#InstantDiasporaBurkinabè : Theodore Joseph Sanwidi bâtit des ponts entre la France et le Burkina

Analyste en gestion d’actifs à Paris et co-fondateur de Sanbbiz, plateforme de billetterie digitale au Burkina Faso, Théodore Joseph Sanwidi est en France depuis 10 ans. Entre rigueur de la finance de marché et volonté de structurer l’écosystème événementiel burkinabè, il construit des ponts durables entre la France et son pays d’origine.
Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous retracer brièvement votre parcours du Burkina Faso jusqu’à la France ?
Je m’appelle Théodore Joseph Sanwidi. Je suis analyste & professionnel de la gestion d’actifs à Paris, et co-fondateur de Sanbbiz, l’application numéro 1 de billetterie digitale au Burkina Faso, dédiée à la découverte d’événements et d’activités culturelles.
Je suis originaire du Burkina Faso, où j’ai effectué une partie de mon parcours académique. Après l’obtention de mon baccalauréat scientifique au collège Saint-Jean-Baptiste de La Salle, j’ai poursuivi mes études en France, où j’ai obtenu un MBA Trading – Finance de marché à ESLSCA Business School Paris.

Depuis combien de temps êtes-vous en France ?
Je suis en France depuis maintenant 10 ans, où j’évolue aujourd’hui tant sur le plan professionnel qu’entrepreneurial.
Vous évoluez dans la finance de marché en France. En quoi consiste votre métier au quotidien ?
Aujourd’hui, je suis en poste dans une grande banque d’investissement de la place. De façon simplifiée, mon rôle consiste à réaliser des placements financiers pour mes clients. Concrètement, nous analysons des titres d’entreprises (actions, obligations, titres non cotés, etc.) et choisissons les meilleurs placements, afin de maximiser le rendement pour nos clients.
Comment est née l’idée de Sanbbiz et quel besoin cherchiez-vous à résoudre à travers cette start-up ?
D’un naturel curieux et aventurier, en rentrant avec mon ami et co-fondateur William Palé pour un séjour au Burkina Faso, nous avons eu envie de faire des activités et de découvrir les potentialités culturelles du pays. Mais très rapidement, nous nous sommes confrontés à des difficultés pour trouver des activités à faire.
C’est ainsi que nous nous sommes dit que si nous avions ce problème, beaucoup d’autres devaient l’avoir également. C’est ainsi que l’idée de Sanbbiz est née : il existe beaucoup d’activités et d’événements, mais l’accès à l’information reste souvent dispersé (différents canaux, informations incomplètes) et la billetterie n’est pas toujours fluide.
L’idée a donc été de construire une plateforme qui centralise la découverte, facilite la réservation et l’achat de tickets, et aide les organisateurs à mieux structurer la gestion et la promotion de leurs événements, avec une expérience moderne et accessible.
En tant que co-fondateur, quel est votre rôle au sein de Sanbbiz ?
En tant que co-fondateur, je suis très impliqué dans la vision et la stratégie : structuration du modèle économique, pilotage des priorités, développement de partenariats et suivi des indicateurs clés. J’interviens aussi sur la partie positionnement et communication, afin que l’application reste claire, utile et adaptée au terrain.
Sanbbiz organise des activités et crée des espaces de rencontres. Quelle est la vision que vous portez à travers cette initiative ?
La vision, c’est de contribuer à une génération qui vit la culture et les sorties de manière plus simple, plus connectée et plus organisée. Sanbbiz veut être un outil qui rapproche les jeunes, les lieux, les communautés, les organisateurs et les artistes, en mettant en avant les opportunités de sorties et en facilitant l’accès à l’expérience.
Comment conciliez-vous votre carrière dans la finance de marché avec l’entrepreneuriat ?

Je concilie les deux grâce à une organisation très structurée : priorités, planification et répartition des responsabilités. La finance m’a appris la rigueur, l’exécution et la gestion du risque. L’entrepreneuriat, lui, demande de l’agilité et une capacité à décider vite. Les deux univers se complètent, à condition d’avoir une discipline claire.
Quelles compétences issues de la finance vous aident aujourd’hui dans la gestion et le développement de Sanbbiz ?
Dans la finance, j’ai appris à fonctionner avec une exigence de rigueur et de fiabilité : on ne décide pas “au feeling”, on vérifie, on documente et on sécurise. Cette même logique me sert au quotidien chez Sanbbiz : mettre des process, contrôler la qualité, et fiabiliser ce qui touche aux opérations.
La finance m’a aussi donné le réflexe de piloter par les chiffres : suivre des KPI, mesurer ce qui marche, optimiser ce qui doit l’être, comme on ajuste un portefeuille. Et surtout, elle m’a formé à la gestion du risque : anticiper les imprévus, prévoir des scénarios, protéger l’exécution.
Enfin, l’habitude de raisonner en vision business (priorités, marges, pricing) et en gestion de projet (coordination, délais, qualité) m’aide à transformer une idée en produit concret. Au final, l’entrepreneuriat demande plus d’agilité et de vitesse, mais la finance m’apporte le cadre, la méthode et la discipline pour construire durablement.
Quels ont été les principaux défis rencontrés depuis le lancement de la start-up ?
Depuis le lancement, nos principaux défis ont été autant humains qu’opérationnels. D’abord, il a fallu travailler sur l’adoption, car faire évoluer des habitudes ancrées (chercher les infos sur plusieurs canaux, acheter “sur place”, réserver par message) vers une expérience digitale complète demande de la pédagogie et de la constance.
Ensuite, il y a eu le sujet clé de la confiance : rassurer à la fois les utilisateurs et les organisateurs sur la fiabilité des paiements, la validité des tickets et le contrôle d’accès. À cela s’ajoute l’exécution terrain, souvent sous-estimée : une application ne suffit pas, il faut que tout fonctionne de bout en bout, avant, pendant et après l’événement, avec une coordination parfaite.
Enfin, le dernier défi est la croissance : grandir vite tout en maintenant une qualité de service stable, sans perdre l’expérience utilisateur qui fait la différence.
Comment s’est passée votre intégration académique et professionnelle en France en tant que membre de la diaspora ?
Mon intégration académique et professionnelle en France s’est construite étape par étape, avec beaucoup de constance. Les études m’ont d’abord donné un cadre clair : des méthodes de travail exigeantes, une rigueur dans l’analyse et une compréhension structurée des attentes du marché.
Ensuite, les expériences en entreprise ont été déterminantes, parce qu’elles m’ont permis de découvrir concrètement les standards du secteur, les codes, le niveau d’exécution attendu, et la façon de collaborer dans des environnements très organisés. Avec le temps, chaque mission a renforcé ma crédibilité, et j’ai pu bâtir progressivement un réseau professionnel, en m’appuyant sur les résultats, la discipline et la capacité à apprendre vite.
Quel regard portez-vous sur l’écosystème entrepreneurial et événementiel en France aujourd’hui ?
L’écosystème français est très structuré, avec beaucoup d’acteurs d’accompagnement, d’incubateurs et une forte culture du “process” et de la mesure. Dans l’événementiel, on observe un niveau d’exigence élevé sur l’expérience, la communication et la professionnalisation. C’est inspirant, car cela donne des repères concrets sur ce qu’on peut adapter à d’autres contextes.
Gardez-vous un lien fort avec le Burkina Faso ? Si oui, comment Sanbbiz s’inscrit-elle dans cette relation avec le pays d’origine ?
Oui, je garde un lien fort avec le Burkina Faso, parce que c’est là que se trouvent mes racines, mais aussi une grande partie de ce qui m’inspire.
Sanbbiz s’inscrit naturellement dans cette relation : c’est une façon concrète de contribuer au pays en créant de la valeur, en accompagnant les organisateurs, en mettant en lumière les lieux et les talents, et en rendant l’accès aux événements plus simple pour le public.
Au-delà de l’utilité au quotidien, l’ambition est aussi de participer à la visibilité de notre culture : aider à mieux promouvoir les initiatives locales et, progressivement, faciliter leur rayonnement au-delà des frontières, notamment auprès de la diaspora et des publics intéressés par le Burkina Faso.
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Selon vous, comment la diaspora peut-elle contribuer à la création d’opportunités économiques et sociales durables ?
Selon moi, la diaspora peut contribuer de manière durable bien au-delà des transferts financiers. Elle a cette capacité unique de faire circuler des compétences, des méthodes et des standards acquis ailleurs, et de les adapter aux réalités locales. Elle peut aussi jouer un rôle de pont en créant des connexions entre les écosystèmes : ouvrir des réseaux, faciliter des partenariats, apporter de la visibilité et de la crédibilité à des initiatives du pays.
À cela s’ajoute l’investissement, pas seulement en capital, mais aussi en temps, en mentorat et en accompagnement stratégique. Enfin, le plus important est de lancer ou soutenir des projets qui répondent à des besoins réels, avec une exécution sérieuse et une logique de long terme, afin de créer des opportunités économiques et sociales qui tiennent dans le temps
Quels conseils donneriez-vous à un·e jeune Burkinabè qui souhaite évoluer dans la finance ou lancer un projet entrepreneurial en France ?
Je donnerais quatre conseils simples :
Construire un socle solide : formation, compétences, certifications si possible. Chercher tôt des expériences (stages/alternance) : c’est le meilleur accélérateur. Travailler son réseau : alumni, LinkedIn, événements professionnels. Être régulier : progression continue (technique, anglais, Excel/data, marchés). Et pour l’entrepreneuriat : partir d’un vrai problème, tester vite, s’entourer et exécuter avec discipline.

Quels sont les projets et ambitions de Sanbbiz pour les prochaines années ?
Les ambitions sont de renforcer Sanbbiz comme une plateforme de référence pour :
- la découverte d’activités et d’événements ;
- la billetterie digitale ;
- et l’accompagnement des organisateurs (promotion, gestion, suivi).
L’objectif est d’augmenter l’adoption, de développer des partenariats solides et de continuer à améliorer l’expérience utilisateur, tout en structurant progressivement la croissance.
Un dernier mot pour encourager les jeunes de la diaspora à s’engager et à entreprendre ?
Je dirais aux jeunes de la diaspora : n’ayez pas peur de viser grand, mais surtout, construisez avec discipline et patience. On peut réussir à l’international tout en restant profondément utile à son pays d’origine. La diaspora a une force énorme : ses compétences, son réseau et sa capacité à créer des ponts.
Chaque projet bien exécuté peut inspirer et ouvrir des opportunités à d’autres. Et si vous décidez un jour de passer au pays des Hommes intègres, je vous invite à télécharger notre application « SANBBIZ » : vous serez surpris de toutes les choses incroyables que l’on peut faire au Burkina Faso !
Interview réalisé en ligne par Annick HIEN/MoussoNews



