Ouagadougou : Pour financer les soins de son épouse, il multiplie les vols et risque 11 ans de prison ferme

Reconnaissant les faits qui lui sont reprochés, Akim (nom d’emprunt) a comparu le lundi 19 octobre 2026 devant la chambre criminelle du Tribunal de grande instance Ouaga I. Accusé de plusieurs vols par effraction, du vol d’une arme à feu et d’une agression sous la menace d’un pistolet, il affirme avoir notamment agi pour financer les soins de son épouse, aujourd’hui décédée.
Maçon de profession, Akim, célibataire sans enfant, est poursuivi pour des faits de vol aggravé et d’actes de grand banditisme commis en 2025. À la barre, il a reconnu les faits, tout en apportant des précisions sur les circonstances de ses actes et l’utilisation des sommes dérobées.
Des vols par effraction et une arme à feu dérobée
Selon les faits exposés à l’audience, l’accusé aurait commis plusieurs vols dans des habitations. Les sommes dérobées comprennent notamment 1,1 million de FCFA et 1,3 million de FCFA, auxquels s’ajoutent des téléphones portables et des batteries externes (power banks).L’un des faits les plus préoccupants concerne le vol d’un pistolet automatique dans une habitation, en août 2025.
L’arme aurait ensuite été utilisée pour intimider une femme et lui soustraire son sac, dans lequel se trouvait une somme de 24 000 FCFA. Interrogé par le tribunal sur les différents vols, Akim reconnaît les faits, mais apporte des précisions sur les montants et les circonstances.« La première fois, c’était dans une cour située dans un quartier non loti. J’ai soustrait la somme de 1 million 100 000 FCFA. La deuxième fois, j’ai cassé la porte de la maison et j’ai pris 1 million 300 000 FCFA. La troisième fois, c’étaient deux power banks et deux téléphones portables », explique-t-il.
« Je l’ai prise, mais j’avais peur de l’utiliser »
Revenant sur le vol de l’arme à feu, l’accusé raconte être entré dans une cour en perforant une partie du mur, avant de forcer la porte de la maison.« Quand je suis rentré dans la maison, c’est l’argent que je cherchais. J’ai vu une mallette que j’ai ouverte et j’y ai découvert l’arme. Je l’ai prise, mais j’avais peur de l’utiliser. Je l’ai alors cachée dans du sable », relate-t-il.Il explique ensuite avoir récupéré l’arme après avoir constaté que du sable était en train d’être ramassé.
C’est avec ce même pistolet qu’il aurait intimidé une femme pour lui prendre son sac. « Je lui ai fait peur avec l’arme. Elle a eu peur et je lui ai dit que je n’étais pas venu lui faire du mal, mais que je voulais de l’argent. Elle m’a répondu qu’elle n’en avait pas et m’a remis son sac », poursuit-il.
Selon ses déclarations, il aurait pris le sac sans en vérifier le contenu. C’est au commissariat qu’il aurait appris que celui-ci contenait 24 000 FCFA. La maladie de son épouse, une justification Avancée. Au cours des débats, le tribunal cherche à comprendre ce que l’accusé a fait de l’argent dérobé. Akim affirme qu’une partie des sommes lui a servi à financer les soins de son épouse, qui a finalement succombé à sa maladie.« Les premiers 1,3 million, je les ai utilisés pour soigner ma femme qui était malade, mais cela n’a pas marché et elle est décédée. Pour le second montant, je l’ai utilisé pour me soigner, car j’étais moi-même malade entre-temps », déclare-t-il.
Questionné sur l’origine de l’argent ayant servi à acquérir une parcelle dans un quartier non loti, il nie avoir utilisé le produit de ses vols. Il affirme avoir vendu un terrain d’un hectare et demi situé dans son village pour financer cet achat. Face à la répétition des faits, le tribunal lui fait observer que le vol semble être devenu son activité habituelle. « Non, je n’ai pas fait de cela mon activité. C’est la maladie de ma femme qui m’a mis dans cette affaire », répond-il. Le tribunal lui demande alors si la maladie de son épouse constitue, à ses yeux, une raison valable pour se livrer au vol.« Pas du tout ! », reconnaît l’accusé.
Les victimes réclament le remboursement des sommes dérobées
À la barre, les victimes ont également livré leurs témoignages sur les circonstances des vols. La victime dont l’arme avait été dérobée confirme que l’accusé avait perforé le mur de son domicile. Elle indique avoir récupéré son arme et précise ne rien réclamer d’autre.
Une autre victime, qui déclare avoir perdu 1,1 million de FCFA, explique que les faits se sont déroulés en pleine journée, aux environs de 14 heures. Selon son témoignage, l’accusé aurait escaladé le mur avant de forcer la porte de la maison pour emporter l’argent.
La troisième victime affirme avoir perdu 1,3 million de FCFA. Elle explique qu’un de ses employés venait d’apprendre le décès de son père. Après avoir fermé la boutique, celui-ci aurait déposé l’argent au domicile de son employeur et transmis la clé de la maison. L’accusé aurait alors profité de la situation pour forcer la porte et emporter la somme.
Les victimes ont formulé leurs demandes de réparation. Celle qui déclare avoir perdu 1,3 million de FCFA réclame le remboursement intégral de cette somme. La victime ayant perdu 1,1 million de FCFA formule la même demande.
Quant à celle qui affirme avoir perdu son téléphone portable, elle réclame la restitution de son appareil de marque Redmi 15 ainsi que le remboursement de 150 000 FCFA.
Des fétiches retrouvés chez l’accusé
Dans la suite des débats, le ministère public interroge Akim sur sa méthode de repérage des domiciles susceptibles de contenir de l’argent.
« Comment faites-vous pour savoir qu’il y a de l’argent dans les maisons ? », demande le procureur.
« En tout cas, c’est au hasard », répond l’accusé.
Le parquet revient ensuite sur des fétiches qui auraient été retrouvés à son domicile au moment de son arrestation. Akim rejette tout lien entre ces objets et les vols, affirmant qu’ils étaient destinés à ses soins.
Concernant les 17 150 FCFA retrouvés sur lui lors de son arrestation, il soutient qu’il s’agit de l’argent pris à la femme sous la menace du pistolet.
Le procureur l’interroge également sur l’utilisation de l’arme et sur les munitions. Selon les éléments évoqués à l’audience, le pistolet aurait été dérobé avec dix munitions, alors que neuf seulement auraient été retrouvées lors de l’arrestation.
L’accusé affirme qu’une munition est tombée au cours de son interpellation. Il soutient par ailleurs n’avoir jamais manié une arme auparavant et ne l’avoir utilisée que pour effrayer la victime.
Le parquet requiert 15 ans de prison, dont 11 ans ferme
Au terme des débats, le ministère public estime que les faits reprochés à Akim sont particulièrement graves. Il demande au tribunal de le maintenir dans les liens de la prévention et de le déclarer coupable de vol aggravé et d’actes de grand banditisme.
« Les faits, pour nous, sont assez graves, car s’il n’avait pas été arrêté, il serait toujours en train de commettre des crimes », déclare le procureur.
En conséquence, le parquet requiert une peine de 15 ans d’emprisonnement, dont 11 ans ferme, ainsi qu’une amende ferme de 5 millions de FCFA. Il sollicite également que la contrainte judiciaire soit fixée au maximum et que l’accusé soit condamné à rembourser les sommes et les biens dérobés.
« Aujourd’hui, j’ai compris que la liberté est un privilège »
Invité à présenter ses derniers mots de défense, Akim sollicite la clémence du tribunal. Il affirme avoir pris conscience de la valeur de la liberté et demande une seconde chance pour pouvoir travailler et indemniser les victimes.
« Je demande la clémence du tribunal, car c’est aujourd’hui que j’ai su que la liberté est un privilège. Je vous demande de m’aider à trouver du travail afin de rembourser les victimes et de m’aider à vendre ma cour pour payer l’amende », plaide-t-il.
À l’issue de l’audience, la chambre criminelle a mis l’affaire en délibéré. La décision est attendue le 29 octobre 2026.
L’Œil du Palais pour Justice Infos Burkina
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