Militaires à la retraite: Ils ont troqué leurs armes et tenues contre l’agropastorale

La retraite. Une nouvelle étape de vie pour tout salarié. Il n’est nullement la fin d’une profession. Et des militaires l’ont bien compris. Des casernes aux fermes agricoles, ils ont troqué les armes et tenues militaires avec des dabas, des sécateurs, des capteurs de sols, etc. Ils servent désormais la terre avec la même rigueur et discipline comme sur les champs de bataille.

Ali Sambo ne manie plus les armes mais plutôt la daba. Ses rangers se sont désormais des bottes. A la retraite depuis 2022 après 40 ans de service militaire, il est aujourd’hui un agriculteur. Ce jeudi 27 novembre 2025, c’est un homme grand de taille qui s’active à inspecter son champ comme un bataillon à Boula dans la commune rurale de Komsilga.
« Durant ma carrière, tout s’est bien passé. Je suis heureux d’avoir bien accompli ma mission et d’être à la retraite ; c’est une grâce », dit-il avec reconnaissance.
Ali a toujours pensé à sa vie de retraite lorsqu’il était toujours militaire.
Fils d’agriculteur, il dit a toujours travaillé la terre. Cela a été un grand atout pour lui dans sa reconversion. 20 ans auparavant, il savait déjà qu’il serait dans l’agropastorale après sa carrière de militaire. Quatre ans avant sa retraite, Ali avait lancé son petit projet de poulailler. “Ça vaut une vingtaine d’années que j’ai pensé à ça. J’ai pensé quand même à me trouver une occupation à la retraite. Je voulais être un peu libre dans la nature”, se remémore-t-il.
La rigueur militaire, un atout dans l’entreprenariat agricole
Si certains militaires bénéficient de formation avant leur départ à la retraite, Ali avoue n’avoir pas eu cette chance. Sa passion mais surtout la rigueur militaire ont été un grand avantage pour lui de commencer peu. Il aura donc commencer son entreprenariat sur fonds propre. ‘‘ De plus en plus, il y a des formations qui sont offertes aux militaires avant leur départ. Mais cela dépend du domaines dans lesquelles vous voulez exercer. Malheureusement, je n’en ai pas bénéficié », informe l’ancien militaire devenu agriculteur. Il indique toutefois avoir bénéficier d’un appui qui lui a permis de renforcer ses capacités d’exploitation de la terre. De l’agriculture, il s’intéresse également à l’élevage. A l’entendre, sa reconversion dans l’agro-pastorale est plus qu’un plaisir. ‘’J’aime être en harmonie avec la nature, parce que tout ce que nous avons nous vient de la nature’’, dit-il d’un air comblé.

Ali Sambo
‘’La terre ne ment pas, si vous la travaillez, elle vous rend tous les efforts que vous avez mis en elle.’’
Des bananiers, des citronnelles, des manguiers, des courges, des tangelos, une pépinières d’oignons etc… sont entre autres les cultures qui poussent à la ferme de Ali Sambo. Pour ce qui est de l’élevage, ce sont des bestiaux, de petits ruminants, des volailles locales et du poulet amélioré qu’élèvent le retraité.

Des journées sans répits à la ferme comme au »champ de bataille »
Les journées de Ali en tant que agriculteur ne sont pas loin de celles de quand il était militaire. Des journées tout autant bien structuré comme avec le tour de la ferme, le contrôle des châteaux d’eau, l’arrosage des plantes et le suivi des animaux. » Mon petit déjeuner est le lait que le berger trait. Il est toujours tout frais et bio« , dit-il avec fierté.

Aussi, pour maintenir ses bétails en bonne santé, Ali cultive le ‘’maralfafa’’, une plante fourragère qui les nourrit convenablement. A cela s’ajoute les poils d’angole dont raffolent les animaux. À en entendre le militaire reconverti, les poils d’angole rendent ses soles riches. ‘’Lorsque les feuilles tombent, ça rend le sol riche. Quant aux graines, je les écrase pour nourrir ma volaille’’, explique-t-il. Dans la ferme de Ali, rien ne se jette. En effet, l’eau utilisée pour restaurer et abreuver les canards et oies est après déversée dans les champs pour enrichir les sols.
(…) il faut toutefois avoir des employés qualifiés, honnêtes….
Ali Sambo
L’une des plus grandes difficultés que rencontre Ali Sambo est la gestion des employés. De son avis, avoir un espace où mener son activité ne suffit pas. Il faut aussi avoir des employés qualifiés, honnêtes et qui s’intéressent à l’activité. ‘’Si vous n’avez pas de bons employés, vous n’allez pas réussir. Parce qu’il faut qu’ils veillent au strict respect de l’hygiène et à l’alimentation de la volaille’’, dit-il. Ali Sambo garde un mauvais souvenir de ses employés précédents qui lui causé d’énormes pertes.
Parmi son équipe actuelle, se trouvent des personnes déplacées internes venus de Djibo et de Kaya. Pour l’heure, le militaire reconverti n’a rien à leur reprocher. Les accueillir dans sa ferme est sa part de contribution à leur réinsertion sociale.
Amadou Tamboura est une personne déplacées internes originaire de Djibo. Lui et sa femme ont fuit les attaques terroristes pour trouver refuse dans la ferme d’Ali depuis 3 ans. Auparavant éleveur dans sa zone d’origine, Amadou s’occupe des bestiaux et des petits ruminants du militaire à la retraite tandis que sa femme s’occupe des pépinières. Quant à Maïga, personne déplacée interne venu de Kaya, il s’occupe particulièrement de l’agriculture. Marie Ouédraogo, une veuve et mère de 5 enfants se nourrit également grâce à la ferme d’Ali Sambo.

De plus, Ali travaille également avec un de ses fils, Seckou, depuis 5 ans. Agent vétérinaire, Seckou veille à ce que tout se passe bien dans la ferme. Après son BEPC, le jeune homme a vite demandé à collaborer avec son père. Et depuis lors, il est les yeux et les oreilles de son père dans la ferme qu’il qualifie de grand ‘bosseur’.


Noula Bindi
‘’Je me suis reconverti avant la reconversion »,
Plus loin, à environ 31 km de Ouagadougou, se trouve Noula Bindi, également militaire à la retraite depuis le 1ᵉʳ janvier 2019. Entré en fonction en 1982, il cumule 36 ans de service. Il est aujourd’hui éleveur accompli dont la ferme est située à Komkaba dans la commune de Saaba.

Après ses riches expériences, sa retraite a été subite pour lui. Avoir une cour à Ouagadougou pour mettre en location et vivre de ses loyers : c’était sa seule ambition pour sa vie de retraite.
Très vite, il s’est empressé de le concrétiser. À ses 26 ans de service, il a pu construire ses logements à mettre en location et dispose même de sa propre maison où il vit tranquillement sa retraite.‘ ’Mon objectif pour ma retraite, c’était d’avoir des cours, de construire d’autres cours pour pouvoir survivre avec les locations’’, se rappelle-t-il tout fier.
Chose dite, chose faite. Avant même d’être admis à la retraite, Noula avait déjà de quoi survivre après sa vie de militaire : ses cours mis en location à Bendogo.

Après ce premier projet réussi, il s’est dit qu’il pouvait réaliser encore plus. ‘‘Quand j’ai construit mes cours de location, je me suis dit que je pouvais continuer à réaliser. j’ai donc opte pour l’élevage et l’agriculture », se remémore-t-il avec un léger sourire.
Il s’acquiert un terrain de 3 hectares où il commence l’agriculture en 2017 avec un seul tricycle. À ses débuts, il cultivait le haricot et le maïs. Toujours en quête d’ambition, Noula se lance aussi dans l’élevage. ‘’Voilà que mes ambitions sont parties dans la foulée et la rapidité. C’est à la dernière minute que j’ai décidé de le faire mais je ne le regrette pas aujourd’hui », raconte-t-il avec fierté.

Dans sa ferme, Noula privilégie l’élevage des volailles et des ruminants. À ce jour, il ne fait plus l’agriculture. Pour lui, l’élevage est beaucoup plus rentable. ‘’Un seul ruminant couvre tout ce que je cultive. Donc je mise beaucoup plus sur l’élevage’’, dit-il.
Comme Ali, Noula vit dans sa ferme et dort même au milieu de ses poussins. Dès l’aube, il quitte le nid de ses poussins et fait la ronde de sa ferme.
Dans sa reconversion, Noula rencontre également le même défi : la difficulté de trouver des employés honnêtes et loyaux. A la différence d’Ali, Noula ajoute le manque de forage, de clôture. Il souligne aussi la présence de reptiles qui attaquent souvent les ruminants. ‘’Si j’avais su que tout irait parfaitement bien comme ça, j’aurais quitté mon métier plus tôt, je m’en sors mieux même que quand j’étais en activité. Pourtant quand on me parlait de la retraite à cette époque, je craignais’’, rassure-t-il.

Tout comme Ali, Noula travaille aussi avec son fils, lui aussi agent vétérinaire. Urbain collabore avec son père Bindi depuis près d’un an. Il supervise toutes les activités de la ferme. ‘’ Je veille sur l’alimentation des animaux et des volailles et en cas de maladie, je me charge de les faire soigner’’, affirme t-elle. Mais il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Il prévoit de créer sa pharmacie vétérinaire et la provenderie.
Militaire retraité, entrepreneur accompli, Noula partage ses expériences et incite à l’entrepreneuriat.

Militaire retraité et entrepreneur accompli, Noula partage, grâce au Fonds d’Appui aux Travailleurs Déflatés et Retraités (FONA-DR), souvent ses expériences avec des personnes qui ambitionnent de se lancer dans l’agro-pastorale. ‘’Beaucoup de fermiers sont passés par moi, des retraités, des docteurs, des grands cadres. Je les assiste, les forme et ça marche’’, révèle-t-il en affirmant toutefois que rien n’est parfait.

De ses débuts à aujourd’hui, Noula indique que le FONA-DR a joué un rôle important dans sa reconversion. Parti de ses propres fonds, de ses connaissances et de sa détermination, Noula a à mi-parcours bénéficié d’un fonds du FONA-DR, dont il est profondément reconnaissant. ‘’J’ai bénéficié de 2 crédits avec le FONA-DR. Quand je commençais, je ne les connaissais pas, puis après je les ai connus et ils m’ont aidé lorsque je les ai approchés’’, reconnaît-il. Grâce au FONA-DR, Noula a pu acquérir un forage.
À ses débuts, il parcourait 7 km 3 fois par jour pour se procurer de l’eau à Boudtenga pendant 7 ans. Mais depuis 1 an, ce chapitre sur l’eau est derrière lui.
Au-delà du FONA-DR qui dispose depuis 2018 de fonds pour accompagner la vie après retraite, l’Agence pour la Promotion de l’Entrepreneuriat Communautaire (APEC) s’illustre aussi dans la reconversion professionnelle.
En effet, l’APEC n’attribue pas directement de fonds aux militaires à la retraite, mais elle soutient à travers des initiatives d’épargne, de formation en agro-pastoral. A travers également cette agence, le gouvernement a mis en place le plan d’épargne retraite complémentaire pour les militaires par la Coopérative Militaire et Paramilitaire d’Epargne et de Crédit (COMIPEC).

‘’La retraite se prépare dès la rentrée. Quand on rentre dans une fonction, il faut se mettre en tête que ce n’est pas éternel’’.
Noula Bindi
Aux militaires, il les exhorte à discipliner leur attitude, leur comportement et à commencer à réfléchir à leur retraite. “Aux militaires, je voudrais leur dire que leur fonction n’est pas une cour paternelle. La retraite se prépare’’, a-t-il lancé.
À l’image de Ali Sambo ou de Noula Bindi , la retraite n’est pas la fin d’une profession mais le début d’une autre vie.
Annick HIEN/MoussoNews



