« La plus grande exigence de la régie, c’est de savoir rester calme face à l’imprévu » Ismael Sandwidi alias le Kalif, professionnel de la régie évènementielle

La régie. Un métier encore peu connu au Burkina Faso. Ismael Sandwidi alias le Kalif est reconnu être l’un des meilleurs professionnels burkinabè dans ce domaine. Qu’est-ce que la régie ? Pourquoi est-ce un métier qui requiert une grande discipline et patience ? Quel est son projet pour promouvoir et valoriser le métier ? Il en parle dans cette interview.  

Présentez-vous à nos lecteurs ?

Je suis Ismael Sandwidi connu sous le nom de Kalif. Je suis administrateur culturel et professionnel de la régie événementielle. Je suis aujourd’hui responsable de Ismo Management & Communication et j’interviens comme régisseur général sur des concerts, festivals et différents événements culturels. Mon parcours m’a amené à travailler dans plusieurs domaines liés à la culture, notamment dans la mode avec le SITA , BeFree Fashion Day .

Je suis surtout quelqu’un qui aime travailler dans l’ombre, avec une conviction la réussite d’un événement est toujours le résultat d’un travail collectif.

Quel est votre parcours professionnel ?

J’ai suivi des formations en administration culturelle qui m’a permis de mieux comprendre le fonctionnement du secteur culturel. Parallèlement, j’ai acquis de l’expérience dans l’administration, la communication digitale et progressivement dans la régie événementielle.

Dans cette évolution, je tiens particulièrement à citer mon mentor, Issouf Balima. Il a joué un rôle important dans mon parcours et dans ma compréhension du métier. Notre collaboration remonte de plus 15 ans et son accompagnement m’a beaucoup aidé à grandir professionnellement, et aussi Abdoulaye Mossé, le commissaire général du SITA où je travaille depuis 2019 qui m’a transformé en un homme de courage. J’ai également eu la chance d’apprendre auprès de plusieurs professionnels et à travers de nombreux événements. Pour moi, le terrain reste une grande école chaque événement, chaque difficulté et chaque rencontre nous permet d’apprendre.

Vous êtes aujourd’hui régisseur. C’est quoi le métier de régisseur ?

Le régisseur est, pour moi, un chef d’orchestre de l’ombre. Son rôle est de coordonner les différents éléments nécessaires au bon déroulement d’un spectacle : la scène, le son, la lumière, la vidéo, le backline, les artistes, les techniciens, les horaires et les changements de plateau.

Le régisseur général doit avoir une vision globale de l’événement tout en maîtrisant les détails. Il doit surtout être capable d’anticiper les problèmes avant qu’ils n’arrivent. Quand le public ne remarque aucun problème, c’est souvent parce que toute une équipe a bien travaillé en amont.

Quelle formation aboutit à ce métier ?

Il existe des formations dans les métiers du spectacle, de la régie et de la technique événementielle. Elles sont importantes parce qu’elles donnent les bases nécessaires.

Mais pour moi, la formation ne s’arrête jamais à l’école. Il faut combiner la formation théorique, la pratique, l’expérience du terrain et la transmission des professionnels. C’est un métier qui évolue beaucoup avec les nouvelles technologies. Un bon régisseur doit donc continuer à apprendre et à se perfectionner.

Peut-on l’apprendre sur le tas ?

On peut apprendre beaucoup de choses sur le terrain. D’ailleurs, une grande partie de mon expérience vient de cette pratique.

Mais apprendre sur le tas ne veut pas dire travailler sans formation ni accompagnement. Il faut observer, écouter, poser des questions, accepter les critiques et apprendre de ses erreurs. J’ai eu la chance d’être accompagné par des professionnels qui m’ont beaucoup appris, notamment mon mentor Issouf Balima, qui a joué un rôle important dans mon évolution. Je pense donc que la meilleure école reste la combinaison entre la formation, le terrain et la transmission.

Quel est le quotidien d’un régisseur ?

Le quotidien d’un régisseur est rarement identique d’un événement à un autre. Avant un spectacle, il faut préparer les équipes, étudier la fiche technique des artistes, visiter le site, réfléchir à l’installation, travailler sur les plans, coordonner les différents prestataires et anticiper les éventuels problèmes. Le régisseur doit toujours essayer d’avoir un coup d’avance.

Quelles sont les scènes sur lesquelles vous avez travaillé ?

J’ai eu la chance de travailler sur plusieurs scènes et événements au Burkina Faso et à l’extérieur.

Je peux notamment citer le FESPACO, le MASA à Abidjan, le Baba Village, WAABO,  la nuit de la RPP , Concert de Dez altino au Palais de la Culture de Treichville à Abidjan, Concert de Reman au stade, Concert de Amzy au stade , ainsi que plusieurs festivals et manifestations culturelles au Burkina Faso. SITA Malabo 2020, SITA Djibouti 2021, SITA Lome 2022, SITA Konakry 2023.

J’ai également eu l’occasion de travailler avec de nombreux artistes et équipes techniques, au Burkina Faso comme à l’international. Chaque scène a ses réalités et ses exigences. C’est cette diversité qui permet aussi de progresser.

Quelle scène vous a le plus marqué ?

Il y a plusieurs événements qui m’ont particulièrement marqué. La nuit de la RPP, FESPACO et le MASA reste important pour moi en raison de son envergure et du niveau d’exigence qu’il représente. Le MASA 2026 à Abidjan a été une expérience très enrichissante, notamment parce que j’ai eu l’occasion de travailler avec des artistes et des équipes venues de plusieurs pays.

Mais au-delà de la grandeur d’une scène, ce qui me marque le plus, c’est lorsque toute une équipe réussit à relever ensemble un défi et que le spectacle se déroule comme prévu.

Le métier de régisseur est-il connu et valorisé au Burkina ?

Le métier commence progressivement à être mieux connu, mais je pense qu’il mérite encore davantage de reconnaissance. Lorsqu’un artiste monte sur scène, le public voit principalement l’artiste. Mais derrière cette prestation, il y a toute une chaîne de professionnels, régisseurs, techniciens son, lumière, vidéo, backline, coordinateurs et bien d’autres.

Il est donc important de continuer à valoriser et professionnaliser les métiers de l’ombre, parce qu’ils sont indispensables à la réussite des spectacles.

Quelles sont les difficultés et/ou contraintes de ce métier ?

C’est un métier qui demande beaucoup de disponibilité, de concentration et de résistance à la pression. Nous sommes souvent confrontés aux changements de dernière minute, aux contraintes techniques, aux délais très courts, aux problèmes de matériel ou encore aux difficultés de coordination entre plusieurs équipes. Mais la plus grande exigence, c’est de savoir rester calme face à l’imprévu.

Un régisseur ne doit pas transmettre sa panique à son équipe. Il doit chercher rapidement une solution et permettre au spectacle de continuer.

Est-ce un métier de rêve pour un enfant ?

Et oui . Mais je conseillerais à un jeune qui souhaite faire ce métier de comprendre que ce n’est pas uniquement un métier de spectacle. C’est aussi un métier de discipline, de responsabilité, de patience et de travail en équipe. Il faut accepter de travailler dans l’ombre et de ne pas forcément rechercher la reconnaissance.

Personnellement, je trouve justement que c’est ce qui rend ce métier magnifique : on peut contribuer à créer de grands moments sans forcément être celui que le public applaudit.

Quels sont vos projets pour promouvoir le métier ?

Mon ambition est de contribuer davantage à la professionnalisation et j’ai déjà formé plus d’une dizaine des collaborateurs et mon objectif c’est la valorisation de ce métiers de la régie au Burkina Faso.

À travers Ismo Management & Communication, je souhaite développer davantage les activités liées à la régie générale, à la coordination technique, à la conception de plans et au design de scène, mais également accompagner les jeunes qui souhaitent découvrir ou se former dans ce domaine.

Je crois beaucoup à la transmission. J’ai moi-même bénéficié de l’accompagnement de personnes comme Issouf Balima, et je pense qu’à mon tour, je dois pouvoir transmettre ce que j’ai appris.

Avez-vous un message particulier ?

Mon message s’adresse particulièrement aux jeunes qui souhaitent évoluer dans le secteur culturel. N’ayez pas peur de commencer petit. Respectez chaque étape, soyez curieux, formez-vous, observez ceux qui ont plus d’expérience que vous et surtout restez humbles. J’ai appris au fil des années qu’on ne construit rien seul. Derrière chaque réussite, il y a une équipe, des mentors, des collaborateurs et des personnes qui ont cru en vous.

Je reste reconnaissant envers toutes ces personnes et surtout continuons à faire grandir notre culture et nos métiers avec professionnalisme, solidarité et passion.

Propos receuillis en ligne par Julie Jessica/MoussoNews


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