« Les artistes n’investissent pas dans leur propre art », Honoré Bambara, promoteur culturel

Au panel organisé le samedi 31 janvier 2026 dans le cadre Waabo 2, autour du thème « Les métiers de l’art au Burkina Faso : vocation ou business ? », les échanges ont été francs. Promoteurs et acteurs culturels et mélomanes ont parlé sans détour des réalités du milieu artistique burkinabè, entre mauvaise gestion, illusion de la gratuité et manque de vision.

« Il est rare de voir un artiste prendre ses revenus gagnés dans la musique et les réinvestir dans son propre musique. C’est pour ça que beaucoup sont devenus des tenanciers de bars et de maquis », a déclaré Honoré Bambara, dit Hono, promoteur culturel.

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Selon lui, quand on choisit d’être artiste comme un métier, comme un business, la logique devrait être simple : ce qu’on gagne doit servir à produire. Pourtant, dit-il, certains artistes n’arrivent même pas à mobiliser au moins 3 millions de FCFA pour entrer en studio. « Ils ne veulent pas investir dans leur propre art », regrette-t-il. Il estime que, peu sont ces artistes qui font cependant la musique par vocation.

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Même son de cloche du côté de Salif Ackermann, paneliste également, pour qui les artistes doivent comprendre qu’ils sont des entreprises.
« Le cachet d’un artiste, c’est comme la prestation d’une entreprise dans un événement ou un festival. Ce n’est pas ton argent », explique-t-il. Sans plan de répartition ni discipline financière, l’artiste se perd rapidement. « Quand l’argent rentre, on le dispatch et au final, il ne reste rien », déplore-t-il. Il appelle les artistes à intégrer la culture de l’épargne et de la maitrise financière.

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Salif Ackermann, paneliste

La gratuité des festivals a aussi suscité de échanges francs. Des partages, il ressort qu’un festival, même s’il est inscrit « gratuit », ne l’est pas en réalité. Pour Salif Ackermann, habituer le public à entrer gratuitement est dangereux, car à la longue, il ne voudra plus payer.
Des propos aussitôt renchérit par Honoré Bambara. « La gratuité n’existe pas. Derrière, il y a toujours quelqu’un qui supporte les charges », souligne t-il. Pour lui, il est inconcevable de produire de l’art avec des coûts réels pendant que le public exige le gratuit.

Les discussions ont également remonté à l’époque de la Révolution de 1983. Honoré Bambara a rappelé que c’est sous le régime du Capitaine Thomas Sankara que le Burkina a réellement exporté des artistes. À l’époque, de ses dires, l’art était démocratisé, avec des spectacles accessibles à très bas prix. « Le groupe Kassav’, par exemple, ailleurs leurs prestations c’était au minimum 10 000 francs. Mais au Burkina, c’était 1 000 ou 2 500 francs, pas plus », raconte-t-il. Une politique qui, aujourd’hui, selon lui, entraine la mévente et a laissé des traces dans la conscience collective : aujourd’hui encore, personne ne veut payer pour voir l’art.

Pour les panelistes, tant que l’artiste ne se verra pas comme une entreprise et que la gratuité restera la norme dans les mentalités, l’art burkinabè continuera de se fragiliser, au détriment de la créativité et des acteurs culturels.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews

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