« Piss ! Piss !… Je ne suis pas une chienne pour qu’on m’appelle comme cela »

Tu sors de chez toi pour acheter du pain, un sachet d’eau ou simplement faire un tour. Tu avances tranquillement, téléphone en main, perdue dans tes pensées. Sur le chemin, un groupe de jeunes hommes est installé autour d’un thé. Ça discute, ça se justifie. Et comme toujours, le débat du jour tourne autour de Messi et Ronaldo : qui est le vrai GOAT ?

Le fameux « piss ». À Ouagadougou comme ailleurs au Burkina Faso, les jeunes filles connaissent bien cette technique de drague. Certaines l’ont entendue tellement de fois qu’elles ne reconnaissent le sifflement entre mille. Aux garçons, ils pensent parfois avoir trouvé le meilleur moyen d’attirer l’attention d’une  » go ».

A chaque « piss », il y a plusieurs scénarios possibles : la fille se retourne, te lance un regard qui parle à ta place, accélère le pas ou fait comme si tu n’existais pas. Et dans certains cas, le dragueur peut même regretter d’avoir sifflé.

Suzy : « Façon ça m’énerve quoi ! »

Suzy Ouédraogo, elle, connaît bien l’affaire. Les fois où son numéro lui a été demandé après un « piss » ? Elle ne saurait même plus les compter. Mais une chose est sûre : cette méthode, elle la deteste.

« Façon ça m’énerve quoi », lâche-t-elle.

Et quand on lui demande ce qu’elle fait concrètement, Suzy relate sa routine face à ces situations: regard noir, puis on avance.

« Ma première réaction, façon je vais le lorgner. Je vais continuer ma route. Je vais le lorgner avant de partir, peu importe si je connais la personne ou non », raconte la jeune femme.

En gros, tu peux siffler, elle peut même te regarder droit dans les yeux, mais ne compte pas forcément sur elle pour t’accorder une minute de plus.

Et si elle est sur sa moto ? Là, c’est encore pire. « Si c’est en circulation, je ne vais même pas le calculer. Je ronfle ma moto et je continue mon chemin », lâche-t-elle.

Stéphanie : tu fais  »piss », elle menace

Avec Stéphanie, le scénario est un peu différent. Elle ne se contente pas forcément de regarder le garçon de travers ou de faire semblant de ne rien entendre, comme Suzy. Elle peut aussi sortir les menaces.

Et si cela finit en bagarre ? Est-ce qu’elle assume ? « Je m’en fous. On va se frapper et continuer nos chemins », répond-elle.

Elle, elle ne veut même pas en entendre parler. Pour Stéphanie, cette façon d’interpeller une fille est dépassée et franchement ringarde.

« C’est dépassé, ça. C’est très ringard. Le bon sens voudrait qu’on lève les fesses pour affronter la fille comme un vrai homme. On ne reste pas à des kilomètres appeler une fille comme une chienne et t’attendre à ce qu’elle te rejoigne. C’est un manque de respect », lance-t-elle.

Lara, la hater numéro uno des « piss »

Lara, elle ne cache ni son agacement ni son avis sur la question. « Un gars me piss, si je l’ai calculé, qu’il remercie le bon Dieu », balance-t-elle. Tout simplement: Lara te multiplie « toi et ton piss » par zéro.

Derrière sa réaction sévère, Lara insiste surtout sur une question de respect. Pour elle, il y a quand même une différence entre aborder une fille et la siffler. « Pour moi, c’est un manque de respect. Tu me dis : “S’il te plaît, ma chérie, j’aimerais te parler”, mais “piss” ? Je ne suis pas une chienne », lâche-t-elle.

Et pour ceux qui n’auraient toujours pas compris, pour Lara : « Piss, c’est comme dire : “Eh, chienne là, toi là, eh !” Du coup, moi, je n’approuve pas ».

Épiphanie : tout dépend de la manière

Épiphanie Dakouré, elle, ne sort pas immédiatement les griffes. Elle ne met pas tous les « piss » dans le même panier. Pour elle, il faut voir comment le garçon s’y prend. « Ma réaction dépend de la manière dont il s’y prend. Si son approche est respectueuse, je peux lui répondre gentiment. Par contre, je lui fais comprendre que je n’apprécie pas son comportement. C’est-à-dire que tout dépend du ton du piss. Il y a des piss non soignés », explique-t-elle.

Oui. Chez Epiphane, il y’a des « piss » soignés et ceux « malades »

« Je peux le prendre en bien si son geste est fait avec respect. Draguer quelqu’un n’est pas un problème en soi. Tout dépend de la manière de le faire. Mais si son geste est déplacé, je le prends mal », précise-t-elle.

Autrement dit, le sifflement ne garantit rien. Le garçon peut tenter sa chance, mais il doit aussi accepter que la fille n’apprécie pas sa méthode.

Aurélia : « S’il est mon genre, je le rejoins »

Pendant que certaines filles préparent déjà leur regard noir avant même le prochain « piss », Aurélia, elle, ne voit pas forcément le problème.

« Je ne trouve pas ça mal. Il ne connaît pas mon nom, c’est une manière de m’interpeller. Les hommes entre eux-mêmes se “piss”. Moi, personnellement, je n’ai pas de problème », explique-t-elle.

Pour elle, le sifflement peut simplement servir à attirer l’attention. Elle ne se sent donc pas automatiquement offensée lorsqu’un garçon l’interpelle de cette manière.

Et quand on lui demande si elle peut répondre à un « piss », sa réponse ? « Quand on me “piss”, je ne trouve pas de problème à y aller. Si on me “piss” et qu’il est mon genre, je pars. Au cas contraire, je fais comme si je n’avais pas entendu »,

Voilà ! Si monsieur lui plaît, elle peut aller voir. Si ce n’est pas son genre, chacun reprend sa route. Pas besoin de débat autour du thé pour ça !

Aurélia ajoute d’ailleurs que tous les « piss » ne sont pas forcément des tentatives de drague.

« Et puis, ce ne sont pas tous les “piss” qui sont pour draguer. Peut-être que souvent, ils veulent t’interpeller sur quelque chose », souligne-t-elle.

Le « piss », est vraiment démodé?

A travers les divers avis recueillis, il ressort qu’un simple sifflement suffisait ne suffit pas, ou encore ne sied plus pour conquérir une  » go ». Certaines y voient un manque d’efforts, voire même de respect. Draguer une fille, n’est pas un problème. C’est surtout cette manière de le faire qui divise. Et si, au lieu de lancer un « piss » à distance, on essayait parfois un simple « Bonjour, excuse-moi, est-ce que je peux te parler ? » ?

Ça ne garantit pas non plus un numéro, Mais au moins, vous aurez essayé selon les règles de l’art pour les jeunes demoiselles.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews


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