#InstantDiasporaBurkinabè : Isabelle Ki, une voix engagée entre le Burkina et la France

Originaire de Bobo-Dioulasso et installée en France depuis plus de 20, Isabelle KI incarne une diaspora engagée et tournée vers l’action. Gestionnaire conseil, diplômée en Management, leader humanitaire et conseillère municipale à Saint-Martin-La-Pallu, elle a fondé l’association Semer la Joie pour venir en aide aux plus vulnérables au Burkina Faso. De la santé à l’éducation, en passant par la solidarité et le développement durable, son engagement constant fait d’elle une voix forte du leadership féminin et du vivre-ensemble entre la France et son pays d’origine.

Présentez vous à nos lecteurs et lectrices

Je suis Isabelle KI, originaire de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso. Mère de jumeaux de 12 ans, je vis en France depuis 2004. Depuis mon enfance, je me suis toujours engagée pour les autres, que ce soit à travers le scoutisme ou la création, au lycée, d’un groupe appelé « Jeunes filles persévérantes ». Très tôt, j’ai compris que la persévérance serait le fil conducteur de ma vie. Après un baccalauréat scientifique, j’ai choisi une formation en Génie électrique, option Électricité industrielle à l’ISGE, où j’étais la seule fille de ma promotion. Ce choix était un acte de conviction : démontrer qu’une femme peut réussir dans des filières techniques. J’ai ensuite poursuivi mon parcours académique en France, avec un diplôme de Manager opérationnel.

Animée par une profonde sensibilité envers les personnes vulnérables, j’ai fondé en 2009 l’association “Semer la Joie”, qui agit au Burkina Faso dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la solidarité. À travers nos actions, nous soutenons les orphelins, les personnes âgées, les populations précaires et, depuis la crise sécuritaire, les personnes déplacées internes. Entre 2020 et 2023, nos équipes en France et au Burkina ont mobilisé 39 000 euros pour des actions humanitaires d’envergure.

Parallèlement à mon engagement associatif, je suis conseillère municipale à Saint-Martin-La-Pallu depuis 2020. Cet engagement citoyen me permet de porter la voix des sans-voix et de contribuer au développement local et au vivre-ensemble. Je m’investis également dans les actions de jumelage entre la France et le Burkina Faso, notamment à travers la promotion culturelle et l’éducation.
Aujourd’hui, je continue de défendre les valeurs de solidarité, de leadership féminin et de cohésion sociale. Convaincue que la diaspora burkinabè a un rôle essentiel à jouer, je m’engage à renforcer les liens entre la France et le Burkina Faso et à porter la voix des filles et des femmes, que je considère comme l’avenir de nos sociétés.

Vous êtes conférencière, gestionnaire conseil, fondatrice d’association et conseillère municipale, Comment articulez vous ces différentes responsabilités ?

Tout d’abord, je tiens à vous remercier et remercier votre média qui fait un travail formidable de mise en lumière des femmes Burkinabè et du monde entier. Pour répondre à votre question, je dirais que ces responsabilités sont pour moi une vocation : celle de l’engagement, du vivre utile et de l’impact positif dans nos actions. Bien évidemment, articuler et être efficiente partout requiert une grande capacité d’adaptation et un réel sens de l’organisation. Chacun de ces rôles se nourrit des autres. Je souligne que toutes ces responsabilités que vous avez énumérées viennent après la plus importante qui est que je suis une mère de famille, heureusement entourée de personnes aimantes et dévouées.

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Isabelle Ki est une burkinabè vivant en France depuis plus de 20 ans.

Comment est née l’association Semer la joie et quelle est sa mission principale ?

Depuis ma tendre enfance à Bobo-Dioulasso, j’ai été touchée par les conditions de vie précaires de certains voisins dans mon quartier. Étant « privilégiée » car enfant de fonctionnaire, j’ai très vite été saisie par l’envie de réduire les inégalités. En 2009, j’ai voulu aller au-delà des aides ponctuelles en matérialisant mon engagement par la création d’une association baptisée « SEMER LA JOIE » dont le siège social est à Saint Martin la Pallu en France. Le but de « Semer la joie » est simple : venir en aide aux personnes vivant en situation de précarité au Burkina Faso et en France, avec une particularité pour les orphelins et les personnes du 3e âge. Afin de mieux coordonner nos activités sur le territoire Burkinabè, nous avons opté pour la création de Semer la joie section Burkina.

Quelles sont les actions concrètes que mène aujourd’hui l’association, notamment en faveur des populations vulnérables ?

Semer la joie agit dans 3 domaines de prédilection que sont : la santé, l’éducation et l’humanitaire et le développement durable. En terme de réalisations concrètes, entre 2010 et 2020, nous avons régulièrement acheminé des dispositifs médicaux de la France vers le Burkina afin de soulager le coût des verres correcteurs pour les personnes du 3e âge. A cela, nous joignons systématiquement des journées de dépistage de l’hypertension et du diabète, la prévention du paludisme et de la tuberculose. Les ordonnances des cas les plus graves sont également pris en charge par l’association.

En ce qui concerne l’éducation les enfants issus de familles vulnérables sont nos cibles principales. Nous octroyons des bourse d’études et nous sensibilisons les jeunes sur des thèmes porteurs afin de faciliter leur insertion socio-professionnelle. Le 3e domaine dans lequel agit Semer la Joie, se matérialise par le soutien matériel d’orphelinats (avec des vêtements et des jeux éducatifs), de centres pour jeunes filles mères etc.
Depuis 2020, face à la double crise, humanitaire et sécuritaire qui a frappé durement notre bien aimé Burkina Faso, les équipes de Semer la joie France et Burkina se sont mobilisés pour apporter soutien et réconfort envers les Personnes Déplacées Internes (PDI). Entre 2020 et 2023, nous avons injecté avec le soutien de nos partenaire, environ 39 000 euros , plus de 25 millions de francs CFA, dans des actions d’envergure qui ont redonné espoir à ceux qui en avaient besoin, dans les villes de Yako, Kaya, Bobo-Dioulasso, etc.

Qu’est ce qui a nourri votre engagement humanitaire et votre volonté d’agir pour les autres ?

Comme je l’ai dit plus haut, mon engagement dans l’humanitaire est né d’un mélange de ma personnalité (ma grande sensibilité, mon empathie naturelle), du constat des inégalités de notre monde contemporain et de la somme de mes expériences professionnelles et sociales. J’avais pour habitude, lorsque je rentrais au Burkina, de prendre en charge les frais d’ordonnance de quelques malades en pédiatrie. Je cois que l’élément déclencheur a été la rencontre d’une jeune mère seule dont le bébé était hospitalisé et perfusé depuis des jours car la maman ne produisait pas assez de lait et ne disposait d’aucun moyen financier pour se procurer du lait infantile. L’image de cette femme se jetant à mes pieds pour me remercier de lui avoir offert quelques boites de lait, ne m’a plus jamais quitté l’esprit. Je suis persuadée que chaque personne a une mission sur cette terre. La mienne est de « tendre la main et soulager » quand je peux.

En tant que femme de la Diaspora, quels défis avez vous rencontrés dans votre parcours d’engagement et de leadership ?

Comme beaucoup de femmes issues de la Diaspora, les défis sont énormes et diffèrent d’une personne à l’autre. J’ai dû faire face à une forme de doute quant à ma légitimité, notamment dans des espaces où la diversité reste encore insuffisamment représentée. J’ai rencontré des obstacles liés à la reconnaissance de mes compétences. Faire face à des portes fermées à cause d’une discrimination à peine voilée, se relever tout de même et repousser avec force ces portes voire d’autres moins encore accessibles, n’est pas une chose aisée. Cependant, ces défis ont aussi été mes moteurs. Ils m’ont permis de développer une forte résilience, une confiance progressive en mes capacités et un leadership fondé sur l’authenticité, l’écoute et le travail.
Aujourd’hui, je peux dire à mes sœurs, OSEZ. Je considère que mon parcours peut être un message d’encouragement : il est possible de s’engager, de réussir et de prendre des responsabilités, quelles que soient ses origines, à condition de croire en soi, en sa valeur et de persévérer. Toutes les portes ne resteront pas fermées, et pour ma part, j’ai eu cette chance de rencontrer des belles personnes sans lesquelles je ne serais pas où je suis.

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Isabelle Ki est la présidente de l’association Semer La Joie.

Votre engagement vous a aussi conduite à la politique locale en France. Pourquoi avoir choisi de vous investir comme conseillère municipale à Saint Martin la pallu ?

En effet, depuis 2020, je suis conseillère municipale dans ma commune, Saint-Martin-La-Pallu, une nouvelle commune née de la fusion entre cinq communes du département de la Vienne.
Mon engagement associatif m’a permis pendant longtemps, d’agir au plus près de certaines personnalités publiques et leur porter des projets concrets. Lorsque cela m’a été proposé, je n ‘ai pas longtemps hésité car faire partie de cette équipe d’élus locaux est pour moi une occasion d’apprendre, de prolonger mon engagement associatif en saisissant cet espace où l’on peut transformer des constats de terrain en décisions publiques. Ainsi j’ai pu proposer et porter des projets dans les domaines de l’École et de la Jeunesse.

Je suis fière d’être une élue sans étiquette (ni de gauche, ni de droite, ni de centre, d’aucun bord politique) et comme j’aime à le dire, je ne suis pas une politicienne. Je fais de la « politique du cœur, basée sur l’Humain».

Selon vous, quel rôle peuvent jouer les élus issus de la diversité et de la diaspora dans les collectivités locales ?

Je dirai que nous jouons d’abord un rôle de représentation. Nous incarnons la réalité plurielle et diversifiée de nos territoires.
Nous nous devons d’être des passerelles en facilitant le dialogue et la participation citoyenne. Nos parcours et expériences et parfois notre double culture, apportent un regard complémentaire sur les politiques locales notamment sur les questions de cohésion sociale, de vivre-ensemble, d’égalité des chances, de lutte contre toutes forme de discriminations. Mais je rappelle que nous ne devons pas être cantonnés à ces seuls sujets et pouvoir travailler sur tout l’ensemble : voirie, urbanisme, affaires scolaires et périscolaires, jeunesse, culture, sécurité, finances…
Pour moi, aujourd’hui, la diversité me paraît comme un levier d’amélioration de la qualité de la décision publique et peut permettre de la rendre plus efficace pour tous.

Comment votre expérience en gestion et en conseil renforce t elle votre action humanitaire et politique ?

Dans le cadre de mon activité de gestionnaire-conseil, je suis au quotidien face à des réalités sociales, des parcours de vie et des difficultés auxquelles sont confrontées de nombreuses familles. Je réponds aux besoins des personnes dans des situations parfois complexes : précarité financière, séparation, perte d’emploi, violence conjugales, difficultés d’accès aux droits. Cela m’a permis de développer une écoute active, d’analyser rapidement une situation et de payer le juste droit.
Cette expertise de terrain renforce directement mon engagement humanitaire. Et en politique locale, je peux porter des propositions fondées sur des besoins réels et contribuer à améliorer les dispositifs existants.

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Isabelle Ki est conférencière, gestionnaire conseil, fondatrice d’association et conseillère municipale.

Gardez vous un lien fort le Burkina Faso ? Comment votre association ou vos initiatives s’inscrivent elles dans cette relation avec le pays d’origine ?

Je suis binationale et fière de mes origines. Oublier d’où l’on vient, pour moi c’est se perdre. J’ai beau vivre à des milliers de kilomètres de mon pays d’origine, je ne peux pas rester insensible et indifférente à ce qui s’y passe. Je garde un lien fort, à la fois affectif, culturel et humain. Il se traduit par exemple par des actions concrètes qui visent à soutenir des projets de développement, d’éducation et de solidarité.
J’ai fondé l’association Semer la joie en 2009 et nos populations cibles se trouvent majoritairement au Burkina Faso. Avec nos partenaires (Comités de jumelages, Conseil Départemental, Mairie), nous y avons effectué de nombreuses actions de solidarité notamment ces dernières années à Kaya, Yako, Pazani, Bobo-Dioulasso, Pala et Toma.

Depuis novembre 2025, j’ai été élue en tant que Représentante Adjointe des Femmes au Conseil de Base auprès du Consulat Général du Burkina Faso à Paris. Cette élection représente pour moi, un pas décisif vers une plus grande unité et solidarité en faveur des filles et des femmes auprès du Consulat. Je compte porter leurs voix aux différentes instances. Et mener à bien tous les travaux, projets qui valorisent la place de la Femme dans notre société, dans la continuité du trophée « Femme d’exception » que j’ai eu l’honneur de recevoir en 2023.

Quel impact souhaitez vous créer à travers vos conférences et vos actions de terrain ?

Lorsque je suis invitée à participer à des instances de partage d’expériences, c’est avec honneur et loyauté que je m’y rends.
Je veux que mon parcours serve d’exemple car il y a plein d’enseignements. Je souhaite avant tout transmettre un message de capacité d’agir. Je veux contribuer à renforcer la confiance en soi, en particulier chez les jeunes et les femmes, en leur montrant que leurs parcours, leurs origines ou leurs difficultés ne doivent pas être des freins mais plutôt des forces. Il faut OSER prendre sa place, ne pas se laisser définir par les autres, ni rester spectateur de son propre destin.
Mon objectif est aussi d’encourager l’engagement citoyen, le sens des responsabilités et surtout de la solidarité. Enfin, par mes actions, je souhaite contribuer à faire évoluer les mentalités, à lutter contre les préjugés et à promouvoir des valeurs humanistes pour une société sans clivage, plus solidaire, plus fraternelle.

Avez vous un moment marquant ou une action qui vous a particulièrement touchée dans votre engagement humanitaire ?

Toutes les actions menées en faveur des plus vulnérables me touchent profondément. Mais oui, un moment particulièrement marquant pour moi a été d’avoir réussi à fédérer, autour d’une même action de solidarité en faveur des personnes déplacées internes, des acteurs très différents : des partenaires associatifs, des acteurs de la coopération internationale, mes deux équipes, ainsi que les collectivités locales en France et au Burkina.
Ce qui m’a touché, en amont, c’est de voir des financeurs évoluer vers une posture de véritables partenaires et après toute la joie que nous avons semée.
Le leadership, ce n’est pas agir seul, mais savoir rassembler, mobiliser et donner envie d’agir ensemble au service d’une cause commune.

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Isabelle Ki a plusieurs casquette; elle est aussi Gestionnaire conseil, diplômée en Management et leader humanitaire.

Quels conseils donneriez vous aux femmes et aux jeunes de la diaspora qui souhaitent s’engager dans l’humanitaire, la vie associative ou la politique ?

Dans un premier temps, je leur dirai qu’il est important de se connaître, de se respecter et de croire en leur légitimité. Il n’y a pas d’âge pour s’engager, il ne faut pas attendre d’être prêt ou le moment parfait pour s’engager. On apprend et se construit dans l’action. Ensuite, je leur dirai de s’impliquer, de commencer là où ils sont avec ce qu’ils savent faire. Il y a plusieurs formes d’engagement : bénévolat, mécénat, membre d’une association, implication dans un collectif…

Il est très important de se former, de s’informer et de comprendre le fonctionnement des institutions et des dispositifs car la compétence renforce la confiance. Je leur conseillerais également de s’entourer de bonnes personnes qui les tirent vers le haut, de chercher des mentors, des réseaux bienveillants. S’engager c’est avoir de l’audace, accepter de sortir de sa zone de confort. Je leur dirai de ne pas craindre de se tromper, on apprend de ses erreurs.

Quels sont vos projets et ambitions pour les prochaines années, en France comme au Burkina Faso ?

Mes projets s’inscrivent dans une logique de continuité et de consolidation de ce que j’ai déjà engagé en France et au Burkina Faso.
Mon ambition est de continuer à créer des ponts entre les territoires, les cultures, les hommes et contribuer autant que faire se peut, à bâtir une société plus juste, plus solidaire. J’aimerais un partenariat transparent entre les acteurs burkinabè et français, dans une logique de coopération équilibrée et de co-construction dans le respect mutuel.

Il est difficile dans notre domaine de se projeter dans les années à venir, mais je dirais que je me vois vivre dans un monde plus juste. Cependant, il ne faut pas se voiler la face, la géopolitique actuelle n’est pas des plus reluisante et de ce fait, je me donne le défi d’être définie comme une citoyenne de ce monde, une fervente partisane de la Paix. Peu importe où je serai ; je continuerai à prôner et à incarner les valeurs de bienveillance, d’unité, de solidarité, de fraternité et de respect de l’humanité.

Un dernier message pour encourager à l’action, à la solidarité et à l’engagement citoyen ?

Notre monde a besoin de femmes et d’hommes qui osent, qui croient en l’humain et qui choisissent la fraternité plutôt que le repli. S’engager c’est décider de ne pas rester indifférent. Chacun d’entre nous a un pouvoir : celui d’agir. Ainsi, je nous invite collectivement à bâtir une société plus juste, plus solidaire et plus humaine à travers des actions concrètes. Vivons utilement, impactons positivement dans tout ce que nous faisons !

Interview réalisée en ligne par Annick HIEN/MoussoNews

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