En quête de l’or, mains nues, des femmes tracent la voie de leur autonomisation

À Signonghin, village aurifère situé aux abords de Boromo, dans la région du Bankui, l’or se cherche dans des conditions traditionnelles. Ici, l’extraction artisanale constitue le principal moyen de subsistance. Parmi les orpailleurs, des femmes déplacées, travaillent à mains nues, exposées aux risques sanitaires, à la précarité et à un rendement incertain pour imposer leur autonomisation.
À même au couché du soleil, les femmes sont toujours aux besognes. Ici, pas besoin de commodités dans sa quête de pitance quotidienne. Autour de matériels rudimentaires disposés à même le sol, des tamis usés, des barriques remplies d’eau boueuse, des tapis perméables étendus pour retenir les résidus lourds. Aucun équipement de protection n’est visible. Pas de gants, pas de bottes, les mains plongées dans un sac de sable. Le nez découvert, elles respirent la poussière, concentrées sur chaque geste.
Ici c’est Signonghin, un village à Boromo, dans la région du Bankui. Elles sont environ une vingtaine de femmes à pratiquer cette activité, dans les mêmes conditions que les hommes, dans une vulnérabilité accrue.

Monique Séni, avec des mouvements répétitifs forcent l’admiration. Cette mère de famille de 4 enfants, déplacée interne, se forge au quotidien pour trouver leur pain quotidien. Elle fait partie de celles pour qui l’orpaillage représente l’unique source de revenus. Son quotidien commence loin du site de filtrage. Elle parcourt près de 20 kilomètres pour se rendre dans un village voisin, là où les orpailleurs creusent les puits. Sur place, elle achète le sable aurifère : un sac de 50 kg coûte 5 000 francs CFA.

De retour à Signonghin, elle commence la phase la plus longue et la plus pénible : le filtrage. Une portion de sable est prélevée du sac et versée dans un tamis. À côté, une barrique d’eau boueuse sert à rincer progressivement le contenu. L’eau s’écoule lentement sur un tapis perméable, conçu pour retenir les particules lourdes supposées contenir l’or.

Le dépôt de sable accumulé sur le tapis est ensuite récupéré avec précaution. Il est versé dans un plat, puis immergé dans de l’eau claire. À l’aide de mouvements circulaires répétés, les caillots de sable sont progressivement séparés. Peu à peu, au fond du récipient, apparaît une fine poudre dorée, ce sont quelques minuscules débris d’or.

Ce processus est répété jusqu’à vider le sac de sable. Le total récupéré fera l’objet d’une extraction avec une substance chimique pour séparer l’or des débris. « C’est très peu pour tout ce que nous avons dépensé », explique Monique Séni et de poursuivre: « Un sac de sable coûte 5 000 francs. On peut filtrer toute la journée et n’avoir presque rien ».

Le rendement est faible, presque insignifiant au regard de l’effort fourni, selon elle. Certaines journées se terminent sans que la quantité d’or obtenue ne permette de couvrir les frais engagés. Pourtant, les femmes recommencent le lendemain. Non par choix, mais par nécessité. Juste pour s’offrir de quoi se nourrir.

À cette faible rentabilité s’ajoutent des conditions de vie difficiles. Déplacées pour la plupart, ces femmes vivent dans des abris de fortune, des taudis à la résistance limitée face aux vents et aux pluies.
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L’insécurité est permanente, tout comme l’incertitude du lendemain. Malgré cela, elles continuent de travailler, conscientes des risques sanitaires, mais contraintes par la responsabilité de nourrir et d’entretenir leurs familles.
Diane SAWADOGO/ MoussoNews



