Traoré Nabi : Le “livreur cravate” qui change l’image de la livraison à Ouagadougou

À première vue, difficile de deviner le métier de Nabi Traoré. Costume bien taillé du haut de plus de ses 1m70, cravate ajustée, démarche assurée… pourtant, Nabi est un livreur. Mais pas n’importe lequel. À Ouagadougou, il s’est forgé une identité singulière : celle du “livreur cravate”, un personnage né d’une frustration devenue une force.

« Je suis un livreur, mais pas comme les autres », lance-t-il d’emblée. Derrière ce style assumé, Nabi voudrait changer le regard porté sur le métier de la “livraison”.

Tout commence il y a environ 6 mois. Étudiant à l’université, Traoré Nabi cherchait avant tout de quoi subvenir à ses besoins. « J’avais faim, il fallait se débrouiller », reconnait-t-il simplement. Il se lance alors dans la livraison.

Mais très vite, le constat est amer. Entre manque de considération, remarques déplacées, image dévalorisée du métier, il change vite de stratégie. Une expérience en particulier a tout bousculé. « Une dame m’a parlé d’une certaine manière… Je me suis dit que c’était peut-être à cause de l’image que je renvoyais », s’interrogeait-il à l’époque.

De retour chez lui, il réfléchit. Comme solution, il decide de changer de style vestimentaire. Ainsi le lendemain, il enfile un costume… et ne l’enlèvera plus. Depuis lors, il se fait connaître par le pseudonyme ‘Livreur cravate’.

Nabi Traoré est livreur depuis environ 6-7 mois.

La cravate comme symbole

Aujourd’hui, la cravate est bien plus qu’un accessoire pour Nabi Traoré. « C’est une marque de respect, de détermination, de courage », explique-t-il. Chaque jour, du matin au soir, souvent la nuit, il sillonne la ville en tenue élégante, casque sur la tête livrant colis après colis. Les clients sont intrigués, parfois surpris, souvent admiratifs. « On me demande si je suis le patron, si c’est une occasion spéciale », raconte-t-il en souriant. Certains n’hésitent même pas à patienter plus longtemps juste pour être livrés par lui. “J’étais très surpris de le voir. Je pensais qu’il venait prendre des renseignements, puisque j’étais arrêté devant ma porte et j’attendais. Jetais complètement ébahi quand il m’a dit qu’il venait me livrer mon colis”, témoigne Davy.

Il renchérit: “Il est courtois, poli, honnête et très propres en plus, il est éloquent”. Davy a connu Nabi grâce à sa soeur qui lui avait fait livrer un colis. Et depuis lors, il ne contacte Nabi que pour ses courses. Traoré Nabi a complètement inverser la tendance dans le métier de la livraison depuis son changement de style vestimentaire. Là où il rencontrait autrefois du mépris, il reçoit désormais respect et considération.

Une anecdote illustre parfaitement cette transformation. Un jour, lors d’une livraison dans un ministère, il s’est trompé de bureau et s’est retrouvé face à un directeur général. Contre toute attente, ce dernier l’accueille, pensant avoir affaire à un haut responsable avant de découvrir que Nabi était un livreur et qu’il était là pour une livraison. « Il ne voulait pas croire que j’étais juste un livreur », se souvient-il. Depuis, les deux hommes sont restés en contact.

A en croire Nabi, la discipline et le mental sont les vraies clés d’une rigueur quotidienne. Réveil matinal, organisation des courses, gestion du temps et des zones de livraison… Par jour, livreur cravate effectue en moyenne une douzaine de livraisons. Mais pour lui, le secret ne réside pas uniquement dans l’apparence. « Un bon livreur doit savoir parler, gérer ses émotions et rester calme, peu importe la situation », insiste-t-il. Une influence qui grandit son concept ne laisse pas indifférent.

Aujourd’hui, il n’est plus seul. Deux autres “cravatés” l’ont rejoint et un troisième est en cour. La livraison a costume cravate est plus qu’un simple style pour Nabi : c’est une vision qu’il partage. « Je ne suis pas leur boss. On travaille ensemble mais ils doivent porter du costume aussi pour les livraisons », précise-t-il. À l’entendre, chacun de ses collaborateur est libre, mais tous doivent adhèrer à sa philosophie qui est celle de valoriser le métier par l’attitude et la présentation.

Nabi Traoré alias Livreur cravate ambitionne de structurer son activité.

Des débuts modestes, une ambition affirmée

Rien n’a été facile pour le Livreur cravate à ses débuts. Son premier costume était loin d’être impeccable. « Je le lavais chaque soir pour le porter le lendemain », raconte-t-il. Aujourd’hui, grâce à ses revenus, il a pu investir dans des tenues plus adaptées. Son ambition est de continuer à grandir, entraîner d’autres jeunes avec lui et à structurer davantage son activité.

À ceux qui hésitent ou qui évoluent déjà dans la livraison, son conseil est sans détour. « Habillez-vous bien. Ça inspire confiance. Et soyez déterminés », tance-t-il d’une voix grave. Pour Nabi Traoré, au-delà du style, il defend la dignité dans le travail, peu importe le secteur.

Annick HIEN/MoussoNews

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