Burkina : Ils lancent leur application pour lutter contre les violences basées sur le genre

À peine diplômés, déjà engagés. Bakieka Elisabeth, étudiante en fin de cycle de Licence en Coordination et Management de l’Action Humanitaire et Bayala Jean Bertrand, professeur d’informatique récemment diplômé en Gestion des conflits et construction de la paix, viennent de lancer ‘’ElsaVBG.org‘’, une plateforme numérique dédiée au signalement et à la prévention des violences basées sur le genre (VBG).

‘’ElsaVBG.org » est un projet né d’une écoute attentive d’une salle de catéchèse. Au contact d’enfants marqués par des séparations conflictuelles, des recompositions familiales difficiles et des situations de violences, Bakieka Elisabeth et Bayala Jean Bertrand ont pris conscience d’une réalité silencieuse.

« L’atmosphère avait changé. Les enfants étaient tristes. En discutant, nous avons compris que certains vivaient des situations très difficiles à la maison », raconte Elisabeth, affectueusement surnommée Elsa par ses proches dont le prénom est devenu naturellement celui de la plateforme.

Derrière les confidences des enfants ressortaient des foyers brisés, des violences conjugales, des sentiments d’abandon, des humiliations quotidiennes. « Un enfant exposé quotidiennement à la violence peut la normaliser et la reproduire plus tard », analyse Jean Bertrand. Pour les initiateurs, il était nécessaire pour eux de contribuer à la lutte contre les VBG. Ils décident donc de lancer la plateforme ‘’ElsaVBG.org .

Une plateforme numérique au service de la dignité humaine

Mise en ligne en janvier 2026, Elsa VBG est accessible via une application mobile et une interface web. Son objectif vise à faciliter le signalement, informer, sensibiliser et orienter les victimes.

En effet, concrètement, l’utilisateur peut signaler un cas de VBG (pour soi-même, un proche ou un tiers) ; il peut identifier le type de violence : physique, verbale, sexuelle, mutilations génitales féminines, etc. ; il peut décrire les faits (date, heure, circonstances) ; ajouter la localisation et joindre des éléments de preuve.

Un espace administrateur, accessible uniquement à des partenaires habilités, permet d’analyser les signalements et d’orienter les cas urgents vers une prise en charge adaptée. « Un problème connu est à moitié résolu », rappelle Elisabeth. Pour elle, la première étape reste la connaissance des différentes formes de violences, souvent banalisées faute d’information.

Bakieka Elisabeth, étudiante en fin de cycle de Licence en Coordination et Management de l’Action Humanitaire .

Sensibiliser avant de guérir

Au-delà du signalement, la plateforme ElsaVBG.org intègre un important volet éducatif. Les fondateurs ambitionnent d’organiser des séances de sensibilisation dans les écoles, universités et services publics ; des formations gratuites ; des campagnes sur les réseaux sociaux (Facebook, TikTok) ; des webinaires et podcasts avec des experts.

A les entendre, leur vision est de prévenir plutôt que de constater.« Nous ne voulons même pas qu’il y ait des signalements. Nous voulons que les VBG diminuent parce que les gens prennent conscience », affirme Jean Bertrand.

Un outil innovant au Burkina Faso

Selon les initiateurs,‘’ElsaVBG.org’’ serait l’une des premières plateformes numériques de signalement des VBG au Burkina Faso. Déjà, 121 utilisateurs ont consulté la plateforme, selon les données issues de Google Analytics, avec des connexions enregistrées aussi bien au Burkina qu’à l’international.

Outre, autre particularité, les initiateurs soulignent qu’ un bouton intégré permet d’appeler directement les services compétents en cas d’urgence.

De plus, l’équipe travaille également à développer une version fonctionnant hors connexion, afin de toucher les zones rurales où l’accès à Internet reste limité. Une option qui nécessitera cependant un partenariat avec des opérateurs télécoms pour gérer les coûts liés aux signalements par SMS.

La sécurité des données est au cœur des préoccupations des jeunes promoteurs. A les entendre, la plateforme  »ElsaVBG.org » est actuellement hébergée à l’étranger; elle pourrait être rapatriée sur un data center burkinabè dès que les conditions techniques le permettront.

De l’avis des initiateurs, les signalements anonymes sont protégés, assurent les fondateurs. ‘’L’objectif n’est pas de stigmatiser, mais d’accompagner et de restaurer la paix sociale’’, souhaite Bertrand. 

Bayala Jean Bertrand, professeur d’informatique récemment diplômé en Gestion des conflits et construction de la paix.

Des ambitions à long terme

 Elisabeth et Bertrand rêvent grand pour leur application. À court terme, ils recherchent entre autres, de la visibilité, des partenariats.

Aussi, ils prévoient la création d’une association formelle, l’ouverture d’un bureau physique et d’un centre d’accompagnement pour les victimes. « Nous voulons mettre l’être humain au centre. Protéger la dignité, restaurer la paix dans les foyers », résume Elisabeth.

La plateforme a été autofinancé par les promoteurs. leaders lancent donc un appel aux ONG, institutions publiques, structures de défense des droits humains et partenaires techniques. « Accompagnons les initiatives de la jeunesse. Nous sommes prêts à collaborer pour bâtir une société plus humaine », indiquent-ils.

Annick HIEN/MoussoNews

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