Du vin au mouibongo : Rose Zida, quand la passion surplombe le confort

Le « Mouibongo » à la Rose Zida est l’un des plats à succès que propose le restaurant mobile « Faso en Cœur » dans le quartier Zone 1 de Ouagadougou. Du mardi au dimanche, il attire un grand nombre de personnes venant de plusieurs quartiers de la ville, surtout à la tombée de la nuit de 21h à 05h.

Un menu légendaire et diversifié

Sa particularité est d’être accompagné par une diversité de viandes et de poissons ainsi que des légumes en fonction de leur saison. Autrefois, ce plat était composé du riz blanc accompagné d’une sauce de pâte d’arachide légère et de l’aubergine comme ingrédient principal après la pâte. Cependant, pour agrémenter son menu principal qu’est le « mouibongo », Rose Zida propose des tripes, de la viande et du poisson frit comme la carpe ou le chinchard. On y trouve aussi du poulet sauté, du ragoût de haricot et de pommes de terre, ou encore de la tête et des pattes de bœuf.

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Elle propose également du tô avec deux sauces par jour qui changent en fonction des jours de la semaine. Dans son restaurant, elle prépare aussi des jus naturels pour les rafraîchissements comme le zoom-koom ou le bissap. Tout est mis à la disposition des clients pour qu’ils n’aient pas besoin d’aller voir ailleurs.

Une organisation d’équipe rodée

Dans les fourneaux de 07h à 17h, Rose Zida et son équipe s’attèlent à la préparation du légendaire plat convoité par plusieurs burkinabè qu’est le « mouibongo ». Pour répondre aux besoins de sa clientèle, l’équipe de Rose est subdivisée en trois groupes qui travaillent tous les jours de la semaine sauf le lundi. La première équipe de vente s’installe à 12h sur les lieux avec le premier tricycle jusqu’à 17h. La deuxième équipe prend le relais jusqu’à 23h, heure à laquelle elle est remplacée par la dernière qui met fin à la vente du jour à 05h du matin.

Ces horaires peuvent subir des modifications pendant la saison pluvieuse, mais l’objectif reste de vendre le « mouibongo » avec passion.

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L’équipe de 17h en train de s’installer

Ce rituel est salué par les clients, à l’instar de Rémy Ouédraogo qui affirme aimer se restaurer chez Faso en Cœur. « J’aime me restaurer chez Faso en Cœur pour trois raisons principales. Premièrement, l’endroit est toujours propre, deuxièmement peu importe l’heure à laquelle tu viens ici la nourriture est toujours chaude. Et la troisième pas besoin de trop parler, la foule parle d’elle-même, la nourriture est toujours bien faite », a-il-affirmé.

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Des clients en train de se restaurer tout en « papotant »

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Les défis du terrain

Comme tout travail, Rose Zida rencontre des difficultés. Lorsqu’elle les évoque, son ton devient plus grave car les premiers obstacles viennent souvent du côté des employés. « Il arrive qu’ils abandonnent rapidement leur poste. Certains ne savent pas vraiment ce qu’ils veulent, d’autres manquent d’honnêteté », regrette-t-elle. Avec la clientèle aussi, les défis sont quotidiens et elle affirme que si l’on n’a pas un mental fort, on peut vite abandonner.

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Rose Zida, « Arrêté le travail, jamais. Malgré les difficultés, Tant qu’on vit,  on n’arrête pas « .

Travaillant de nuit, elle fait face à des comportements déplacés. « Il y a des clients qui manquent de respect, qui insultent les filles, menacent de renverser le riz. Certains tentent de payer avec de faux billets, d’autres prétendent avoir déjà payé alors que ce n’est pas le cas« , témoigne-t-elle.

Elle évoque également les plaintes récurrentes sur les portions, dans un contexte économique difficile. « On nous reproche que le riz est en petite quantité, mais on oublie qu’aujourd’hui tout coûte cher : le bois, le gaz, le charbon, le riz… Malgré tous mes efforts pour satisfaire les clients, ce n’est pas simple. »

Heureusement, précise-t-elle, tous ne se comportent pas ainsi. « Il y a aussi des clients respectueux, bien éduqués. Ils viennent, achètent et repartent sans problème. »

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Une réussite sociale assumée

La restauratrice se dit satisfaite de son commerce. Une satisfaction qui résulte de deux raisons principales. Assise en face de son tricycle, elle observe l’attroupement avec émotion. « Aujourd’hui, quand je vois tout ce monde, je me dis que c’est mon activité. Les gens me connaissent désormais. Ils savent que s’ils veulent bien manger, ils peuvent venir chez moi », a-t-elle déclaré, visiblement émue. Elle avoue avoir du mal à mettre des mots sur ce qu’elle ressent.

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21h 30, l’attente est toujours au rendez-vous

Au-delà de la reconnaissance de sa clientèle, c’est aussi l’impact social de son initiative qui la rend fière. Partie de presque rien, elle emploie aujourd’hui 13 personnes. « Quand on réalise qu’on a créé quelque chose qui permet à d’autres de s’en sortir, que plusieurs familles comptent sur vous, c’est une satisfaction indescriptible », affirme-t-elle. Une réussite qui, pour elle, dépasse largement le simple cadre entrepreneurial.

Ses employés, comme Nassiratou Sawadogo, partagent ce sentiment. Pour cette dernière, ce travail représente une réelle autonomie financière. Elle explique qu’elle ne sent aucune différence même si elles ne sont pas chez elles et que la patronne prend soin d’elles comme de ses propres filles.

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Nassiratou Sawadogo, conductrice de tricycle, caissière et aide-serveuse

Briser les complexes pour avancer

Revenant sur son parcours, Rose Zida se souvient des critiques à son encontre lorsqu’elle a quitté un cadre jugé plus « haut de gamme ». « Certains se moquaient de moi, disaient que je me retrouvais dans un trou. On m’a même traitée de folle », confie-t-elle, tout en assumant son choix.  

Soucieuse de répondre aux besoins de sa clientèle, elle envisage d’ouvrir un autre endroit pour les clients qui n’aiment pas s’asseoir au bord de la voie. Aux jeunes filles et femmes qui hésitent encore à entreprendre, elle les exhorte à arrêter d’être complexées par le regard des autres. « Il faut accepter de commencer bas pour avancer, tout en se détournant du regard d’autrui », a-t-elle recommandé.

Aristophane ZEBANGO/Stagiaire à MoussoNews

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