Burkina : Les femmes sont moins corrompues et corruptibles

Les femmes sont-elles autant corrompues que les hommes ? Les femmes sont-elles autant des corruptrices que les hommes ? Les femmes sont-elles autant actives dans la chaine de corruption que les hommes ? Les questions taraudent plus d’un esprit. 2025 a été une année de farouche lutte contre la corruption au Burkina Faso. L’un des faits les plus marquant qui suscité tant de questionnements au sein de la population est le procès dite- Affaire Tiegnan et détournement de fonds publics au ministère de l’Action humanitaire et de la solidarité nationale. Sur une dizaine de personnes impliquées, 2 étaient des femmes. Une aura écopée une peine de 8 ans de prison ferme et une amende de 2 milliards à payer à l’Etat. Economie, sociale, environnement, sécurité, politique…, comment les femmes sont-elles actives tant actives et passives de la corruption ?

Vendredi 18 aout 2025. Rebecca (nom d’emprunt) est à la direction générale des transports terrestres et maritime (DGTTM).

La DGTMM, cet endroit devenu emblématique tant réputé pour être un lieu d’affaire parfois teintée de corruption active ou passive. A cet endroit pour se renseigner sur comment obtenir l’autorité parentale pour permettre à son fils de 17 ans de passer le permis, Rebecca aura toutes les informations sans avoir accéder à un bureau de renseignement. « Madame, vous êtes là pourquoi ? », demande un jeune les mains remplis de clés de voiture. Perplexe et dubitative, la jeune dame qui semble afficher un refus est rassurée et convaincue par l’homme. « Madame, je peux vous aider, ayez confiance en moi seulement », dit-il l’air taquin. « Je suis venue voir comment obtenir une autorisation pour permettre à mon fils de passer le permis. Il sait déjà conduire, mais je veux qu’il ait le permis. Je sais aussi que ce n’est plus permis de passer le permis avant 18 ans. Mais je souhaite qu’il le fasse rapidement», finit-elle par se confier. L’homme (Mr H, qu’on va appeler ainsi) invite discrètement Mme Rebecca entre deux véhicules stationnés. Loin des oreilles indiscrètes, il informe Mme Rebecca de ce que l’autorisation ne se fait pas à la DGTMM, mais mieux, il pourra l’aider à l’en avoir et même le permis pour l’enfant.  « Comment ça ? » sursaute la jeune dame ?  « Oui madame, c’est un circuit noir. Beaucoup de gens le font. Mais ça devient de plus en plus compliqué maintenant. Seuls les gens introduits continuent de le faire», témoigne H.

Lire ici: Le Capitaine Ibrahim Traoré prône la fin de la corruption dans les marchés publics et les institutions – Mousso News

Ce circuit à toutefois un coût : 250 000F. Y compris les frais de dossiers du permis. En somme H se chargera de tout : le choix de l’autoécole, les dossiers à monter, les examinateurs à voir, l’agent à voir enfin pour retirer le permis. Que faire ? Rebecca demande le numéro de H afin d’y réfléchir. Va-t-elle emprunter ce chemin de la corruption ? Elle aura déjà déboursé la somme de 50 000F pour les frais de dossiers qui n’ont jamais abouti.  

4 millions de FCFA, l’impunité, la loi du marché ?

Autre lieu, autre situation. Djamila, jeune entrepreneure dans le domaine du marketing et gestion commercial perd chaque année près de 3 millions FCFA chaque année dans une situation dite – ‘’ c’est la loi du marché comme ça ?’’-. En effet, dans un monde de passation de marché ou de facilitation d’opportunité, le phénomène de 10% peut être encore plus exorbitante. « Il peut arriver à près de 40% », reconnait-elle l’air préoccupée.  Et d’ajouter que : « Le phénomène de corruption est parfois subtile dans certains domaines et en tant que jeune entrepreneur avec une jeune entreprise, il faut accepter pour ne pas disparaitre. C’est très dur. Mais il n’y a aucun choix possible que d’accepter », dit-elle.

Dans une étude de RENLAC publié en 2024, 55,7 des entreprises gérées par des femmes voyaient la corruption comme un obstacle majeur contre 72,5 des entreprises gérées par des hommes. Chantages, proposition indécente, droit de cuisage, pression sociale., le témoignage des femmes entrepreneures donnent froid au dos. « Je ne cherche plus de marché ou d’opportunité », lance Danielle, restauratrice dans une ville dans la région du Koulsé. Engagée pour les services traiteurs, Danielle avoue parfois être acculée par certains prestataires. « A défaut de te draguer, tu seras obligée de leur réserver une partie de l’argent du marché qu’il t’a donné », témoigne-t-elle. Recherche d’emploi, éducation, santé, affaires, etc… sont entre autres les domaines ou les femmes sont parfois exposées à la corruption quelque soit sa forme.

Dr Noufé Diatité, Secrétaire adjoint chargé des enquêtes au REN-LAC

Toutefois, indique Dr Noufé Diatité, secrétaire adjoint chargé des enquêtes, la corruption chez les femmes en tant qu’actrice active ou passive est moins perceptible. « Au niveau de la DGTTM, le taux de corruption à tendance à être plus élevé chez les femmes que les hommes », dit-elle avant d’apporter la nuance de ce qu’il n’y a pas d’évidence pour expliquer ce fait. « Mais on peut partir surtout sur la base du fait que les procédures sont complexes et prennent du temps. Cela pourrait explique le fait que les femmes préfèrent passer par les démarcheurs pour avoir les prestations assez rapidement. Toutefois, ce sont des hypothèses à approfondir », commente-t-il.

Corruption des femmes : ignorance ou négligence ?

Si Dr Noufé Diatité, secrétaire adjoint chargé des études et des enquêtes au sein du REN-LAC, estime que la corruption chez les femmes peut avoir la même dimension chez les hommes, les chiffres de l’Autorité supérieur de la lutte contre la corruption (ASCE-CL présente tout le contraire. « Sur 820 dossiers porté en jugement, seulement 17 femmes y étaient impliquées », indique Adjaratou Ouangrawa, contrôleur générale à l’ASCE-LC.

Adjaratou Ouangrawa, contrôleur d’Etat

A l’entendre, beaucoup de femmes, qui, quand elles ont le dernier mot, reste fortes et résistantes à la corruption. En 2024, sur 268 dossiers judiciaires porté également par le REN-LAC, des femmes étaient impliquées dans 18. En somme 1 sur 10 peut être impliquée dans un dossier de corruption.

Plusieurs statistiques et rapports le confirment de ce qu’elles peuvent être impliquées dans les situations de corruptions, mais rarement au-devant. Comment les femmes peuvent-elles être donc vecteur de lutte contre la corruption ? Au regard de son rôle et la place importantes qu’elles occupent dans la société, leur contribution dans la lutte contre ce phénomène est très capitale. Elle peut être portée sur les valeurs du civisme, de l’intégrité, du respect de la chose publique. Pour la contrôleuse générale, la femme qui est informé des actes de corruption peut faire des témoignages. « Au-delà de tout, elle doit avoir le courage de refuser. C’est l’engagement fort qu’il faut. Comme on l’a dit ici, on a comme slogan pour notre intégrité combattant la corruption. Je pense que c’est très important pour les femmes de porter ce message-là », conclu-t-elle.

Annick HIEN/MoussoNews

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