Éducation : Talato veut soutenir son Master sur Thomas Sankara

À l’Université Joseph Ki-Zerbo, Talato Ouédraogo s’est formée en Lettes Modernes dont elle est titulaire d’une Licence. Au mémorial Thomas Sankara, elle forme les consciences. Depuis 2022, cette jeune étudiante est guide bénévole sur l’un des sites les plus symboliques du Burkina.
Si Talato Ouédraogo est aujourd’hui guide au mémorial Thomas Sankara, ce n’est pas par hasard. C’est le fruit d’un long cheminement intellectuel et idéologique.
Thomas Sankara, dit-elle toute anthousiaste est l’un de ces hommes rares qui ont nourri l’Afrique par leur courage, leur dignité et leur sang. Refusant que l’histoire efface cette mémoire, elle a cherché à comprendre l’homme, sa vision, son organisation, son combat.
Refusant que l’histoire efface cette mémoire, elle a cherché à comprendre l’homme, sa vision, son organisation, son combat.
Cette quête l’a menée au mémorial, où elle décide de s’engager bénévolement pour transmettre, expliquer et éveiller.

Un encadrement décisif : le cabinet Imhotep
Dans ce parcours, Talato n’avance pas seule. Dès l’université Joseph Ki-Zerbo, elle rencontre la structure « 2 Heures pour nous, 2 Heures pour Kamita », pilotée par le cabinet Imhotep. Son premier responsable devient pour elle un repère essentiel. « C’est mon père spirituel. Il m’a beaucoup guidé», dit-elle toute reconnaissante. Formation, coaching, encadrement, conseils… Son accompagnement constant, de l’université au mémorial, a fortement contribué à façonner la femme engagée qu’elle est aujourd’hui.
Guide bénévole par devoir, pas par hasard
Depuis 2022, Talato donne son temps sans attendre de retour financier. Pour elle, être guide bénévole est un devoir patriotique. Chaque jour, elle accueille des visiteurs venus du Burkina Faso, d’Afrique et du monde. Elle le précise avec humilité : « Nous avons les mêmes contenus au mémorial. Il n’y a pas de grande différence entre moi et les autres guides ».
En effet à ce jour, le site compte 11 guides ce qui n’était pas le cas 2 ou 3 ans auparavant. Ce qui la distingue des autres , selon elle, c’est surtout le temps passé sur le site, son ancienneté, mais aussi sa capacité à s’exprimer en langues nationales comme le mooré, ce qui facilite la transmission du message, notamment auprès des visiteurs locaux.
Le memorial Thomas Sankara, un parcours chargé d’histoire
A entendre Talato, la visite au mémorial, débute par la statue de Thomas Sankara et de ses 12 compagnons, tombés le 15 octobre 1987. Elle se poursuit par l’historique de la vie du capitaine, ses grandes actions et sa vision révolutionnaire. Le mur thématique, riche en images et citations, permet de comprendre pourquoi Sankara reste une source d’inspiration, 38 ans après sa mort. Les visiteurs découvrent ensuite les lieux les plus symboliques dont le bureau de la dernière réunion, la salle où il a rendu son dernier souffle.
L’un des moments forts de la visite est le parcours du corps de Thomas Sankara, une séquence qui retrace l’inhumation, l’exhumation et le long combat judiciaire, jusqu’au mausolée conçu par l’architecte burkinabè Francis Kéré. Un lieu de recueillement, de mémoire et de dignité.

Un mémorial vivant, tourné vers l’avenir
Le mémorial Thomas Sankara ne se limite pas à ce que l’on voit aujourd’hui. Bibliothèques, médiathèques, salles d’exposition, statues monumentales de 37 et 87 mètres : le projet est vaste, ambitieux et symbolique. « C’est ensemble que nous réussirons à réhabiliter la mémoire de Sankara sur toutes les lignes », martèle Talato.
Femme, bénévole, déterminée
Être guide bénévole est un défi. Être femme guide l’est davantage encore. Absence de salaire, regards condescendants, refus de certains visiteurs d’être guidés par une femme… Talato, mère d’un enfant en fait face. Mais elle tient bon. « Ce n’est pas dans l’idéologie de Thomas Sankara de discriminer », rappelle-t-elle.
Pour elle, occuper cette place, aussi petite soit-elle, et l’honorer par le travail bien fait, est déjà un acte militant.
Former pour continuer le combat
Talato nourrit un projet celui de reprendre ses études et consacrer un master à Thomas Sankara. Analyser ses discours, ses choix, son adaptation à son époque, pour éclairer les défis actuels, notamment dans le contexte de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Si Sankara devait parler à la jeunesse aujourd’hui, selon Talato, il dirait une chose essentielle : se former car lance -t-elle « Le meilleur parrain de l’enfant du pauvre, c’est la connaissance ».
Courage et sens de l’initiative restent, pour elle, les clés de toute émancipation.

Un appel à la solidarité intellectuelle
Avant de conclure, Talato lance un appel. « J’ai la soif du savoir. J’ai besoin de documents sur Thomas Sankara. Tous ceux qui peuvent m’aider sont les bienvenus », prie -t-elle.
À travers son engagement quotidien, Talato dit incarner cette prophétie devenue réalité : « Tuer Sankara, des milliers de Sankara naîtront ». Pour elle, le capitaine n’est pas mort. Il a transmis le flambeau. Et elle le porte.
Annick HIEN/MoussoNews



