Cyberviolences et fuites de données : Comment le manque de sécurité numérique brise des vies en Afrique

Nous vivons une ère de démocratisation du numérique où l’usage diversifié des outils numériques fait partie intégrante de notre quotidien. Entre réseaux sociaux, applications mobiles, services en ligne et transactions digitales, cette révolution numérique s’accompagne aussi bien d’opportunités, de menaces et aussi de défis. Une évolution qui expose les usagers du numérique aux risques de cyber-attaques. Face à cette réalité, un fait reste indéniable : le cyberharcèlement est réel et nul n’est à l’abri. Nous sommes toutes et tous de potentielles victimes. En Afrique, si la révolution numérique a ouvert des portes extraordinaires pour l’autonomisation des femmes, elle s’est accompagnée d’une menace invisible mais dévastatrice : la cyberviolence basée sur le genre (VBG en ligne) et l’exploitation des données personnelles. Des faits et des réalités qui nous invitent à utiliser le numérique de manière consciente et responsable.
Le manque de protection de données expose à des vulnérabilités multiples allant de l’usurpation d’identité en passant par les arnaques, les fraudes, l’escroquerie, la diffamation. Une évaluation des cybermenaces réalisée par INTERPOL en Juin 2025 révèle que les infractions numériques représentent plus de 30 % des crimes signalés en Afrique de l’Ouest. Les escroqueries en ligne, notamment le phishing, les ransomwares et les fraudes à la messagerie professionnelle, figurent parmi les menaces les plus fréquemment signalées dans la région. Ces vulnérabilités sont accentuées par la montée en puissance de l’intelligence artificielle. Un autre rapport publié par INTERPOL estime que l’IA est désormais impliquée dans 55 % des cybercrimes recensés en Afrique. L’organisation précise que ces technologies pouvaient automatiser plusieurs étapes des attaques, de la collecte d’informations à l’hameçonnage et à l’extorsion.
Au Burkina-Faso, l’urgence de la situation a conduit le Ministère de la Transition Digitale, des Postes et des Communications Électroniques a mené un audit massif de 205 plateformes numériques publiques pour identifier les vulnérabilités de sécurité et protéger les données des citoyens connectés. En effet, ces dernières années au Burkina-Faso, les administrations publiques déploient des plateformes en ligne pour faciliter l’accès des citoyens à des services essentiels (casier judiciaire, certificat de nationalité, légalisation, etc.). Cette démarche d’audit du Ministère est intervenue pour identifier les plateformes connectées, détecter les vulnérabilités et renforcer la surveillance des organisations qui jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement du pays, ce qui a permis de placer 28 organismes publics sous surveillance renforcée.
Au Sénégal, la question des fuites de données reste un sujet d’intérêt fortement suivi, comme en témoigne cet article. La Commission de Protection des Données Personnelles (CDP) a révélé avoir traité 317 dossiers complexes (plaintes, signalements et demandes d’autorisation) rien qu’au premier trimestre 2026.
Au-delà des clics, des conséquences visibles
Un simple clic peut cacher une longue bataille, vous exposer à de multiples menaces et mettre à rude épreuve votre santé mentale. Tous les liens que nous croisons ou recevons par les canaux numériques ne sont pas toujours sains. Au quotidien, des banques, des entreprises, des particuliers se font pirater pour avoir cliqué sur un mauvais lien. En effet, un faux lien ou un mauvais téléchargement peut permettre à des pirates de bloquer tout un système et/ou de voler des informations importantes et de les utiliser à des fins d’harcèlement et de violences.
Il faut que les cyberviolences ne soient pas considérées comme des violences minimes. Elles sont d’autant plus virulentes à l’endroit des femmes et s’inscrivent dans le continuum des violences sexistes et sexuelles subies dans la vie réelle et se prolongeant dans les espaces numériques. Les espaces numériques répondent aux mêmes logiques que le monde physique. Les violences qui s’y alimentent ne surgissent pas du néant. Elles prennent naissance dans les rapports de domination nourris au plan social et se voient amplifier dans le cyberespace. Une GRANDE ENQUÊTE SUR LES CYBERVIOLENCES SEXISTES ET SEXUELLES menée par les associations féministes contre le cyberharcèlement, Point de Contact et #StopFisha révèle que les cyberviolences frappent de manière systématique les femmes, les mineur·es et les personnes exposées à des discriminations multiples. L’enquête a recueilli 2 136 témoignages, dont 1209 victimes de cyberviolences sexistes et sexuelles. Il en ressort que 82 % de femmes et filles sont victimes de cyberviolences et que 87 % des victimes de diffusion non consentie de contenus intimes sont des femmes. L’utilisation de l’image reste une forte arme de violence. De l’enquête susmentionnée, il ressort que plus d’une victime sur quatre a vu des contenus sexuels ou intimes la concernant diffusés sans son accord, une proportion qui atteint 30 % chez les femmes adultes et 36 % chez les mineur·es.
Prévenir par des conseils utiles
Les cyberviolences ne connaissent ni limites spatiales, ni limites temporelles. S’il est possible de trouver des moments ou des espaces de repli pour échapper à certaines formes de violences, avec la dématérialisation des échanges, les violences commises via les outils numériques sont susceptibles de nous atteindre à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit et dans n’importe quel endroit du monde. Il est donc important de s’approprier les bonnes pratiques pour utiliser de manière saine et sereine les canaux numériques. Face à cette réalité, les sensibilisations en matière de cybersécurité se multiplient. Des passionnés et spécialistes de la question ont fait du numérique un allié et utilisent ce canal pour alerter et inviter les internautes à des comportements responsables. Il y a des attitudes qui protègent et permettent de prévenir les risques.
Parmi eux, Balkiss OUEDRAOGO, spécialiste en sensibilisation à la cybersécurité recommande « Je conseille aux usagers des plateformes numériques d’avoir des mots de passe robustes, de recourir à la double authentification et de faire attention à la divulgation de données sensibles et personnelles. Si d’aventure, ils se retrouvent victime de cyber-attaques, qu’ils n’hésitent pas à recourir à un.e spécialiste de la cybersécurité pour mieux protéger leurs systèmes, leurs réseaux et données contre de futures attaques informatiques ».
Il est évident que les droits numériques et les questions de sécurité numérique sont des enjeux importants à cerner. La cybersécurité en Afrique de l’Ouest et au Sahel ne peut plus être reléguée au rang de simple défi technique réservé aux ingénieurs ou aux juristes.
Face à une criminalité numérique de plus en plus affirmée et accentuée par l’essor de l’intelligence artificielle, la protection des données est devenue une urgence sociale absolue. Pour les millions de femmes connectées, c’est une question de sécurité physique, d’intégrité psychologique et de survie économique. Face à ces enjeux, la réponse doit être globale. Elle exige des régulateurs comme la Commission de Protection des Données Personnelles (CDP) au Sénégal ou la Commission de l’Informatique et des Libertés (CIL) au Burkina Faso, un durcissement des contrôles et une mise à jour urgente des mesures juridiques face aux dérives technologiques. Mais au-delà des lois, le véritable changement passera par une prise de conscience collective : les plateformes de paiement mobile, les géants de la Tech et les États doivent investir massivement dans une éducation numérique inclusive et sensible au genre.
Cette publication WanaData a été soutenue par Code for Africa et la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth, financé par le Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD).
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