2IE : Dr Maïmouna Bologo/Traoré, une voix pour la promotion des femmes scientifiques

À l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement, le nom du Dr Maïmouna Bologo/Traoré revient souvent lorsqu’il est question de genre, de sciences ou encore de leadership féminin. Enseignante-chercheuse depuis 2012, cette sociologue engagée a fait de la réflexion sur les questions d’éducation, d’environnement et d’égalité des chances un véritable combat intellectuel et social.
« Les sciences offrent des possibilités extraordinaires pour transformer le monde », affirme-t-elle avec conviction.
Spécialisée dans les questions liées à l’eau, à l’environnement et au développement durable, Dr Maïmouna Bologo/Traoré évolue dans un univers encore largement masculin. Pourtant, elle a su trouver sa place au fil des années, portée par « une certaine curiosité » et surtout par « le désir de comprendre le fonctionnement du monde ».
Pour elle, la sociologie n’est pas seulement une discipline académique. C’est un outil d’impact social. « Cette science donne les moyensd’aller au contact des autres et surtout d’avoir la possibilité d’impacter la société », explique-t-elle.
Des préjugés tenaces
Le parcours de la chercheuse n’a cependant pas été exempt d’obstacles. Comme beaucoup de femmes engagées dans de longues études, elle a dû faire face à des remarques répétitives sur son choix de carrière et sa vie personnelle. « Quand je disais que j’étais toujours en études, certaines personnes demandaient : “Mais encore ? Pourquoi tu n’arrêtes pas ?” », se souvient-elle.
À cela s’ajoutaient les injonctions liées au mariage. « Normalement, à un âge comme ça, on devrait être mariée ». À cet effet, selon elle, ces réflexions traduisent encore le poids des stéréotypes sociaux autour de la place de la femme. De son avis les femmes doivent souvent travailler davantage pour trouver leur légitimité. Mais loin de la décourager, ces expériences ont renforcé sa détermination. « Ce sont autant de défis qui m’ont motivée à porter la voix des jeunes filles », rassure-t-elle.
La féminisation des sciences, un combat nécessaire
Présidente du comité genre de 2iE depuis sa formalisation en janvier 2024, Dr Maïmouna Bologo/Traoré œuvre activement pour une meilleure inclusion des femmes dans les métiers scientifiques et techniques.
Le comité travaille notamment sur la promotion de l’égalité des chances, la sensibilisation et l’amélioration du cadre de vie académique. Parmi les initiatives déjà menées figurent des formations, des activités de sensibilisation et des dialogues intergénérationnels autour de la féminisation des métiers de l’ingénieur.
L’établissement accorde également des facilités d’inscription aux filles afin d’encourager leur présence dans les filières scientifiques. « Les sciences de l’ingénieur ne sont pas des domaines réservés aux hommes », insiste-t-elle en renchérissant : « Il faut juste oser rêver grand et persévérer malgré les difficultés ».
Pour la sociologue, la présence des femmes dans les sciences est essentielle, notamment parce qu’elles apportent une autre lecture des problématiques sociales et technologiques. Elle cite notamment le domaine médical où les approches sensibles au genre permettent de mieux répondre aux réalités vécues par les femmes.

Entre carrière et maternité, des défis permanents
Si des avancées existent, Dr Bologo/Traoré estime que plusieurs défis demeurent dans les milieux académiques. La maternité, la gestion familiale et les exigences professionnelles restent encore difficiles à concilier pour de nombreuses femmes. « Une jeune dame peut se retrouver à devoir interrompre ses activités pour un congé de maternité, puis revenir et reprendre le rythme académique », souligne-t-elle.
Elle évoque aussi les sacrifices invisibles du quotidien : les longues heures de travail, le temps passé loin des enfants ou encore la nécessité de réorganiser entièrement sa vie familiale pour poursuivre une carrière universitaire. Malgré tout, elle refuse d’opposer réussite professionnelle et vie personnelle. « Ce n’est pas simple, mais c’est possible », reconnaît-elle.
Eau, climat, énergie : les grands enjeux de demain
Au-delà des questions de genre, Dr Maïmouna alerte également sur les défis environnementaux auxquels fait face le Burkina Faso. Eau, changement climatique, sécurité alimentaire, énergies renouvelables.
Pour elle, ces secteurs méritent davantage d’investissements. « Nous sommes un pays sahélien fortement dépendant du cycle des saisons », rappelle-t-elle, évoquant les attentes autour des premières pluies et les difficultés liées à la pénurie d’eau. Selon elle, la maîtrise de l’énergie constitue aussi un enjeu stratégique majeur pour le développement économique du pays. « Quel que soit le moteur de développement que vous voulez mettre en avant, si vous n’avez pas la maîtrise de l’énergie, c’est compliqué », indiqué -t-elle.
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« Éduquer une fille, c’est éduquer une nation »
Au moment d’adresser un message aux jeunes filles, l’enseignante-chercheuse choisit l’encouragement et l’ambition. « Les sciences ne sont pas réservées à un genre », martèle-t-elle.
Son plaidoyer est d’investir davantage dans l’éducation des filles, créer des environnements académiques inclusifs et donner plus de visibilité aux femmes scientifiques. Pour elle, lorsqu’une femme accède aux opportunités, elle devient « une actrice majeure du développement ».
L’héritage qu’elle souhaite laisser est celui d’une femme engagée qui a cru en l’éducation, au travail, à l’éthique et à la transmission des valeurs.
Un engagement qu’elle poursuit également à travers ses activités associatives, notamment à la tête du réseau national burkinabè du Danida Fellowship Centre, qui entend œuvrer au développent du Burkina Faso à travers des formations et des actions concrètes dans le leadership, l’agriculture, la transformation alimentaire, la préservation de l’environnement, l’entrepreneuriat…
Et si elle devait résumer son combat en une conviction, ce serait sans doute celle-ci : « Pour faire avancer la cause des femmes, on ne doit pas seulement regarder du côté des femmes. Les hommes aussi ont un rôle essentiel à jouer pour construire une société plus juste et plus équitable ».
Annick HIEN/MoussoNews
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