Alima Taonsa: Entrepreneure, elle livre ses produits à vélo

À Tanghin, quartier populaire de Ouagadougou, une jeune fille pédale chaque jour contre la fatigue, les regards, le vent et la précarité. Elle s’appelle Alima Taonsa. Étudiante en licence en géographie, entrepreneure, productrice de petit mil et livreuse à vélo, elle n’a ni moto ni réseau puissant. Elle a mieux que cela : la conviction que seul le travail acharné est la solution de son autonomisation.
Alima Taonsa est une jeune étudiante en licence à l’Université Joseph Ki Zerbo de Ouagadougou. Issue d’une famille modeste, elle a décidé de tracer elle-même la voie de son autonomisation, sans compter sur autrui et également être un grand soutien pour ses géniteurs. Sa philosophie : « Vouloir, c’est pouvoir ». De cette conviction, elle a décidé très tôt d’entreprendre, chercher une stabilisation financière et pourvoir continuer ses études.

Dans sa cour familiale à Tanghin, tout bouge bien avant le lever du soleil. Il y a la bouillie à préparer, le petit mil à transformer. Malgré un espace réduit, elle fait avec ce qu’elle a. Le séchage du mil reste un défi permanent. « Il n’y a pas assez d’espace », explique-t-elle. La poussière, le vent, le manque de place compliquent tout. Mais elle s’adapte toujours. Puis vient l’heure de la route.
Janvier, le mois du choix
Pendant longtemps, Alima produisait et vendait. Grâce à ses vidéos sur TikTok, elle commence à se faire une importante clientèle. « Il y avait beaucoup de gens qui me commandaient, mais je n’arrivais pas à livrer parce que je n’avais pas de livreur », déplore-t-elle.
Alors, en janvier 2026, elle tranche. Une décision simple, malgré les défis. « J’ai pris ma décision unique. J’ai dit que j’allais essayer la livraison moi-même », dit-elle. Ce jour-là, elle ne devient pas seulement livreuse. Elle devient responsable de toute la chaîne. Du produit jusqu’à la porte du client.
Un vélo comme unique moteur
Alima n’a pas de moto. Pas de voiture non plus. Elle a un vélo. « Chacun n’a qu’à commencer là où il peut », dit-elle, sans se plaindre. Avec ce vélo, elle traverse Tanghin, Tampouy, Paspanga, Dapoya, Tampouy Paul 6, et Tampouy Toécé Yaar. Elle va là où on l’appelle. Parfois même très loin. « Une fois, j’ai pédalé jusqu’à Rayongo, et aussi vers le TGI Ouaga 2 (environ 15 km). La personne ne connaissait pas Ouaga, donc j’ai décidé d’y aller », raconte-t-elle. « La livraison à vélo, c’est très pénible, avec le temps actuel où y’a le vent, la poussière et pédaler plusieurs kilomètres, ça fatigue le corps », confie-t-elle. Mais rien ne l‘arrête.

Pour se faire connaître et mieux vendre, Alima choisit TikTok. « Mes parents ne voulaient pas que je commence à faire des vidéos sur TikTok. Parce qu’il y a trop d’insultes. Même tes parents peuvent être insultés. Mais je me suis quand même lancée et la majorité de mes commandes », raconte-t-elle.
En fonction de la distance, Alima facture à partir de 500 FCFA comme frais de livraison. Mais il s’agit de réclamer son dû, une autre réalité se présente. « Il trouve que ce n’est pas normal que je demande des frais de livraison vu que je ne mets pas de carburant », s’indigne-t-elle. D’une part, elle trouve une logique. « Ils ont raison. Je ne mets pas de l’essence, mais avec ces kilomètres que je parcours avec mon vélo, ces frais sont une compensation des efforts fournis », souligne-t-elle.
Elle se souvient encore d’une amère aventure avec l’une de ses clientes qui a catégoriquement refusé de payer les frais de livraison après commande. « Une commerçante de Rood- Wooko, elle a commandé pour 15 000 francs. Arrivée là-bas, elle refuse de payer la livraison. Elle m’a fait comprendre que le prix de la marchandise qui est au cout de 15000 inclut les frais de livraison. Sans un mot je suis partie », raconte-t-elle.
L’école oui, mais avoir aussi une petite source de revenus
Alima est en 2e année de géographie. Elle étudie et entreprend. Pour elle, l’école n’est pas la seule voix de réussite. « L’école est bien, mais il faut entreprendre avec les études », s’adresse-t-elle aux autres jeunes filles. Son message est de ne pas attendre que tout arrive après le diplôme.
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Avoir une moto comme moyen de déplacement, le plus grand rêve de Alima
Alima ne demande pas grand-chose. « C’est la moto qui me manque », lance-t-elle. Une moto pour livrer sans s’épuiser. Une moto pour toucher plus de zone et agrandir son business. Elle est convaincue de réussir avec abnégation, determination et courage.

Alima Taonsa ne fait pas que livrer des commandes, elle incarne l’image d’une jeune femme qui refuse d’attendre qu’on lui tende la main, qui avance avec ce qu’elle a. À coups de pédale, elle trace les sillons d’un leadership qui s’affirme.
Diane SAWADOGO/ MoussoNews



