»Sirac » : Les graines de baobab deviennent du café au Burkina et valorisent les femmes rurales

Les graines de baobab ne se jettent plus. Elles peuvent désormais être transformées en café. C’est l’innovation de Sessiwèdé QUENUM, un entrepreneur burkinabè. Moulu avec ou sans caféine, il décline ses formats et mise sur les femmes rurales.

Sirac est une marque de café Burkinabè à base des graines de baobab.

Sirac ne vient ni des hautes plateaux d’Amériques latines ni des plantations d’Asie. Il nait au Burkina, dans les mains de femmes rurales, au pied des baobabs. Sira signifie d’ailleurs ‘‘baobab » en dioula, tandis que le  »C » renvoie au café.

Ce produit est l’innovation d’un chercheur de café en panne de caféine : Sessiwèdé QUENUM. Son histoire commence par un aveu. Depuis 2011, le jeune homme consommait du café en quantité déraisonnable. La caféine ne lui faisait plus d’effet. Mais le manque, lui, était bien là. « C’est une psychodrogue, comme l’opium et le crack sont dans la même catégorie », dit-il sans détour. Au-delà de 3 tasses par jour, la dépendance s’installe. Et lui en était largement au-delà.

Titulaire d’un Master en agroalimentaire et passionné de nutrition, Sessiwèdé ne voulait pas simplement arrêter le café. Il voulait comprendre, trouver une alternative qui préserve le rituel, la chaleur de la tasse, la couleur sombre, l’odeur enveloppante, le moment de pause sans les effets indésirables.

C’est ainsi qu’ iI plonge dans la littérature scientifique, découvre le concept de « succédanés de café » terme technique pour des boissons imitant le café sans en utiliser la graine. A l’issue de ses recherches, il tombe sur une évidence : le baobab. En effet, Sirac signifie en langue dioula ‘‘ baobab » et le « C » pour le Café. 

Au début, lorsqu’il parlait de son projet autour de lui, plusieurs personnes lui glissent la même remarque. « Ça me rappelle mon grand-père, ma grand-mère », lui disait-on. Certains anciens grillaient les graines de baobab sur la braise, les écrasaient, les infusaient. Le baobab, Sessiwèdé le connaissait déjà. Avant, il l’utilisait dans la fabrication des compléments alimentaires destinés à la musculation. 

“Quand chef André m’a dit ce que tu tiens là, crois-moi, c’est du bon », j’ai su que je tenais quelque chose’’,

Sessiwèdé QUENUM

Après des années d’essais et d’ajustements, il réussit a lancé sa marque Sirac. Le Chef André, figure de référence de la gastronomie burkinabè a joué un rôle crucial dans ce projet. « Quand chef André m’a dit ce que tu tiens là, crois-moi, c’est du bon », j’ai su que je tenais quelque chose », se souvient Sessiwèdé QUENUM. Avec lui, l’entrepreneur teste le produit. En octobre 2024, Sirac est officiellement présenté au grand public. Caféiné ou non, moulu, soluble ou capsule , Sirac s’adapte à tout le monde. 

Sessiwèdé QUENUM, le promoteur de Sirac.

50 femmes , 3 provinces, un réseau invisible 

Derrière chaque sachet de Sirac, il y a des mains. Des dizaines de mains féminines, dans les villages de Léo, de Po, de Kombissiri. Ce sont les femmes des coopératives rurales qui forment le premier maillon de la chaîne. Elles récoltent les fruits du baobab, en extraient la poudre précieuse, la plus connue et jetaient jusqu’ici les graines. Sirac a changé la donne. Ces graines ont désormais une valeur marchande. « Du moment où on leur achète la graine, ça leur fait un revenu complémentaire », explique le promoteur. 

Une cinquantaine de femmes sont aujourd’hui impliquées dans la filière d’approvisionnement. Et lorsque les commandes augmentent, les groupements recrutent. Selon le promoteur, à Ouagadougou, d’autres femmes saisonnières prennent le relais . Elles trient minutieusement les graines immatures, les lavent, les sèchent et les reconditionnent. 

Dans le circuit de distribution, la parité est un principe affiché pour l’entrepreneur. « 50 % de nos commerciaux sont des hommes et 50 % des femmes. Il faut quand même respecter un peu l’approche genre aujourd’hui », affirme l’entrepreneur. 

Sirac collabore avec des femmes qui sont dans l’approvisionnement des graines de baobab, le tri, le lavage, le séchage, le reconditionnement et même la commercialisation.

Une boisson qui séduit aussi les femmes

De l’avis de QUENUM, la version sans caféine de Sirac attire des femmes. Toutes trouvent leur compte dans ce café : celles enceintes ou allaitantes qui évitent les excitants, celles qui souffrent d’anémie particulièrement répandue en Afrique ou de tension artérielle élevée, celles dont le système digestif ne supporte pas la caféine classique.

A entendre le promoteur, la richesse du baobab en fer soutient les organismes carencés. Ses fibres facilitent le transit sans irriter, là où la caféine classique aggrave les colopathies. Son magnésium régule la tension et, contrairement à la caféine, réduit réellement la fatigue au lieu de simplement la masquer.

Le promoteur insiste sur une différence. « réduire la fatigue n’est pas la même chose que donner un coup de boost », dit-il. De son avis, la caféine masque, propulse, puis elle lâche et la fatigue revient double. Le magnésium du baobab quant à lui, traite la cause, pas le symptôme. « Le café, c’est un rituel », rappelle t-il. 

FSessiwèdé QUENUM fait d’abord goûter le produit aux clients avant tout achat.

Les défis d’une start-up aux petits moyens

La route reste longue pour Sessiwèdé QUENUM. L’insécurité dans certaines provinces limite l’accès aux zones de collecte. La visibilité constitue également un défi majeur. Comme stratégie commerciale simple, Sirac mise sur les dégustations. « On ne vous vend pas le produit tout de suite. On vous le fait goûter d’abord », détaille le fondateur. 

Au delà de sa stratégie, l’entrepreneur doit faire comprendre à certains consommateurs que le café moulu peut être préparé sans machine coûteuse mais avec des accessoires simples, manuels.

Et à l’avenir ? Séssiwèdé QUENUM reste confiant en depi de tous ces défis. Il rêve même grand : celui de faire de Sirac, l’alternative café numéro un en Afrique. Il ambitionne à court terme de conquérir le marché burkinabè. 

Annick HIEN/MoussoNews

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