8 mars 2026 : Retard du motif ou désintérêt pour la fête ?

La célébration du 8 mars, Journée internationale des droits de la femme, a toujours suscité un engouement particulier au Burkina Faso, notamment avec l’achat du pagne. Cependant, l’édition 2026 semble connaître un intérêt moindre, avec des commerçants qui peinent à obtenir des commandes et des couturiers qui ne reçoivent pas de pagne pour coudre.

Contrairement aux années précédentes, le pagne du 8 mars 2026 semble susciter moins d’engouement. Cette situation est observée à Ouagadougou, notamment auprès de certains vendeurs de kokodunda et de pagnes traditionnels, et a pour conséquence directe une faible demande auprès des tailleurs.

Un premier constat a d’abord été fait dans la boutique de Yasmine Ouédraogo, tisseuse de pagne traditionnel et vendeuse d’accessoires traditionnels. Depuis la sortie du motif, la demande est à 0.

Évoluant dans le domaine depuis une dizaine d’années, pour la commerçante, le problème réside dans la sortie tardive du motif. « Par exemple, l’année dernière, à cet instant précis, on avait déjà des commandes, parce que le motif était sorti tôt, comme d’habitude. Les gens ont besoin de voir le modèle avant de passer les commandes, mais cette année, ce n’est qu’en février que le motif est sorti. Résultat, pas de commandes. Franchement, cette année, je ne pensais plus que le pagne allait sortir », a-t-elle affirmé.

Même si le motif est sorti en retard, Yasmine souligne que le marché du pagne de 8 mars est en baisse depuis quelques années. « Jusqu’à 2017, on tissait le pagne pour venir le déposer parce que la demande était importante, mais depuis trois années, on est contraint de tisser sur commande parce que le pagne ne sortait plus avant ».

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La boutique de Yasmine Ouédraogo

Également vendeur de pagne traditionnel, Issouf Kiéma semble s’inscrire dans la même logique que sa collègue Yasmine. Mais contrairement à elle, Issouf Kiéma ne tisse pas sur commande.  Chez lui, dès que le motif sort, les travailleurs de son centre s’activent pour approvisionner la boutique du pagne.

« C’est vrai que les commandes se font de plus en plus rares, mais le motif est sorti tard. L’année dernière, à cette heure, le pagne était disponible dans ma boutique. Mais cette année, ce n’est qu’en février que le pagne est sorti, donc c’est maintenant que l’on commence le tissage », a-t-il souligné.

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Issouf Kiéma, vendeur de Faso Dafani

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Chez les vendeurs de kokodunda, les réalités semblent se rapprocher de celles des vendeurs de pagne traditionnel 8 mars. Chez eux, l’accent est plutôt mis sur la baisse de la demande que sur la sortie tardive du motif. Les vendeurs de kokodunda déplorent plutôt la baisse de la demande, car le pagne est disponible à leur niveau. C’est le cas d’Idrissa Zongo, vendeur de tout type de pagnes mais également de kokodunda, notamment celui du 8 mars, au marché de Naabi Yaar.

Ici, l’acquisition du pagne 8 mars se fait sur commande, une décision prise à la suite d’une mévente des pagnes de l’édition précédente. « Voici quelques pagnes de l’année dernière déposés ; on ne peut plus prendre le risque de commander pour venir déposer. Désormais, c’est lorsque je reçois une commande que je me procure le pagne. Par exemple, hier, j’ai reçu une commande de 100 pagnes de 8 mars kokodunda, j’ai contacté mon fournisseur et il m’a fait livrer », a-t-il affirmé.

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Idrissa Zongo,  » Les gens vont accourir à la dernière minute »

Dans la même logique que son collègue, Grégoire Bangré, commerçant au quartier marché de Benogo, déplore la situation de la demande. « Vraiment, on dirait que les gens ne savent plus que le 8 mars existe. Avant, les femmes achetaient pour coudre pour elles, leurs maris ainsi que les enfants, et les hommes faisaient pareil, mais cette année, on ne sent plus ça », a-t-il souligné.

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Des pagnes 8 mars en kokodunda

Chez les commerçants de pagnes traditionnels, l’unité est vendue à 6 000 FCFA avec le logo et à 5 000 FCFA sans le logo. En revanche, chez les vendeurs de kokodunda, et particulièrement pour Idrisa Zongo, le prix de l’unité dépend du coût d’approvisionnement.

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La baisse de la demande du pagne de 8 mars a une conséquence directe chez les tailleurs. Alice Nikiéma ne cache pas sa douleur. « Cette année, vraiment, je n’ai pas les mots. Nous sommes à quelques semaines du 8 mars et je n’ai même pas encore reçu un pagne à coudre. Pourtant, dans les années antérieures, après les fêtes de fin d’année, on n’avait même pas de repos, car l’atelier était envahi par les pagnes ».

Entre des commerçants qui peinent à obtenir des commandes, remarquant que le motif est sorti tardivement, et des couturiers qui ne reçoivent pas de pagnes pour travailler, l’édition 2026 semble susciter moins d’engouement que les années précédentes. Cependant, ils n’excluent pas que cette baisse d’intérêt soit une tendance qui se dessine depuis quelques années. Toutefois,, une question demeure, le 8 mars fête est-il en train de perdre sa valeur ?

Aristophane ZEBANGO/Stagiaire à MoussoNews

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