Sachets plastiques : Entre volonté d’adopter les normes et difficultés d’approvisionnement sur le terrain

Depuis le 9 janvier 2025, la loi n°045-2024/ALT interdit au Burkina Faso la production, l’importation, la commercialisation et l’utilisation des sachets plastiques non biodégradables. Si certains commerces se conforment déjà aux nouvelles normes, dans les marchés et les ruelles de Ouagadougou, le plastique continue de circuler.
Dans plusieurs structures comme les alimentations et les pharmacies de la capitale, le changement est visible : les produits sont désormais emballés dans des sacs légers, aux multiples couleurs. Ces nouveaux emballages, au design presque « parfait » et agréable à l’œil, sont adoptés par certaines enseignes, en application du décret interdisant l’usage des sachets plastiques sur le territoire national.
« C’est chic », lance Sylvie (nom d’emprunt), une cliente venue se procurer des marchandises dans une alimentation de la place. Même si cet emballage « chic », comme elle le décrit, lui convient, elle a dû débourser 100 FCFA pour s’en procurer. Un geste qui, toutefois, « ne me dérange pas », confie-t-elle. Pour elle, c’est déjà un grand pas qu’une partie de la population burkinabè ait intégré l’usage des emballages biodégradables dans ses habitudes.

Cependant, dans les marchés, les « yaars » et les petites boutiques, la réalité est toute autre. Les sachets plastiques sont toujours les « stars du milieu ». Impossible de se faire servir sans un emballage plastique.
Assise au bord de la voie rouge, poêle remplie d’huile chaude, Adissa frit et vend ses gâteaux aux passants attirés par l’odeur enivrante.
« Je veux le gâteau salé pour 200 FCFA, avec beaucoup de piment », lance un client, accroché à sa moto. Adissa saisit un sachet noir et sert le client, qui repart avec son achat, tout en lui souhaitant « bon marché ». C’est la routine ici. Adissa ne peut pas se passer des sachets. « Servir un client sans mettre son gâteau dans un sachet, c’est quasi impossible », affirme-t-elle.
Pour elle, réduire la dépendance aux sachets plastiques passe par la mise à disposition, à prix abordable, des emballages recommandés. « Si les sachets qu’ils disent d’utiliser maintenant sont disponibles et à notre portée (en parlant du coût), je vais abandonner le plastique et les adopter », explique-t-elle. Mais si ces nouveaux emballages ne sont pas financièrement accessibles, elle désapprouve cette mesure.
Chez Amado, vendeur ambulant de sachets, le constat est similaire. La disponibilité et le coût constituent le nœud du problème.
Il reconnaît que la loi est claire, mais souligne une difficulté majeure. « Qu’ils mettent à notre disposition les sachets biodégradables, et nous allons les utiliser. Pour l’instant, je ne peux pas arrêter leur commercialisation », dit-il. Ce commerce, bien que désormais illégal, reste pour lui une source de revenus indispensable pour nourrir sa famille.

Ces témoignages traduisent un même constat : la bonne volonté existe, mais elle se heurte au manque d’approvisionnement, à la faible sensibilisation et à l’absence de mesures incitatives ou de soutien logistique.
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La loi anti-sachets plastiques illustre parfaitement le décalage entre la volonté politique et la réalité du terrain. Si le texte traduit une volonté de protéger l’environnement de la pollution, sa réussite dépendra d’une stratégie solide d’accompagnement des populations.
Selon Amado, une production locale d’emballages biodégradables, une distribution accessible et à coût raisonnable ainsi qu’une campagne de sensibilisation sont nécessaires pour convaincre la population burkinabè.
Diane SAWADOGO / MoussoNews