« La précarité menstruelle reste une réalité pour de nombreuses femmes et jeunes filles », Esther Sanou

Coordonnatrice du projet « Lutter contre la précarité menstruelle », présidente de l’association MoussoKaann, (Voix des Femmes en langue dioula) et experte en gestion des plaintes spécialisée dans les Principes volontaires sur la sécurité et les droits de l’homme, Esther Ilboudo/Sanou revient sur son parcours, ses engagements et les actions menées pour promouvoir l’hygiène menstruelle et les produits lavables réutilisables.

Pouvez-vous nous présenter brièvement votre parcours scolaire ?

Je suis juriste de formation, titulaire d’un Master professionnel en droit privé, option juriste-conseil d’entreprise. Très tôt, je me suis intéressée aux questions liées aux droits humains. Avant même l’obtention de mon diplôme, j’étais déjà engagée au sein de plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, notamment Amnesty International Burkina Faso et l’Association burkinabè pour le bien-être des femmes.

Parallèlement à ma formation universitaire, j’ai suivi plusieurs formations et obtenu des certificats dans des domaines liés aux droits humains, à l’éducation et à la santé. Cette passion pour la promotion et la protection des droits humains a fortement influencé mon parcours. 

Quel a été votre parcours professionnel avant la création de l’association  MoussoKaann, (Voix des Femmes) ?

Après mes études, j’ai travaillé pendant environ sept ans dans une entreprise minière. Cette expérience professionnelle m’a permis d’être en contact direct avec les réalités vécues par les populations rurales, notamment les femmes et les jeunes filles. J’ai constaté que dans certaines localités, de nombreuses femmes manquaient d’informations sur la gestion de l’hygiène menstruelle. Face à cette situation, il m’était difficile de rester indifférente. C’est ainsi qu’est née l’idée de créer l’association Moussoukaann avec d’autres personnes partageant les mêmes préoccupations.

Pourquoi avoir choisi le secteur minier ?

À la fin de mes études, les opportunités professionnelles n’étaient pas nombreuses. Le secteur minier représentait une opportunité intéressante qui me permettait d’acquérir une expérience professionnelle. J’ai donc choisi de saisir cette occasion tout en poursuivant mon engagement dans la promotion des droits humains.

Quelles sont les principales activités de l’association Moussoukan ?

Nous intervenons principalement dans les établissements scolaires pour sensibiliser les jeunes filles à la gestion de l’hygiène menstruelle. Nous travaillons également à déconstruire les tabous et les perceptions négatives liés aux menstruations. Nos activités comprennent aussi des formations pratiques sur la fabrication de serviettes hygiéniques lavables et réutilisables ainsi que sur la fabrication de savon liquide. Au-delà de ces actions, l’association mène également des activités de solidarité à travers des dons en faveur de personnes vulnérables, notamment les personnes âgées, les femmes accusées de sorcellerie et les personnes déplacées internes. Récemment, à l’occasion de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle, nous avons également distribué des kits aux élèves du lycée Wend Puiré de Saaba.

Depuis quand l’association existe-t-elle ?

L’association Moussoukaann a été officiellement créée le 12 février 2020.

Comment se déroule la fabrication des serviettes hygiéniques lavables ?

La fabrication est relativement simple et accessible à tous. Elle nécessite quelques matériaux de base, notamment des tissus absorbants, un tissu imperméable, des ciseaux, des boutons de pression et une maquette servant de modèle. Après une formation de quelques heures, chaque participante est capable de confectionner sa propre serviette hygiénique lavable et réutilisable.

Lire aussi : https://www.moussonews.com/hygiene-menstruelle-en-milieu-scolaire-moussokaann-sensibilise-une-cinquantaine-deleves/

Quels tissus utilisez-vous ?

Nous privilégions principalement le Faso Danfani léger ainsi que d’autres tissus locaux adaptés à cet usage. Le choix des matières est important pour garantir le confort, l’absorption et la durabilité du produit.

De plus en plus d’acteurs fabriquent des serviettes hygiéniques lavables. Qu’est-ce qui distingue vos produits ?

Notre particularité réside d’abord dans le choix des matières. La partie en contact avec le corps est composée de coton biologique très doux et confortable. Nous proposons également plusieurs modèles : des serviettes à double face, des serviettes avec insert amovible ou incorporé, ainsi que de nouveaux modèles permettant de retirer facilement la partie absorbante après utilisation. Cette diversité répond aux besoins spécifiques des utilisatrices.

Quels sont les principaux défis que vous rencontrez ?

Le principal défi concerne l’accès à certains matériaux, notamment le tissu imperméable dont le coût reste élevé. Nous avons également besoin d’équipements plus modernes pour améliorer notre capacité de production. J’en appelle aux pouvoirs publics et aux partenaires afin qu’ils accompagnent davantage les entrepreneurs engagés dans la fabrication de produits lavables réutilisables. Ce secteur représente à la fois une opportunité économique pour les femmes et un moyen de promouvoir la consommation locale.

Vous évoquez souvent « Dames d’Afrique ». De quoi s’agit-il ?

Dames d’Afrique est la structure spécialisée dans la fabrication des produits lavables réutilisables. Nous produisons notamment des serviettes hygiéniques lavables, des couches lavables pour bébés et adultes ainsi que des coussinets d’allaitement lavables. Ces produits répondent à des besoins quotidiens tout en réduisant les dépenses des ménages et l’impact environnemental des produits jetables.

Vous êtes à la fois épouse, mère, promotrice et présidente d’association. Comment conciliez-vous toutes ces responsabilités ?

C’est avant tout une question de passion et d’organisation. Lorsque l’on est animé par une cause, on trouve l’énergie nécessaire pour avancer. Il faut savoir définir ses priorités et s’organiser efficacement pour mener de front ses différentes responsabilités.

Que diriez-vous aux jeunes filles qui hésitent encore à utiliser des serviettes hygiéniques lavables ?

Je leur dirais d’abord de s’informer correctement. Les serviettes hygiéniques lavables sont hygiéniques, confortables et économiques. De nombreuses utilisatrices témoignent d’une réduction des irritations et des inconforts souvent liés à certains produits jetables.
Elles contribuent également à la protection de l’environnement en réduisant considérablement la quantité de déchets produits.

Un dernier mot ?

J’invite la population à s’intéresser davantage aux produits lavables réutilisables. Ils sont économiques, écologiques, confortables et constituent une alternative durable pour les ménages. J’encourage également les jeunes filles à s’informer davantage sur la gestion de l’hygiène menstruelle et à ne pas céder aux préjugés entourant les règles.

Annick HIEN/MoussoNews


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