Ouagadougou : La tontine, un soutien essentiel pour les femmes

L’épargne a toujours été l’une des préoccupations majeures des Hommes. Jeanne Ouédraogo, Zoenabo Bagian (nom d’emprunt), Berthe Kambiré, Bintou Ouédraogo, Gisèle Lankouandé (nom d’emprunt), ont décidé de porter leur choix sur la tontine comme modèle d’épargne. Payer la scolarité des enfants, subvenir aux besoins alimentaires de la famille, développer une activité génératrice de revenus ou se lancer dans le commerce figurent parmi les principales raisons qui ont conduit ces femmes à adhérer à la tontine.
Parmi les modèles d’épargne existants, la tontine est l’un des plus prisés par les deux genres, surtout par le sexe féminin. Elle est un système d’épargne solidaire où plusieurs personnes cotisent régulièrement une somme d’argent, remise à tour de rôle à chaque membre du groupe.
Face aux besoins socio-économiques de la vie, certaines femmes ont décidé de faire de la tontine leur bouclier. C’est le cas de Jeanne Ouédraogo, Zoenabo Bagian (nom d’emprunt), Berthe Kambiré, Bintou Ouédraogo et Gisèle Lankouandé (nom d’emprunt).
Jeanne Ouédraogo, « maman tontine » par nécessité
Évoluant dans la tontine depuis 5 ans, Jeanne Ouédraogo, « maman tontine » et mère de quatre enfants, participe également à la tontine. Chez elle, il y a trois groupes de tontine. Le groupe du jeudi (1 250 chaque jeudi, 10 participants), le groupe des 10 jours (2 500, 10 participants) et le groupe du mois, subdivisé en trois sous-groupes (10 000 et 15 000, 10 participants ; 20 000, 8 participants). Cependant, le nombre de personnes par groupe peut varier.
« Maman tontine », Jeanne Ouédraogo participe également à sa tontine à travers les bénéfices qu’elle récolte. Elle prend part aux trois, mais pour la fin du mois, elle est dans les groupes de 10 000 et 15 000. Une activité qu’elle a décidé de faire par manque de travail. « J’étais assise et je n’avais rien à faire, raison pour laquelle je me suis lancée dans la tontine en regroupant les gens », a-t-elle dit.
Tout en priant Dieu pour que les choses évoluent, Jeanne Ouédraogo affirme que cette activité lui permet de venir en aide à son mari dans l’entretien du foyer et de se lancer dans le commerce. « Depuis que j’ai commencé la tontine, beaucoup de choses ont changé dans ma vie et je suis très contente. Quand les enfants vont à l’école, c’est moi qui leur donne de l’argent, j’achète des habits pour eux, des chaussures… J’arrive également à satisfaire mes propres besoins. Grâce à la tontine, j’ai pu me lancer dans la vente de pain soza et de soupe de carpe », a-t-elle indiqué.
Des difficultés en tant que « maman tontine », Jeanne Ouédraogo n’en rencontre pas tellement. « Je ne rencontre pas réellement de difficultés. Il n’y a pas une personne qui a déjà pris et qui a refusé de payer, pourtant ils dépassent 50. Je remercie le Seigneur. Là où le problème se situe, c’est lorsque les patrons ne leur donnent pas le salaire », a-t-elle soutenu.
Bintou Ouédraogo et Gisèle Lankouandé : la tontine pour faire face aux charges familiales
Payer la scolarité des enfants, subvenir aux besoins alimentaires de la famille et à leurs propres besoins sont les raisons majeures qui ont poussé Gisèle Lankouandé et Bintou Ouédraogo à intégrer un groupe de tontine. Contrairement à Bintou Ouédraogo, qui a une expérience de 4 ans dans la tontine, Gisèle Lankouandé fait la tontine depuis 15 ans.
Lire aussi: https://www.moussonews.com/7630-2/
Veuve et mère de 3 enfants, Bintou Bénédicte Ouédraogo trouve dans la tontine une véritable source d’appui pour la gestion de son foyer, surtout pour la scolarisation de ses deux derniers enfants. « Si je dis que la tontine ne m’a pas aidée et ne m’aide pas, j’ai menti. Avant, pour la scolarisation de mes enfants, j’avais une personne qui m’aidait, mais par la suite elle a voyagé. Après son départ, je souffrais beaucoup parce qu’on faisait sortir les enfants pour non-paiement de la scolarité. Je pouvais payer la moitié, puis on les expulsait et le cycle se reproduisait. Maintenant, avec la tontine, je gère la scolarité de la première et ensuite celle de la dernière. Vraiment, la tontine a beaucoup changé ma vie », a-t-elle affirmé.
Alliant plusieurs travaux à la fois (nettoyage quotidien de 3 entreprises ainsi que la gestion d’une fontaine), Bintou Ouédraogo fait la tontine avec Jeanne Ouédraogo dans le groupe de la semaine ainsi que dans celui du mois.

Zoenabo Bagian : faire évoluer son commerce
Zoenabo Bagian, commerçante d’habits, est également l’une des clientes de Jeanne Ouédraogo. Elle fait la tontine depuis 5 ans chez 2 « maman tontine ». Chez Jeanne Ouédraogo, elle participe à la tontine où la prise se fait chaque semaine.
Faire évoluer son commerce et aider son mari dans l’entretien des enfants, sont les motivations de Zoenabo Bagian dans l’intégration de la tontine.
Pour cette commerçante, la tontine permet de surprendre certaines personnes. « Avant la tontine, je me débrouillais uniquement avec mon commerce, sauf que je ne pouvais pas bien amasser de l’argent comme je le fais avec la tontine. En toute franchise, ça soulage. Si ton tour arrive et que tu prends ton argent, tu peux régler un problème que certaines personnes te croyaient incapable de résoudre », a-t-elle indiqué.
Berthe Kambiré : réunir une grosse somme en une fois
Toutes adeptes de la tontine, mais avec des objectifs différents. Prendre une importante somme d’argent en un coup est la raison pour laquelle Berthe Kambiré a décidé de faire de la tontine. Depuis 3 ans, elle fait une tontine de 10 000 par mois et 2 000 par semaine avec 10 participants dans les deux cas.
Une décision qu’elle ne regrette pas, car grâce à la tontine, elle est aujourd’hui commerçante. « La tontine a changé quelque chose dans ma vie, car grâce à ça, je suis maintenant commerçante. Personnellement, quand j’ai reçu la mienne, j’ai complété pour m’acquérir un congélateur pour mon commerce. Désormais, je vends des jus naturels et de la glace », a-t-elle affirmé.

Les difficultés liées à la tontine
Contrairement aux trois autres femmes, Gisèle Lankouandé et Zoenabo Bagian ont rencontré de mauvaises expériences liées à la tontine, ce qui les a obligés à se retirer de certaines équipes. Il s’agit entre autres du retard de paiement de certains membres, du refus catégorique de paiement de certaines personnes qui ont déjà reçu leur part et du manque d’honnêteté de certaines « mamans tontine ».
De ce fait, Zoenabo a adopté une technique pour ne plus revivre les mêmes situations. « En fait, tout dépend de qui tu croises. Si tu tombes sur une bonne personne, tu le fais et il n’y a rien, mais si tu tombes sur une personne bizarre, tu vas payer mais, à ton tour, tu n’auras rien. Donc, quand je fais la tontine, je prends en première ou deuxième position. C’est lorsque tu laisses vers la fin que les problèmes peuvent survenir. », a-t-elle affirmé.
La tontine, est-elle efficace par rapport à banque ou à la caisse populaire ?
À cette question, les 5 femmes répondent par l’affirmative, en accord avec les propos de Gisèle Lankouandé, tout en jugeant leurs revenus infimes pour opter pour d’autres modèles d’épargne. « Si tu trouves une maman tontine fidèle, je trouve que la tontine est mieux par rapport à la banque ou à la caisse », a-t-elle affirmé.
Berthe Kambiré renchérit sur le processus bancaire qu’elle trouve trop protocolaire. « Avec la tontine, on a accès à notre argent quand on veut en fonction du rang établi au début, sans beaucoup de protocole. Par contre, en banque, il faut d’abord se déplacer et ensuite faire la queue avant d’avoir accès à son argent », soutient-elle.
Toutefois, Zoenabo Bagian recommande les autres modèles d’épargne. « Même si la tontine est rentable, en vérité je trouve que, si tu peux aller déposer dans une banque ou à la caisse, c’est nettement mieux. Parce que dans la tontine, les gens honnêtes ne sont pas nombreux », a-t-elle affirmé.

La tontine est-elle une solution durable pour la femme ?
Des motivations d’intégration différentes, mais toutes s’accordent sur un même point : « la tontine est une solution durable pour les femmes », clament-elles. « On ne va pas se mentir, la tontine est bénéfique. Certaines femmes ont fait la tontine avec nous et ont pu acheter des motos. Mais elles travaillaient depuis des années sans pouvoir s’en procurer », soutient Bintou Ouédraogo.
Malgré les difficultés liées à la tontine, toutes les femmes interviewées s’inscrivent dans la même vision que Bintou, qui affirme que la tontine reste une aide majeure. « Le temps d’économiser pour aller à la caisse, des imprévus peuvent survenir et tu vas prendre pour gérer. Et puis à la caisse, comme à la banque, et même dans les comptes des opérateurs de téléphonie mobile, tu peux te lever et aller retirer. Mais si tu remets à la maman tontine, tu sais pertinemment que, si ce n’est pas ton tour, tu ne peux pas prendre. Et quand tu prendras ton argent, ce sera une grosse somme et ça réglera tes problèmes », a-t-elle affirmé.
Aristophane ZEBANGO/Stagiaire à MoussoNews



