» Épouser un (e) bolon porte malheur « : Que pense vraiment les bolons sur ces stéréotypes?

« Épouser un (e) Bolon porte malheur ». L’idée circule encore, parfois sans être questionnée pourquoi. Pourtant, du côté des principaux concernés, ces propos irritent, interrogent mais aussi amusent parfois.  Derrière ces idées reçues se trouve l’histoire d’un peuple, fier de ses origines, qui lutte aujourd’hui pour faire entendre sa voix, s’imposer et promouvoir ses valeurs.

Dans l’ouest du Burkina Faso, il n’est pas rare d’entendre que s’unir à un(e) Bolon serait synonyme de malchance. Une perception largement relayée, surtout par des personnes qui n’ont jamais côtoyé cette communauté.

« Quelqu’un peut être à Fada, ne jamais avoir vu un Bolon, mais dire qu’il ne faut pas se marier avec eux », lance Seydou Dagnon, inspecteur de l’enseignement primaire et consultant, ressortissant bolon. Pour lui, ces idées reposent davantage sur des récits transmis que sur des faits vécus.

Seydou Dagnon, inspecteur de l’enseignement primaire et consultant, ressortissant bolon

Parmi les propos qui reviennent souvent : « quand tu te maries avec un Bolon, tu perds ta chance », ou encore « des malheurs vont te suivre ». Des affirmations qu’il dit entendre régulièrement, sans pour autant les avoir constatées dans la réalité.

Une origine Mandé, marqué par des migrations

Selon Seydou Dagnon, les Bolons appartiennent au grand Mandé. Leur présence au Burkina Faso s’inscrirait dans un mouvement migratoire ancien, depuis la Guinée, en passant par le Mali, notamment Ségou et la Côte d’Ivoire, par Kong avant de s’installer dans l’ouest du Burkina.

Aujourd’hui, ils sont présents dans plusieurs provinces, notamment le Kénédougou, le Houet, la Kossi ou encore les Banwa. « Ils sont souvent situés à la frontière entre le Burkina, le Mali et la Côte d’Ivoire », précise-t-il.

Leurs patronymes sont variés et bien connus dans la région. Il s’agit entre autres des Dagnon, Ouattara, Diarra, Sanou, Sessouma, Tioro…

Des pratiques sociales ancrées dans la tradition

Dans la communauté Bolon, certaines pratiques restent d’actualité. Les fiançailles par exemple sont préparés dès le bas âge, même si l’avis de la jeune fille est par la suite sollicité. « On demande son accord quand elle sera en âge de se marier. Si elle refuse, on peut revenir deux ou trois fois vers elle pour confirmer sa décision », explique Dagnon Seydou.

La polygamie est également pratiquée. « Le nombre limite de femme n’est pas fixé chez nous comme dans les religions modernes. Mon père par exemple a plus de quatre femmes, et mon grand-père en avait plus de quinze », témoigne-t-il.

Les préjugés sur les bolons, liés à une histoire de résistance

Pour expliquer l’origine des stéréotypes, Seydou Dagnon évoque un passé marqué par des conflits. « Les Bolons ont longtemps résisté face aux envahisseurs. Ceux qui n’ont pas réussi à les soumettre ont fini par dire qu’ils étaient des sorciers ou des porteurs de malheur », rapporte-t-il.

Avec le temps, ces discours se sont propagés au-delà, jusqu’à devenir des idées largement partagées, et qui, continuent.

Mais sur le terrain, une autre réalité

Dans ses recherches, Seydou Dagnon dit s’être appuyé sur des enquêtes et des échanges avec plusieurs familles. « Je n’ai pas vu de cas où ces préjugés se vérifient », affirme-t-il. Il cite entre autres, l’existence de couples composés de Bolons et membres d’autres communautés comme Samo, Sénoufo, Turka… qui, selon lui, ne présentent pas de difficultés particulières. « Certaines personnes disent même que c’est une chance », ajoute-t-il, en évoquant un témoignage recueilli sur le terrain. « Il a dit que depuis il s’est marié, c’était des promotions sur promotions dans son travail », lance-t-il sans filtre.

S’assumer, un défi pour certains

Malgré leur présence affirmée dans la société, les Bolons restent parfois discrets. « Quand vous appelez les Bolons, peu vont se lever pour dire qu’ils le sont », constate Dagnon Seydou. Selon lui, cette retenue s’explique en partie par le manque de connaissance de leur propre histoire et le poids des préjugés. D’où des initiatives ont vu le jour, pour mieux faire connaître la culture Bolon, notamment à travers le FESCUBO (Festival Culturel des Bolons) en vue de briser les préjugés.

“Je suis Bolon sans complexe”

Jeune fille bolon, Bintou Coulibaly affirme son identité sans hésitation. « Quand on me demande, je dis que je suis Bolon sans complexe », confie-t-elle.

Bintou Coulibaly, bolon

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Contrairement à certaines craintes, elle dit ne pas avoir rencontré de difficultés particulières dans ses relations. « Toutes les personnes à qui je l’ai dit sont restées. Si ça ne marche pas, ce n’est pas à cause de l’ethnie », explique-t-elle.

Si elle s’affirme fièrement bolon sans s’attarder aux clichés infondés, certaines affirmations la laissent cependant perplexe. « Souvent j’entends même que si tu maries une femme Bolon, ta taille diminue ou tu perds ta richesse… moi ça me fait rire », dit-elle. Pour elle, ces propos manquent de fondement. « Je ne peux pas comprendre que Dieu crée un être humain et que le fait d’épouser quelqu’un diminue sa taille. Ce n’est pas crédible », ajoute-t-elle.

Promouvoir sa culture, une vocation pour elle

Bintou Coulibaly s’engage à sa manière pour valoriser son identité. Elle utilise les réseaux sociaux, notamment TikTok pour partager des contenus sur la culture Bolon et sensibiliser.

Elle encourage aussi d’autres femmes à s’assumer. « Je leur dis de se montrer. Personne ne peut vous enlever votre identité », insiste-t-elle.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews

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