.
Téléphone, courriers, appels des clients, suivi des colis… la réception englobe tout, y compris la remise des colis aux destinataires, même si la compagnie ne dispose pas d’un service de livraison à proprement parler. Selon Juliette, son activité demande des compétences en informatique. Au delà, la gestion de colis et courriers exige la courtoisie, la tolérance, le dynamisme, la patience. »Si tu es paresseux, tu ne peux pas travailler dans un service courrier. Aussi, quelqu’un qui a un gros cœur, ne peut pas faire mon travail », prévient-elle.
Avant d ‘être dans cette compagnie, Juliette Compaoré a connu d’autres réalités professionnelles. Elle a travaillé dans une station-service, dans la vente de carburant, entre 2019 et 2021, puis à nouveau à partir de 2023, avant de changer définitivement de voie. Titulaire du Baccalauréat obtenu en 2018, elle s’est inscrite à l’université sans jamais y poursuivre les cours. La vie, dit-elle simplement, l’a obligé à revoir ses objectifs.
Son entrée dans le secteur du transport n’est pas un hasard. Lors d’un stage, elle découvre un environnement qui lui plaît. Son sérieux est remarqué et, à la fin de cette période, elle est recrutée. Affectée là où le besoin se fait sentir, elle se retrouve au courrier, un poste qu’elle apprend à aimer, inspirée par une responsable qui devient pour elle un modèle.
A ce jour dans cette gare, ils sont 4 chefs au service courrier, répartis entre les équipes du matin et du soir. Comme toute activité, Juliette rencontre de nombreux défis : retards, colis difficiles à localiser, clients impatients ou parfois agressifs… Elle en a vu. « Il faut appeler de gauche à droite pour savoir où se trouve un colis », explique-t-elle. À cela s’ajoutent les tensions avec certains clients, même si d’autres font preuve de compréhension.

Un souvenir reste particulièrement gravé dans sa mémoire. Une nuit, un bus arrive, mais elle ne parvient pas à récupérer un cartable scellé et une caisse contenant des colis sensibles. Déterminée, elle enfourche sa moto, se rend dans un autre point de la compagnie, récupère le matériel et le ramène elle-même. « Ce jour-là, j’ai tellement souffert que je me suis demandé ce que je faisais ici », avoue-t-elle. Puis elle se ressaisit. « Il n’y a pas de travail facile. Il faut s’accrocher».
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Mais au-delà du travail, Juliette est avant tout une mère. Célibataire, elle élève un enfant de 5 ans, dont le père, un soldat est tombé sur le champ de bataille en 2023.
Et l’avenir, justement, Juliette y pense. Son plus grand rêve n’est pas dans les bureaux ni les colis. Elle rêve d’agriculture, de terres à cultiver. Elle n’a ni formation ni terrain, mais elle compte sur sa passion et son expérience . « Je suis fille d’un cultivateur donc j’ai de l’expérience », dit-elle avec un sourire. Si l’occasion se présente, elle se lancerait sans hésiter.
À celles qui, comme elle, se battent au quotidien, Juliette adresse ce message : « Quand tu travailles et que tu gagnes ton propre argent, tu te sens fière même s’il est peu. Battez-vous pour votre avenir », lance-t-elle.
Juliette ne sait pas où elle sera dans 2 ans. Mais une chose est certaine : partout où elle passera, elle avancera avec courage.
Annick HIEN/MoussoNews



