Burkina : À 14 ans, Harris Siry Yann Charbel fait de la cybersécurité son combat avec YamCyber

À première vue, Harris Siry Yann Charbel est un collégien comme les autres. Élève en classe de 4e au Groupe scolaire Saint-Viateur de Ouagadougou, il partage son temps entre les cours, les devoirs et les examens. Mais une fois les cahiers refermés, le jeune garçon de 14 ans se plonge dans un tout autre univers : celui du développement informatique, de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité. Son ambition est de protéger les internautes contre les arnaques numériques et contribuer au développement technologique du Burkina Faso. Pour y parvenir, il a créé YamCyber, une plateforme de sensibilisation qui mise sur l’éducation et l’innovation.
Son parcours ne ressemble pas à celui d’un adolescent ordinaire. Bien avant de s’intéresser au développement d’applications, Harris réalisait des affiches pour des proches et se formait, en autodidacte, aux outils numériques. En découvrant progressivement le développement web et mobile, une question s’impose à lui : quelle solution pourrait réellement être utile à la société ?
La réponse lui apparaît au fil de témoignages de victimes d’arnaques numériques. Une bibliothécaire lui raconte avoir perdu de l’argent après une escroquerie. Quelques semaines plus tard, des camarades et des connaissances vivent des expériences similaires. Sur les réseaux sociaux, les alertes se multiplient : faux SMS, phishing, usurpation d’identité, piratage de comptes… Pour Harris, il devient évident qu’il faut agir. « Mon objectif n’était pas de gagner de l’argent, mais de résoudre un problème », explique-t-il.
C’est ainsi qu’est née l’idée de YamCyber.
Une application pour démocratiser la cybersécurité
YamCyber est conçue comme un outil de prévention accessible au plus grand nombre. La plateforme propose des conseils pratiques pour éviter les arnaques en ligne, comprendre les menaces numériques et adopter de bons réflexes.
L’application intègre également YamBot, un assistant conversationnel basé sur l’intelligence artificielle capable de répondre aux préoccupations des utilisateurs. Une autre fonctionnalité permet d’analyser des captures d’écran de messages suspects afin d’identifier d’éventuelles tentatives d’escroquerie ou de manipulation.
Pour Harris, la cybersécurité ne doit pas être réservée aux spécialistes. « Aujourd’hui, presque tout le monde utilise un téléphone, mais beaucoup ignorent encore les risques auxquels ils sont exposés », affirme-t-il.
C’est pourquoi YamCyber s’adresse aussi bien aux élèves, étudiants, parents, enseignants, entreprises qu’aux administrations.
Le projet ne se limite pas à une plateforme en ligne. Convaincu que la sensibilisation passe aussi par le terrain, Harris organise des actions éducatives dans les établissements d’enseignement supérieur.
À ce jour, plus de 13 universités burkinabè ont bénéficié de ses initiatives de sensibilisation à travers la distribution de tickets éducatifs et des échanges sur les bonnes pratiques en cybersécurité. Selon le jeune innovateur, plus de 12 000 personnes ont déjà été sensibilisées grâce aux différentes activités menées autour de YamCyber.

Des débuts semés d’obstacles
L’aventure n’a pourtant pas été simple. Lorsque Harris imagine YamCyber, il ne possède même pas d’ordinateur. Malgré cette contrainte, il élabore déjà le plan complet de son projet et fixe une date de lancement.
Convaincu par la détermination de son fils, son père finit par lui offrir l’ordinateur dont il avait besoin pour concrétiser son idée.
Au-delà du manque de matériel, le jeune développeur évoque un autre défi : l’accès aux connaissances. « À un certain niveau, apprendre demande des formations spécialisées, des échanges avec d’autres experts et parfois des ressources financières importantes », indique-t-il.
Une reconnaissance nationale
Le travail du jeune développeur commence pourtant à être reconnu. Lors de la Foire Internationale des Petits Génies du Faso (FIPEG-FASO), organisée du 24 au 26 avril 2026 au Musée national, Harris présente YamCyber devant le jury.
Son projet remporte la première place dans la catégorie des 9 à 17 ans et lui vaut également le Prix « Révélation Adolescent ». Une distinction accompagnée d’un trophée et d’une attestation qui viennent saluer son engagement en faveur de l’innovation.
Pour Harris, YamCyber n’est qu’un début. À court terme, il souhaite finaliser l’application mobile afin de toucher un public plus large. À plus long terme, il ambitionne de développer un véritable écosystème de solutions numériques africaines, former davantage de jeunes à la cybersécurité et collaborer avec les écoles, universités, entreprises et institutions.
À seulement 14 ans, il résume sa philosophie en cette conviction : « L’innovation n’est pas une question d’âge, mais de vision, de travail et de persévérance ».
Annick HIEN/MoussoNews
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