Marie Denise Ouédraogo, une experte au service de la transformation des organisations
Experte en transformation organisationnelle, digitale et intelligence artificielle, Marie Denise Ouédraogo cumule plus de 30 certifications professionnelles et mène sa carrière aux États-Unis, au Texas. Mère de famille, elle accompagne également plus de 67 enfants à travers une association basée à Bobo-Dioulasso. Dans un entretien accordé à MoussoNews, elle revient sur son parcours, les défis des femmes dans son domaine et les transformations que les organisations africaines doivent anticiper pour rester compétitives.
Présentez- vous à nos lecteurs
Je suis Marie Denise Ouédraogo, Burkinabè d’origine et experte en transformation organisationnelle, transformation digitale et intelligence artificielle. J’ai évolué dans les domaines de la finance, de la recherche scientifique et de la technologie.
Où avez-vous effectué votre parcours académique ? Au Burkina Faso ou dans un autre pays ?
J’ai acquis les bases de ma formation au Burkina Faso, jusqu’en classe de terminale. Après le baccalauréat, j’ai également suivi des formations professionnelles en tourisme et en hôtellerie, par curiosité, avant de poursuivre mes études en Europe dans d’autres établissements.
Avant de parler de transformation organisationnelle et de transformation digitale, qu’est-ce que ces notions signifient concrètement ?
Nous sommes dans un monde où tout change continuellement. Les systèmes et les processus que nous utilisons sont encore, pour beaucoup, manuels. Pour être compétitives face aux autres structures, les organisations doivent passer au numérique. La transformation digitale consiste donc à passer de processus manuels à des processus numériques, en utilisant des outils technologiques pour gagner du temps, améliorer la productivité et réduire les erreurs.
Qu’est-ce que la transformation organisationnelle, concrètement ?
La transformation organisationnelle vise véritablement la croissance, car on ne peut pas envisager une croissance durable sans transformation. Lorsqu’une organisation stagne, n’atteint pas un certain niveau de maturité ou ne progresse pas, il faut examiner son fonctionnement interne, ses processus et ses systèmes. Cela permet de déterminer les changements nécessaires pour favoriser sa croissance, générer davantage de revenus et franchir une nouvelle étape.
Pourquoi est-il important qu’une organisation s’intéresse à sa transformation ?
Pour plusieurs raisons. Il y a d’abord les revenus, car une organisation réalise des investissements dans l’espoir d’obtenir de meilleurs résultats. Il y a également l’impact qu’elle souhaite avoir. Enfin, une organisation doit être visionnaire et chercher constamment à rester compétitive face aux autres structures.
Vous avez évolué en Afrique, en Europe et aux États-Unis. Sur lequel de ces trois continents la transformation organisationnelle est-elle la plus ancrée ?
Je dirais les États-Unis, parce que c’est une société et une culture qui accordent une grande importance à la transformation. Chaque défi est considéré comme une opportunité. Comme je le dis souvent, les choses changent à chaque seconde et il faut s’équiper pour rester compétitif à l’international, mais aussi face aux concurrents proches de nous. Les organisations misent donc beaucoup sur les compétences et les ressources disponibles pour viser constamment l’excellence.
Existe-t-il des entreprises qui ne pensent même pas à se transformer ?
Malheureusement, oui. Mais cela vient souvent des fondements mêmes de l’organisation. Certaines structures familiales ont été créées par des grands-parents ou des arrière-grands-parents, avec la volonté de conserver leur caractère familial et de ne rien changer. Ces organisations peuvent alors rester figées dans leur fonctionnement. Aux États-Unis, par exemple, certaines entreprises fonctionnent ainsi depuis les années 1900 sans avoir connu de véritable changement.
Lorsqu’une organisation doit se transformer, par où faut-il commencer ? Par les personnes, la stratégie, les méthodes de travail ou la culture organisationnelle ?
Il faut d’abord examiner la vision et les processus de l’organisation. Ensuite, on peut redéfinir les stratégies et, si nécessaire, revoir la vision. Il faut enfin passer à la mise en œuvre en mobilisant les compétences humaines disponibles en interne. Si les compétences nécessaires ne sont pas présentes, il faut aller les chercher à l’extérieur pour accompagner la transformation.
Comment accompagner les collaborateurs pour qu’ils deviennent des acteurs de la transformation de leur entreprise ?
Il faut valoriser le développement de carrière et le développement personnel, tout en encourageant les collaborateurs à être ambitieux. On peut occuper le même poste depuis 20 ans, mais il faut aussi savoir s’ouvrir au changement, car le monde évolue très vite.
Malheureusement, dans certaines structures, les collaborateurs sont contraints de changer sans y être préparés. Il faut donc instaurer une véritable culture du changement et mettre en place une gestion adaptée de cette transition. Il faut comprendre comment les personnes vivent psychologiquement le changement et comment elles l’appréhendent.
Ce sont elles qui peuvent faire réussir la stratégie de l’entreprise ou, au contraire, contribuer à son échec si elles n’adhèrent pas au changement. Il faut donc valoriser le capital humain, accompagner les collaborateurs et créer les conditions favorables à la transformation, avant de mobiliser les ressources financières et les autres moyens nécessaires.
Quel est le rôle du leader dans ce processus de transformation ?
Le leader joue un rôle essentiel dans une entreprise, notamment dans la manière dont il communique la vision. Qu’une structure soit petite ou grande, elle poursuit un objectif. La communication est donc très importante. Le leader doit s’assurer que chaque personne au sein de l’organisation comprend l’objectif visé ainsi que sa propre part de responsabilité dans sa réalisation.
Il existe différents types de leaders. Peuvent-ils tous réussir une transformation organisationnelle ?
Ils le peuvent, mais cela dépend de la vision de l’entreprise. Il faut également veiller à placer les bonnes ressources aux bons endroits.
En tant que femme experte dans ce domaine, avez-vous rencontré des difficultés particulières liées au fait d’être une femme ?
Oui, malheureusement. J’en ai rencontré énormément et je continue d’en rencontrer. Dans certaines structures, il est difficilement concevable qu’une femme possède ce type d’expertise. J’ai des certifications reconnues parmi les meilleures dans le domaine de l’amélioration continue des processus, et nous ne sommes pas nombreuses à en posséder. Je fais donc face à ces difficultés en tant que femme.
Y a-t-il peu de femmes expertes en transformation organisationnelle ?
Il y en a, mais cela reste un défi. Lorsqu’un homme arrive, il peut bénéficier d’une certaine considération et être rapidement accepté. Lorsqu’une femme arrive, elle peut d’abord être jugée sur le fait qu’elle est une femme, avant même que ses compétences soient prises en compte.
Aux États-Unis, notamment au Texas, où je vis, la société reste très attachée aux valeurs familiales et accorde encore une place importante à la femme au foyer, notamment pour s’occuper des enfants. Pour réussir dans ces environnements, il faut vraiment savoir qui l’on est, connaître sa valeur et être capable de démontrer ce que l’on apporte.
Comment parvenez-vous à surmonter ces difficultés ? Bénéficiez-vous du soutien de l’école ou de la famille, ou est-ce avant tout une question de compétences ?
Il y a les compétences, mais aussi le travail personnel et la volonté de réussir. Je le dis toujours : l’échec n’est pas négociable avec moi. Là où je veux entrer, je dois réussir à ouvrir la porte.
C’est ce qui m’a poussée à acquérir toutes ces compétences et à obtenir plus de 30 certifications professionnelles. Je ne veux pas laisser de place à l’argument selon lequel il me manquerait telle ou telle compétence. Tout part d’abord de soi-même : il faut savoir ce qui nous pousse à nous lever chaque matin et quel objectif nous voulons atteindre.
Avez-vous une vie de famille et des enfants ?
Je suis maman de quatre enfants et j’ai une vie de famille. J’ai également adopté des enfants. Au Burkina Faso, je dirige une association qui accompagne plus de 67 enfants que je considère comme les miens.
Comment parvenez-vous à concilier toutes ces responsabilités, à être performante professionnellement, à prendre soin de tous ces enfants et à mener votre vie de couple ?
Cela dépend vraiment de soi. Il n’y a pas de barrières infranchissables. Lorsque j’ai commencé ma carrière, les choses n’ont pas été faciles du tout. Mais j’ai eu la chance de grandir dans une culture où l’on m’a inculqué de très bonnes valeurs. Il faut toujours se battre. Lorsqu’on sait ce que l’on veut atteindre, on peut y arriver si l’on y met la volonté nécessaire.
Comment les organisations peuvent-elles valoriser les compétences féminines et le potentiel des femmes au sein de leurs équipes et dans leurs instances de décision ?
Il faut avant tout travailler sur la culture de l’entreprise. C’est très important, car c’est à travers elle que l’on peut mobiliser et motiver les employés, tout en favorisant l’inclusion de tous, y compris des femmes.
Comment mesure-t-on concrètement l’impact d’une transformation organisationnelle ?
On le mesure à travers les résultats obtenus, mais aussi à travers la pérennité des systèmes mis en place.
Quels sont les signes qui montrent qu’un changement produit réellement des résultats ?
Pour moi, je mesure les résultats lorsque j’arrive à faire beaucoup avec peu, tout en consommant moins de ressources.
Quelles transformations les organisations, qu’elles soient privées ou publiques, doivent-elles anticiper ?
Nous sommes dans un contexte où les choses évoluent rapidement. L’intelligence artificielle permet d’effectuer des analyses et de concevoir des solutions plus rapidement. Mais il faut garder à l’esprit qu’elle reste une machine. L’être humain doit comprendre son fonctionnement, travailler avec elle et la surveiller.
C’est à nous, les humains, de savoir comment superviser l’intelligence artificielle, en fonction de nos postes et de nos compétences. Cela suppose également d’accepter le changement.
En Afrique, le défi est que nous utilisons des outils d’intelligence artificielle conçus ailleurs, sans en créer suffisamment nous-mêmes. Nous risquons donc de rester dépendants de ces systèmes si nous ne développons pas nos propres solutions.
Comment peut-on concevoir des solutions d’intelligence artificielle en Afrique ?
Il faut d’abord avoir confiance en nous-mêmes et croire que nous en sommes capables. Il n’y a pas de génie mystérieux derrière l’intelligence artificielle : elle repose sur les mathématiques, les statistiques et des modèles que l’on développe. On apprend à une machine à effectuer certaines tâches et à produire des résultats.
Progressivement, nous pouvons adapter ces technologies à nos réalités. Pour cela, il faut nous faire confiance, mobiliser nos mathématiciens, nos statisticiens et toutes les compétences nécessaires autour d’une même idée et d’un même objectif. Nous pourrons ainsi concevoir des modèles qui reflètent nos réalités africaines.
Quels conseils donneriez-vous à une jeune femme qui souhaite faire carrière dans le conseil et la transformation organisationnelle ?
Je lui dirais de croire en elle et de comprendre qu’être une femme peut aussi être un avantage. La vie de famille et les enfants ne doivent pas être considérés comme des freins, mais comme des sources de motivation, car ils font partie de ce que nous construisons et de l’héritage que nous voulons laisser.
Il faut croire en soi, oser et ne pas avoir peur d’échouer. Parce qu’en réalité, on n’échoue jamais complètement : on apprend toujours.
Quel regard portez-vous sur l’entrepreneuriat féminin au Burkina Faso aujourd’hui ?
L’entrepreneuriat féminin en Afrique doit être encouragé. Il faut aussi prendre le temps de reconnaître ce que les femmes apportent, car elles remarquent souvent des détails que les hommes ne voient pas. Lorsque ces différents éléments sont combinés, ils peuvent contribuer à transformer toute une structure.
On a l’impression que certaines entreprises hésitent à recruter des femmes mariées, enceintes ou allaitantes. Pourquoi cette situation persiste-t-elle ?
Pour les entreprises qui hésitent à recruter des femmes enceintes ou allaitantes, il reste aussi un travail à faire auprès des femmes. Elles doivent comprendre qu’il est important de réfléchir à ce qu’elles souhaitent laisser derrière elles et de considérer leur carrière comme quelque chose d’essentiel, notamment parce qu’elle contribue à l’équilibre de leur foyer.
Lorsqu’on est une femme, cela peut conduire à devoir travailler dix fois plus qu’un homme.
Parlons maintenant de votre association. Qu’est-ce qui vous a motivée à la créer ?
C’est avant tout une histoire d’amour pour les enfants. J’ai un très grand amour pour eux.
L’association est basée à Bobo-Dioulasso. Les enfants dont je m’occupe sont scolarisés à l’école Accart-Ville Ouest. Ils sont plus d’une soixantaine.
Tout est parti de mon envie de transmettre mes connaissances. Mais je ne pouvais pas simplement arriver auprès des enfants et commencer à leur transmettre ce que je savais. J’ai donc décidé de m’intéresser à leur situation, de leur poser des questions et de demander un recensement du nombre d’orphelins dans chaque classe. J’ai commencé par la classe de CM2, où il y avait 28 orphelins. J’ai alors décidé de les prendre sous mon aile.
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