280 000 personnes touchées : Comment l’éducation financière par mobile a changé le rapport des femmes rurales à l’argent

Méconnaissance des services bancaires, méfiance envers le numérique, éloignement des agences : pendant longtemps, ces obstacles ont tenu de nombreuses femmes rurales à l’écart de la finance formelle. Sept ans après le lancement du PAIF-PME, le Coordonnateur du projet dresse le bilan d’une stratégie misant sur le téléphone portable pour faire entrer ces femmes dans le système financier numérique, des champs de Ouahigouya aux marchés du Centre-Est.
Le mobile, porte d’entrée vers la finance formelle
Comment toucher des femmes rurales, souvent peu alphabétisées et éloignées des structures financières, pour leur apprendre à utiliser un compte, à se protéger des arnaques ou à comprendre les services financiers numériques qui se multiplient ? C’est le défi qu’a dû résoudre le PAIF-PME dans son volet consacré à l’éducation financière, l’un des chantiers portés notamment avec le Fonds d’Appui aux Activités Rémunératrices des Femmes (FAARF). La réponse retenue a été résolument numérique. Selon le Coordonnateur du projet, la sensibilisation pour l’utilisation des moyens numériques est cruciale pour l’adoption des services financiers numériques, et les campagnes d’éducation financière se sont appuyées sur les technologies mobiles pour assurer une large diffusion auprès des particuliers comme des entreprises.
Concrètement, le projet a recruté un cabinet pour numériser des modules d’éducation financière, puis un second pour les diffuser sous forme de capsules interactives sur les canaux digitaux : pages Facebook, sites web et messageries comme WhatsApp. Deux grandes campagnes ont ainsi été organisées.
280 000 personnes sensibilisées, l’objectif dépassé
Le résultat dépasse l’objectif fixé au départ. D’après le Coordonnateur, ces deux campagnes ont permis l’atteinte de la cible initiale fixée à 275 000 personnes, avec au final 280 000 personnes ayant bénéficié d’une éducation financière à travers le digital. ;
L’éducation financière digitale en chiffres
280 000 personnes sensibilisées, pour une cible de 275 000 ; 72 865 clientes du FAARF utilisent un compte bancaire ou mobile money, contre une cible de 23 577 ; 81 991 clientes du FAARF suivies dans le système d’information de gestion, sur une cible de 117 886
Au niveau du FAARF spécifiquement, l’impact se mesure aussi dans l’usage effectif des outils financiers par les femmes accompagnées : 72 865 clientes utilisent aujourd’hui des comptes bancaires ou de mobile money dans leurs opérations avec l’institution, contre une cible initiale de 23 577 fixée avant un changement institutionnel intervenu en cours de mise en œuvre du projet. Un très bon qualitatif qui illustre, selon le Coordonnateur, la grande mobilisation du du FAARF avec l’accompagnement du PAIF-PME pour faciliter la transition de cette clientèle vers le secteur financier formel et à inciter les femmes rurales à intégrer ce secteur.
WARICALAN et l’Observatoire de la qualité, deux outils pour rassurer les usagères
Au-delà des campagnes de masse, le projet a mis en place des outils numériques pérennes. C’est le cas de WARICALAN, une plateforme intégrée d’éducation financière destinée à améliorer les connaissances financières des populations, mais aussi de la plateforme de l’Observatoire de la Qualité des Services Financiers (OQSF), conçue pour suivre la qualité des services offerts aux usagers.
À cela s’ajoute SATIS, une plateforme de gestion des plaintes qui renforce la protection des clientes face à d’éventuels abus ou dysfonctionnements dans leurs opérations financières. Pour des femmes qui, bien souvent, découvraient seulement les services numériques, disposer d’un canal pour signaler un problème constitue une garantie supplémentaire de confiance.
« La sensibilisation pour l’utilisation des moyens numériques est cruciale pour l’adoption des services financiers numériques » — Kientega Kaongo Wilfried Séraphin, Coordonnateur du PAIF-PME
Des formations de terrain pour ancrer les usages
Les plateformes numériques n’ont pas remplacé la présence sur le terrain. Le projet a multiplié les sessions de formation directement auprès des femmes dans les régions, sur des compétences très concrètes : 200 femmes formées aux itinéraires techniques de production, transformation et commercialisation du riz dans la Boucle du Mouhoun, le Haut-Bassins et le Centre-Nord ; 200 autres formées sur l’initiative personnelle à Ouahigouya et dans le Haut-Bassins ; ou encore 200 femmes formées aux bonnes pratiques de transformation agroalimentaire dans le Centre-Est, le Centre-Ouest et le Sud-Ouest.
Cette combinaison entre sensibilisation digitale/numérique de masse et formation de proximité illustre ce que le Coordonnateur présente comme l’un des grands enseignements du projet : la transformation numérique constitue un puissant levier de modernisation et d’inclusion financière, mais elle ne peut produire pleinement ses effets que si elle est accompagnée sur le plan humain, notamment à travers la formation, la sensibilisation et l’appropriation par les utilisateurs.
Une dynamique à poursuivre
Le Coordonnateur évoque la suite qui pourrait être réservée à cette première phase: une seconde phase du projet, actuellement en réflexion, pourrait notamment porter sur une extension de l’éducation financière par une généralisation des campagnes via le mobile, présenté comme un canal ayant montré une grande efficacité pour toucher les populations rurales et les femmes.
Pour les femmes rurales du Burkina Faso, longtemps en marge des circuits financiers classiques, ce bilan suggère qu’un téléphone portable et quelques capsules bien conçues peuvent parfois faire davantage pour l’inclusion financière que des années d’attente devant le guichet d’une structure financière.
Mousso News — Rédaction Économie & Inclusion financière
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