Sankara Baguissa : Elle quitte son emploi de GRH pour le recyclage

Des pneus usés en fauteuils, des boîtes de lait en pots de fleurs, des fourchettes jetables et des bois de brochettes en miroirs décoratifs… C’est le domaine d’activité de Sankara Baguissa, promotrice d’une structure spécialisée dans la valorisation des déchets depuis 2 ans.

Quelques décorations de Baguissa.

Depuis environ 2 ans, Baguissa est devenue entrepreneure écologique. Elle s’est donnée pour mission de donner une seconde vie aux objets abandonnés dans la nature.

Cette activité est née d’une passion pour l’environnement et d’une volonté de contribuer à sa préservation. « Pour contribuer à ma façon à la protection de l’environnement, j’ai décidé de ramasser les pneus usés qui traînent dans les rues, les boîtes, les bidons, les bouteilles jetables, mais aussi les bois de brochettes, les fourchettes et les cuillères jetables », explique-t-elle.

2 années en arrière, Baguissa ne se voyait pas entreprendre. Titulaire d’un baccalauréat A4, puis d’un BTS et d’une licence en gestion des ressources humaines, elle a d’abord exercé dans une entreprise de la place. Mais sa passion finit par l’emporter. Elle quitte son emploi pour se consacrer entièrement à son activité de recyclage.

Baguissa n’a pas bénéficié d’une formation spécialisée avant de se lancer. Son savoir-faire, elle l’a acquis progressivement, à travers l’expérimentation et la pratique. Dans son atelier, presque tout peut être recyclé. 

Les bouteilles en plastique sont associées au jute, une corde artisanale utilisée pour la décoration. Elle récupère également les sacs servant à conserver la cola ou les dattes auprès des commerçants. Pour elle, ces matériaux représentent eux aussi une source de pollution lorsqu’ils sont abandonnés dans la nature.

En effet, ses matières premières proviennent de plusieurs sources. Certaines personnes lui offrent directement des déchets récupérables. Des mères de famille la contactent régulièrement pour lui remettre des boîtes de lait vides. D’autres lui apportent des bouteilles ou différents contenants usagés. Elle travaille également avec 3 femmes spécialisées dans le tri des déchets, qui mettent de côté pour elle les fourchettes jetables, les boîtes et les bouteilles pouvant être transformées.

Des décorations murales à partir de cuillères et fourchettes jetables.

Selon l’entrepreneure, cette collaboration facilite son travail et participe à la création d’une petite chaîne de valeur autour du recyclage. Au-delà des 3 trieuses, Sankara Baguissa emploie 2 autres personnes dans l’atelier qu’elle a installé dans une cour louée pour stocker les pneus et les autres matériaux récupérés.

Les créations de Baguissa sont variées : pots de fleurs, miroirs décoratifs, meubles, objets d’ornement et autres accessoires utilitaires avec des prix variables selon les dimensions et les matériaux utilisés. 

Mais malgré l’originalité des produits, l’activité reste confrontée à plusieurs difficultés. A en croire l’entrepreneure, la principale concerne l’écoulement des articles. « Les gens voient d’abord le déchet. Quand on annonce le prix, certains trouvent cela cher, alors qu’il y a un véritable travail derrière », regrette-t-elle.

À cette réalité s’ajoutent les charges liées au stockage des pneus, à la location de l’espace de travail et aux coûts de production.

Parallèlement à ses activités de fabrication, Sankara Bagisa s’investit dans la formation des jeunes. Elle estime avoir déjà transmis son savoir-faire à une cinquantaine d’entre eux. De son avis, c’est une manière pour elle de partager son expérience et de promouvoir les métiers liés à l’économie verte.

Pour l’avenir, la promotrice nourrit plusieurs ambitions. Elle souhaite acquérir du matériel plus adapté afin de renforcer les capacités de son atelier. Elle espère également accroître sa visibilité au niveau international et développer une clientèle régulière capable de soutenir durablement son activité.

Aux jeunes qui souhaitent entreprendre dans le recyclage, elle martèle que la passion doit précéder la recherche du gain immédiat. Selon elle, ce secteur exige de la patience, de la persévérance et un engagement réel. Elle rappelle avoir longtemps créé sans parvenir à vendre ses réalisations avant de trouver progressivement sa place sur le marché.

Pour Sankara Baguissa, le recyclage va bien au-delà d’une simple activité économique. Il représente un engagement concret en faveur de l’environnement, mais aussi un espace d’innovation et de créativité. Chaque objet transformé est une preuve qu’un déchet peut devenir une ressource.

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Baguissa utilise entre autres des matières comme des plumes, des cauris, des sacs de cola ou de pomme de terre, des bouteilles, des boites de lait, des cuillères et fourchettes jetables

Face aux défis environnementaux actuels, elle appelle les populations à accorder davantage de confiance aux acteurs du recyclage et à soutenir leurs initiatives. Ce soutien d’après elle, va permettre de réduire la quantité de déchets abandonnés dans la nature, ainsi que de créer davantage d’opportunités économiques autour de la valorisation des matières récupérées.

La particularité de ses créations, affirme-t-elle, réside dans la finition, le design et l’association des couleurs. Car dit-elle ‘’ si de nombreuses personnes fabriquent aujourd’hui des meubles à la personne’’.

Annick HIEN/MoussoNews


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