Récit d’un procès : Il porte plainte contre son ex-copine pour avoir interrompu sa grossesse

Djamila (nom d’emprunt), étudiante de 25 ans, a comparu devant la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso pour répondre des faits d’interruption illégale de grossesse, prévus et punis par le Code pénal Burkinabè.

L’affaire trouve son origine dans une plainte déposée en décembre 2025 par Abou (nom d’emprunt), qui accusait la jeune femme d’avoir volontairement mis fin à une grossesse dont il se disait le père.

Selon les éléments du dossier, les deux protagonistes ont entretenu une relation amoureuse pendant quatre à cinq ans avant de se séparer. Malgré cette rupture, ils continuaient à se voir occasionnellement.

À la barre, Djamila a reconnu les faits. Elle a toutefois expliqué que la décision d’interrompre la grossesse avait été prise d’un commun accord avec le père présumé de l’enfant, lequel refusait, selon elle, d’assumer ses responsabilités.

« J’ai eu peur de la réaction de ma famille. J’avais aussi peur de la sentence à l’église. Je voulais poursuivre mes études et lui ne voulait pas prendre ses responsabilités », a-t-elle déclaré devant le tribunal.

Interrogée par le juge sur les circonstances de la grossesse, la prévenue a indiqué avoir découvert son état en novembre 2025 après un test de grossesse.

À la question de savoir qui avait pris l’initiative de l’avortement, elle a répondu : « C’est moi j’ai eu l’idée, mais nous en avions discuté ensemble et il donné son accord. C’est lui même qui m’a donné les produits pour ça ».

La version du plaignant

À son tour, l’ex-copin a livré sa version des faits.

« J’étais assis un soir lorsqu’elle m’a envoyé un message pour me dire qu’elle avait envie de moi. Nous avons discuté et elle est venue. Nous avons eu des rapports sexuels. C’est ainsi que la grossesse est survenue », a-t-il expliqué aux juges.

Le jeune homme a affirmé avoir tout entrepris pour convaincre Djamila de garder l’enfant.

Selon lui, face à l’insistance de la jeune femme à vouloir avorter, il lui aurait fait croire qu’il acceptait cette décision alors qu’il nourrissait une autre intention.

« Par l’intermédiaire d’un ami, je lui ai fait remettre des comprimés en lui laissant croire qu’il s’agissait de produits destinés à provoquer l’avortement. En réalité, c’étaient des compléments alimentaires », a-t-il soutenu.

Toujours selon ses déclarations, les comprimés n’ayant produit aucun effet, Djamila aurait ensuite consommé d’autres ingrédients dont elle aurait appris l’usage sur les réseaux sociaux. C’est cette démarche qui aurait finalement provoqué l’interruption de la grossesse.

Le plaignant a également affirmé n’avoir jamais souhaité l’avortement et n’a formulé aucune demande de dommages et intérêts.

Des débats marqués par des contradictions

Au cours des débats, la prévenue a révélé qu’elle entretenait également une relation avec un autre homme au moment des faits.

Elle a expliqué que c’est durant l’absence de ce dernier qu’elle avait repris contact avec son ex-compagnon, Abou, avec lequel elle a eu les rapports sexuels à l’origine de la grossesse.

La défense plaide le doute

Pour l’avocat de la prévenue, plusieurs zones d’ombre subsistent dans le dossier.

Selon lui, le comportement du plaignant n’a pas favorisé la poursuite de la grossesse.

Il a soutenu que l’élément matériel de l’infraction n’était pas suffisamment établi et a demandé au tribunal de prononcer la relaxe de sa cliente au bénéfice du doute.

Le parquet requiert une peine avec sursis

Estimant que les faits étaient constitués au regard des déclarations de la prévenue, le procureur du Faso a retenu l’infraction d’interruption illégale de grossesse.

Il a requis contre Djamila une peine de six mois d’emprisonnement et une amende de 250 000 F CFA, le tout assorti de sursis à exécution.

Le tribunal a mis son jugement en délibéré pour décision le 3 juillet prochain.

Justice Infos Burkina


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