Burkina Faso : 29 % des femmes de 15-49 ans victimes de violences conjugales

Au Burkina Faso, les violences faites aux femmes persistent malgré les mesures mises en place pour lutter contre ce fléau. Les violences physiques, verbales, psychologiques, sexuelles ou conjugales restent répandues. En milieu rural notamment, le manque de sensibilisation, les conditions de vie précaires et le contexte sécuritaire rendent la lutte plus difficile.
Parmi ces formes, les violences conjugales sont les plus répandues dans toutes les régions du Burkina Faso.
Selon un rapport d’analyse approfondie de l’Enquête Démographique et de Santé (EDS) de l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INSD), menée en 2021 et publiée en janvier 2025, la violence conjugale touche au moins29 % des femmes de 15-49 ans.
Cela signifie que sur 10 femmes, 3 sont victimes. Parmi elles, environ 20 % ont subi des actes de violence physique depuis l’âge de 15 ans. En effet, plusieurs facteurs expliquent la persistance de ce fléau, entre autres la précarité, le silence des victimes et la méconnaissance du phénomène par certaines populations, notamment les hommes.
Ces violences engendrent inéluctablement des conséquences néfastes sur la santé mentale et physique des victimes. Dans certains cas, les victimes tombent dans l’isolement, la dépression et le stress.

Graphique 1 : Proportion des femmes victimes de Violences conjugales au Burkina (15-49 ans)
Source : INSD, EDS 2021 (2025)
Le cyberharcèlement, une autre forme de violence de plus en plus répandue
Au-delà des autres formes de violences dont sont victimes les femmes et jeunes filles au Burkina Faso, une autre prend de plus en plus d’ampleur : le cyberharcèlement. Selon la Brigade de Lutte Contre la Cybercriminalité (BLCC), à travers son responsable de la collaboration policière, le Lieutenant de Police Julien Legma, en 2024, 51 cas d’harcèlement ont été signalés, dont 28 hommes et 23 femmes. Ces chiffres montrent que le cyberharcèlement prend de l’ampleur, notamment avec le développement des réseaux sociaux.
En effet, en cette même année, Fabiola Nacoulma, une jeune créatrice de contenu et étudiante en fin de Licence, a vécu l’année la plus difficile de sa vie. En partance pour un entretien de stage, elle a été filmée sur sa moto de marque « scooter » par des inconnus.
La vidéo avait été postée sur TikTok accompagnée d’une musique dévalorisante en langue mooré. Des démarches ont été entreprises auprès des deux auteurs afin de demander le retrait de la vidéo. D’une durée de 30 secondes, elle était devenue virale et la plus vue et likée de tous les contenus de cet auteur. Au regard de l’empleur de la situation, des proches de la jeune femme ont tenté de la soutenir à leur tour. Ils ont ordonné aux auteurs de supprimer la vidéo au risque d’une poursuite judiciaire. Malheureusement, c’était peine perdue.
Les auteurs ont refusé la suppression de la vidéo. À la place, ils ont de nouveau publié deux autres vidéos sur la jeune fille où ils font des critiques et commentaires dévalorisants. Leur premier refus a conduit Fabiola dans la dépression. Ce n’est que plus tard que toutes les vidéos ont été supprimées. Hélas, Fabiola n’est pas un cas isolé. De nombreuses femmes et jeunes filles souffrent de cyberharcèlement.

Graphique 2 : Répartition des cas de cyber harcèlement selon le sexe en 2024
Source : BLCC, 2024
En effet, ces données montrent que le cyber harcèlement ne touche pas uniquement les femmes. Les hommes aussi sont concernés. Et cela pourrait s’expliquer par l’utilisateur croissant des réseaux sociaux.
Des efforts sont toujours en cours pour lutter contre les violences faites aux femmes. Plus ces violences persistent, plus de nouvelles initiatives de lutte voient le jour.
Entre numéros verts pour dénonciation et sensibilisation, une nouvelle plateforme a récemment vu le jour : une plateforme et application dénommée « ElsaVBG.org ». Porté par Bakieka Elisabeth, étudiante en fin de cycle de Licence en Coordination et Management de l’Action Humanitaire et Bayala Jean Bertrand, professeur d’informatique récemment diplômé en Gestion des conflits et construction de la paix, cette plateforme entend intégrer un volet éducatif.
Les fondateurs ambitionnent d’organiser des séances de sensibilisation dans les écoles, universités et services publics ; des formations gratuites ; des campagnes sur les réseaux sociaux (Facebook, TikTok) ; ainsi que des webinaires et podcasts avec des experts.
Malgré les efforts engagés, les violences faites aux femmes demeurent une réalité préoccupante au Burkina Faso. Le renforcement des actions de sensibilisation, de prévention et de prise en charge des victimes reste essentiel pour freiner ce phénomène.
Annick HIEN/MoussoNews
Cette publication WanaData a été soutenue parCode for Africaet laDigital Democracy Initiativedans le cadre du projet Digitalise Youth, financé par lePartenariat Européen pour la Démocratie (EPD).



