Le financement de projets publics au Burkina-Faso : Quelle contribution dans l’autonomisation des femmes ?

L’autonomisation reste un besoin prioritaire pour toute personne. C’est un défi encore plus présent pour les femmes qui doivent au quotidien faire face à diverses inégalités. Au Burkina-Faso, le marché du travail est marqué par de fortes disparités de genre. Une situation amplifiée par la situation sécuritaire qui éprouve le pays depuis plusieurs années. En effet, les populations sont contraintes aux déplacements massifs, entraînant pour beaucoup des pertes d’emplois et l’exposition au chômage. En 2023, on enregistrait au Burkina-Faso 2 062 534 personnes déplacées internes dont 52, 75 % (1 088 050) de femmes. Les femmes sont fortement exposées à l’exclusion économique et ne bénéficient pas toujours d’opportunités adaptées à leurs besoins.

Le chômage et le sous-emploi sévissent tant en milieu rural qu’en milieu urbain. En 2024, une enquête menée par l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INSD) sur l’emploi révèle qu’en milieu urbain, 12,6 % des femmes sont au chômage, contre 7,6 % pour les hommes. Une note de synthèse publiée par l’INSD laisse découvrir qu’être une femme augmente de 2,16 fois le risque de se retrouver en sous-emploi comparativement aux hommes. Une réalité qui ne laisse pas indifférente l’Etat burkinabè. Pour contribuer à la réduction des inégalités liées au sexe, le Burkina-Faso a adopté un principe de budgétisation sensible au genre en 2018 rendu opérationnel en 2019. Cette démarche s’inscrit vers l’atteinte d’une croissance inclusive et entend réduire les inégalités socio-économiques existantes entre les hommes et les femmes. Le taux d’inclusion financière au Burkina Faso a connu des avancées significatives et est passé de 70,5 % en 2019 à 79,07 % en 2024.

Par ailleurs, membre du Partenariat pour un Gouvernement Ouvert depuis 2016, le Burkina-Faso le matérialise par l’adoption de plans nationaux couvrant des engagements variés. Le plan national le plus récent (2023-2025) a consacré un engagement à la promotion de l’autonomisation des femmes, des jeunes et des Personnes Déplacées Internes (PDI). L’objectif derrière cet engagement est de réduire le chômage et le sous-emploi des femmes, des jeunes et des PDI par l’adaptation de la formation aux besoins de l’économie, la facilitation de leur accès au crédit et l’accroissement de leur employabilité. S’agissant de la promotion de l’emploi, le gouvernement burkinabè s’est engagé par ce plan à financer les micro-projets des femmes à travers les fonds nationaux de financements existants.

Des décisions et actions fortes au profit de l’autonomisation des femmes

En effet, le gouvernement burkinabè est dans une dynamique de rationalisation de la gestion des ressources publiques. L’objectif est d’assurer plus d’efficacité et d’impact dans la mobilisation et l’utilisation des deniers publics. Dans cette lancée, le gouvernement a procédé à la fusion de 14 Fonds nationaux de financement en 4 fonds principaux dont le Fonds burkinabè de développement économique et social (FBDES) dénommé « Tõogo » qui signifie en langue nationale Mooré « Puissance ». Il regroupe sept Fonds dédiés au financement des activités de développement économique. En 2023, à travers le Fonds d’Appui aux Activités Rémunératrices des Femmes (FAARF) issu du fonds « Tõogo », plus de 100 000 femmes ont bénéficié d’un financement à hauteur de 18 milliards de FCFA sur l’ensemble du territoire national pour soutenir le commerce de détail, le tissage et la transformation agro-alimentaire. « J’ai bénéficié d’un accompagnement du FAARF à 3 reprises pour des prêts allant de 2 à 3 millions et ça nous a énormément aidé dans le développement de notre activité de tissage de pagnes locaux »témoigne Daniel K. BADO. Une autre bénéficiaire évoluant dans le domaine de l’agro-alimentaire, Jeanne COULYBALI relate avoir bénéficié d’un accompagnement financier du même fonds à hauteur de 5 millions de F CFA. Cela lui a permis de développer son activité et plaide pour l’augmentation des portefeuilles de crédits accordés. En 2025, dans une dynamique de consolidation de ses actions, grâce au FAARF, plus de 50 000 femmes ont bénéficié de financements à hauteur de 13 milliards de F CFA, couvrant l’ensemble du territoire national.

En 2025, les portefeuilles consacrés à l’éducation et la santé dits « sensibles au genre » se sont élevés à 40,93 % des dépenses globales de l’État. 28,34 % du budget national a mis l’accent sur le maintien des filles à l’école contribuant ainsi à réduire les disparités de genre dans l’alphabétisation, même en contexte de crises (écoles fermées/réaffectées).

Le Projet Régional d’Appui au Pastoralisme au Sahel au Burkina Faso financé par la Banque mondiale et l’Etat burkinabè a investi plus de 1,3 milliard de F CFA en faveur de l’autonomisation des femmes rurales. En complément à cette démarche, entre 2023 et 2024, grâce à ce projet 723 femmes rurales ont bénéficié de formations professionnelles dans différents domaines liés aux activités pastorales, pour un investissement global de 419 millions FCFA. Ces formations visent à doter les bénéficiaires de compétences techniques et entrepreneuriales leur permettant de mieux valoriser les ressources locales et d’améliorer leurs revenus.

Bien que ces avancées et acquis majeurs soient à saluer en faveur de l’inclusion financière, des défis persistent. Seulement 40 % de femmes estiment avoir réellement les mêmes chances que les hommes d’accéder à la propriété d’une terre. Ce manque de garanties foncières (titres de propriété) bloque l’accès des entrepreneuses aux crédits bancaires commerciaux de grande envergure. S’il est vrai que l’État burkinabè investit de l’argent en faveur de l’autonomisation des femmes, les barrières structurelles (accès à la terre, garanties) empêchent les micro-entreprises féminines de se transformer en Petites et Moyennes Entreprises (PME) d’envergure.

L’autonomisation des femmes est essentielle à la construction d’une société prospère et durable. Il est important de continuer à soutenir et mettre en place des initiatives qui contribuent à rendre financièrement autonomes les femmes, piliers de nos familles. Encourager de telles initiatives et investir dans les femmes, c’est faire le choix d’accélérer l’atteinte de résultats transformateurs au Burkina-Faso.

Cette publication WanaData a été soutenue par Code for Africa et la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth, financé par le Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD).


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