Agnès : Une voix pour l’épanouissement des femmes et enfants handicapés

Au Burkina Faso, certaines femmes transforment l’épreuve en combat collectif. C’est le cas de Agnès Consaigniga. Chantre, elle est la présidente de l’Association pour l’épanouissement des femmes et des enfants handicapés du Burkina Faso (AEFEHBF). Atteinte de poliomyélite à l’âge de 2 ans, elle a fait de son vécu une force et de son handicap un moteur d’engagement.
Contrairement aux idées reçues, Agnès Consaigniga n’est pas une « femme valide » engagée pour les autres. Elle est elle-même une femme handicapée physique. Son parcours, forgé dans l’adversité, lui a révélé la dure réalité que vivent au quotidien de nombreuses personnes handicapées : pauvreté, discriminations, violences, analphabétisme, difficultés d’accès à l’emploi et méconnaissance des droits.
« Les femmes handicapées vivent ces difficultés triplement », souligne-t-elle. En tant que femmes, elles doivent d’abord s’imposer dans une société où les décisions restent majoritairement masculines. Selon Agnès, en tant que personnes handicapées, les femmes affrontent des barrières institutionnelles, sociales et environnementales. Et sur le marché de l’emploi, même à qualification égale, elles sont souvent écartées au profit des hommes.
Elle se souvient encore de cet épisode marquant. En effet, se rappelle-t-elle: » Lors d’un appel à projet international, une participante s’est publiquement interrogée sur sa présence dans la salle, estimant qu’une femme handicapée n’avait pas sa place à ce niveau.
Une association pionnière depuis 2003
Créée en octobre 2003, l’AEFEHBF est une association faîtière regroupant différentes formes de handicap : physique, intellectuel, auditif, albinisme ou personnes de petite taille. Elle est née de la volonté de femmes handicapées de disposer d’un cadre d’échange et de défense de leurs droits.
Sa mission: promouvoir, défendre les droits des personnes handicapées et favoriser leur insertion sociale, professionnelle, culturelle et politique, sans distinction, sur l’ensemble du territoire burkinabè.
Des actions concrètes pour l’autonomisation
Depuis plus de 20 ans, l’association a multiplié les initiatives structurantes. Leur siège sert de cadre de rencontres, de formations et de sensibilisations. L’association dispose d’un atelier de coupe et couture pour former les femmes et jeunes filles handicapées et faciliter leur insertion socio-professionnelle, un atelier de transformation des produits agricoles locaux.

Autres actions : Des sessions de renforcement de capacités sur l’élaboration de projets, la rédaction de rapports, la défense des droits, la vente en ligne, le calcul des coûts, les violences basées sur le genre, le plaidoyer ou encore le développement personnel. Des campagnes de sensibilisation sur le VIH/Sida, l’entrepreneuriat, l’hygiène corporelle et la sécurité routière.
Des résultats tangibles
Une cinquantaine d’enfants handicapés ont bénéficié de rééducation, de béquilles et de cannes anglaises, ainsi que d’un appui à l’éducation. Une centaine d’enfants souffrant de handicap intellectuel ou visuel ont accédé à des consultations spécialisées en psychiatrie et en ophtalmologie, avec prise en charge des ordonnances.
Une soixantaine de femmes et d’enfants ont obtenu la carte d’invalidité, facilitant l’accès à des avantages en santé, éducation, formation et transport. 75 enfants sont aujourd’hui scolarisés dans des écoles inclusives.
Grâce à l’association
Grâce à l’appui de l’association, 35 femmes handicapées ont renforcé leur pouvoir économique, notamment à travers l’accès à des crédits adaptés pour développer des activités génératrices de revenus. Une vingtaine mènent aujourd’hui leurs propres activités et sont devenues financièrement autonomes. « Les femmes handicapées contribuent désormais aux charges de leurs familles », se réjouit la présidente. Selon elle, Au-delà des revenus, c’est un changement d’image et de posture : elles s’affirment, défendent leurs droits et prennent la parole.
Des défis encore majeurs
Malgré ces avancées, les obstacles demeurent nombreux. Agnès le reconnait. De son avis, les femmes handicapées restent largement exclues des processus de développement. L’accès aux soins, notamment gynécologiques est souvent inadapté : absence de rampes, tables d’accouchement non accessibles, manque d’interprètes en langue des signes pour les femmes sourdes, compromettant la confidentialité des soins. Les infrastructures publiques, les transports et les services sociaux de base restent difficilement accessibles. Et si un cadre légal existe, sa mise en application se heurte à des réalités de terrain.

Un appel à la mobilisation collective
Pour Agnès Consaigniga, le changement passe par une mobilisation de tous : médias, autorités, partenaires techniques et financiers, mais aussi communautés. « Les personnes handicapées sont des citoyens à part entière. Le développement de notre pays ne peut être effectif si une partie de la population est laissée de côté », martèle-t-elle.
Elle invite les pouvoirs publics à intégrer systématiquement les besoins spécifiques des personnes handicapées dans les politiques et programmes nationaux et appelle les médias à jouer pleinement leur rôle de relais et de sensibilisation. « Le handicap n’est pas une fatalité. Travaillez selon vos capacités et rejoignez les mouvements associatifs. Ensemble, nous pouvons faire valoir nos droits », a-t-elle lancé à l’endroit des femmes et enfants en situation de handicap.
Aux familles, elle demande soutien et affection. « Ne cachez pas vos enfants. Ils n’ont pas choisi leur situation. Protégeons-les, donnons leur de l’affection et aidons-les à exercer leurs droits », exhorte t-elle.
En dehors de son engagement associatif, Agnès Consaigniga est chantre. Elle consacre aussi du temps à la lecture et à la natation.
Annick HIEN/MoussoNews



