#InstantDiasporaBurkinabè : Issaka, enseignant devenu technicien de centrales d’enrobé à Milan depuis 25 ans

Enseignant du primaire reconverti en technicien des centrales d’enrobé, Bambara Issaka a quitté le Burkina Faso en 1999 pour l’Italie. 20 ans plus tard, cet homme de Garango maîtrise les machines qui bitument les autoroutes et les aéroports de Milan, préside l’association des Burkinabé de la ville et rêve de ramener son expertise au pays pour construire les routes du Burkina souverain.

Presentez vous à nos lecteurs et racontez nous votre parcours du Burkina jusqu’en Italie

Je suis Bambara Issaka né à Garango, province du Boulgou. J’ai fait mon école primaire à Garango et le second cycle à cheval entre le Lycée Rialé de Tenkodogo et le C.E.G de Garango aujourd’hui Lycée Départemental de Garango.

Après avoir exercé le métier d’enseignant du primaire de 1990 à 1998 dans les départements de Gogo, GON-BOUSSOUGON et Manga dans la Province du ZOUNDWÉOGO, j’ai émigré en Italie en 1999 pour des raisons personnelles. Je précise que je suis rentré en Italie régulièrement avec un VISA requis pour le voyage. Mon trajet était PARIS-Amsterdam et Naples en Italie pour un court séjour puis fin 99 définitivement installé à Milan.

Depuis combien de temps exercez vous en Italie et comment s’est passée votre intégration professionnelle dans le secteur du BTP?

Arrivé à Milan en 2000 en provenance de Naples, j’ai été accueilli dans un centre pour immigrés géré par l’Église catholique.

Pendant un an, des personnes de différentes nationalités y ont suivi une formation professionnelle accompagnée de l’apprentissage de la langue italienne. Nous avons été initiés à l’utilisation de plusieurs outils et machines utilisés dans l’industrie, ainsi qu’au rythme de travail en vigueur, généralement entre 8 et 9 heures par jour avec une pause à midi. Certains secteurs fonctionnaient également en rotation (matin, après-midi et nuit).

La formation comprenait aussi des stages pratiques dans des usines. En 2001, après avoir quitté le centre d’accueil, j’ai trouvé un logement et un emploi grâce à une agence de travail très active à l’époque. Cette agence m’a recruté pour travailler pour la province de Milan dans l’entretien de certaines routes sous sa gestion. Mon travail consistait notamment à entretenir les panneaux de circulation, couper l’herbe, contrôler l’état des routes et réparer les nids-de-poule avec de l’enrobé. Pour cela, je me rendais sur le site de production avec une camionnette.

La centrale de production d’enrobé : installation où l’on prépare l’enrobé (chaud ou frais).

L’enrobé ou l’asphalte : appelé en français courant goudron.

Enseignant du primaire reconverti en technicien des centrales d’enrobé, Bambara Issaka a quitté le Burkina Faso en 1999 pour l’Italie.

En quoi consiste concrètement votre métier de technicien en construction de bitume au quotidien ?

Après deux ans de travail dans l’entretien des routes pour la Province de Milan (2001-2003), j’ai déposé une demande d’emploi au site où se trouvait la centrale de production d’enrobés. J’y ai été recruté comme ouvrier générique, sans spécialité.

Mes tâches consistaient à nettoyer les lieux, laver les engins lourds et entretenir la centrale après la production. Après un contrat d’essai de six mois, l’entreprise m’a proposé un contrat de travail à durée indéterminée. Par la suite, j’ai commencé à apprendre le fonctionnement de la centrale et à me familiariser avec ses mécanismes. On m’a aussi formé à l’utilisation de la pelle chargeuse, appelée couramment bulldozer, utilisée pour alimenter la centrale en granulats.

Le fonctionnement de la centrale est complexe : le sable et les granulats passent d’abord dans un cylindre (fourneau) où ils sont chauffés entre 170 et 180°C. Ils sont ensuite acheminés vers le haut de la centrale pour être pesés puis mélangés avec du bitume liquide et un liant appelé filler (calcaire broyé). Après malaxage, le mélange donne l’enrobé ou asphalte (goudron).

Progressivement, j’ai appris à piloter la centrale depuis la cabine de commande. Vers 2005-2006, j’étais devenu autonome et l’entreprise m’a confié la gestion d’une centrale. La société possédait trois centrales à Milan, produisant de l’enrobé destiné notamment aux autoroutes, pistes d’aéroports, périphériques et autres chantiers

Quelles compétences techniques et qualités requises pour évoluer dans ce domaine?

La Centrale de Production d’enrobé est un dispositif, un complexe mécanique monté et dont le fonctionnement est opéré sur une reprise virtuelle représentée en graphique. Ce faisant, son apprentissage nécessite un sens élevé d’observation, un sens d’analyse, une attention accrue, une connaissance des calculs mathématiques, une connaissance de l’outil informatique.

Pour ses travaux de maintenance indispensables chaque année, il faut s’y connaître en électricité, savoir tailler le fer avec le CHALUMAU (flamme composée d’hydrogène + l’oxygène), savoir souder le fer, avoir une notion en mécanique générale, comprendre le principe de fonctionnement des capteurs, avoir un sens de réactivité très élevée car en cas de dysfonctionnement durant la production, le risque d’endommager sérieusement le dispositif est très élevé.

Quels ont été les principaux défis rencontrés en tant que Burkinabè travaillant dans le secteur de la construction en Italie?

Les grands travaux de bitumage (autoroutes, pistes des aéroports, périphériques) se déroulant exclusivement la nuit ici à Milan, j’ai dû batailler pour gagner confiance en moi et surtout celle de mes patrons.

Chacun de ces chantiers utilise un enrobé spécifique, produit selon sa recette particulière (dans le jargon de l’asphalte, on parle de recette pour désigner les différentes formules d’enrobé). Il faut noter qu’il existe plusieurs recettes d’enrobé ; chaque chantier à bitumer en requiert une. Au début, beaucoup d’Italiens, en voyant que le technicien de la centrale était noir, restaient toujours ébahis.

Selon vous, quelles différences observez vous entre les méthodes de travail en Europe et celles pratiquées au Burkina?

L’Italie étant un pays industrialisé, le secteur privé est très développé et absorbe plus d’employés à la différence du Burkina où l’administration publique reste primordiale. La plupart des compatriotes ici en Italie travaillent dans le secteur privé. Le rythme de travail est de 8 heures par jour, 40 heures par semaine.

Certains domaines d’activités concèdent des heures supplémentaires payées comme telles. Dans ma situation, je travaille beaucoup les nuits. La rigueur est stricte ici au travail et pas de retard. La rémunération est relative au rôle mais respectant toujours les normes syndicales. Généralement, le temps de pause consenti au travail ici est d’une heure (de 12h à 13h). Cette pause est de 30mn pour le travail nocturne.

Gardez vous un lien avec votre pays d’origine et envisagez vous de mettre votre expertise au service du Burkina Faso un jour?

Je suis résident permanent ici à Milan où j’ai acquis la naturalisation italienne. Mais cela n’empêche que chaque année, je revienne au Burkina. Comme perspective, je suis en phase de venir faire des propositions d’installation de Centrales d’enrobé aux autorités burkinabé. En amont, j’ai l’aval d’une entreprise italienne spécialisée dans la conception et le montage de ces centrales.

Pour moi, cette initiative cadre avec la vision du Président du Faso, chef de l’État, le Camarade Capitaine Ibrahim Traoré. Le principal destinataire de mes propositions reste l’Agence Faso Mêbo. Les Centrales seront les propriétés de l’état et moi je serai le technicien. À cet effet, je formerai sur place des jeunes à l’utilisation de ces Centrales. Pour ce faire, je serai à Ouaga en Avril en compagnie de l’ambassadeur du Burkina ici en Italie ensemble avec des investisseurs italiens et aussi de la diaspora.

Issaka Bambara est le président des Burkinabè à Milan.

En tant que président des Burkinabè de Milan, quelles sont vos principales missions au sein de la communauté ?

Je suis le président de l’association des Burkinabè de Milan, qui a pour mission de partager les informations venant du Burkina avec les compatriotes vivant à Milan. L’association organise des rencontres tous les deux mois afin d’échanger sur les conditions de vie en Italie et de réfléchir à des initiatives pour le bien-être de la communauté.

Dans le cadre de la vie nationale, nous avons contribué à l’effort de guerre à travers le fonds de soutien patriotique. L’association a également joué un rôle dans l’ouverture du consulat général du Burkina Faso à Milan en 2014. Depuis les années 2006, elle accompagne aussi les missions venues du Burkina, notamment celles des banques, sociétés immobilières, sociétés d’assurance et de la Sonatur. Le 28 juin 2025, l’association a organisé à Milan un grand meeting de soutien au président Ibrahim Traoré.

Par ailleurs, l’association des Burkinabè de Milan travaille à identifier et localiser les Burkinabè vivant dans la ville, tout en facilitant leurs relations avec le consulat général. Elle aide également les compatriotes dans la constitution de certains documents administratifs.

En collaboration avec la fédération des associations burkinabè en Italie (FABI), nous cherchons des solutions pour permettre aux travailleurs burkinabè retraités de percevoir leur pension au Burkina. Nous plaidons aussi pour l’ouverture d’un service consulaire au niveau de l’ambassade d’Italie à Ouagadougou, afin de faciliter l’obtention de certains actes, notamment les visas, qui obligent actuellement les demandeurs à se rendre à Abidjan en Côte d’Ivoire.

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Comment travaillez vous à renforcer la solidarité entre les membres de la diaspora tout en maintenant un lien fort avec le Burkina Faso?

La diaspora burkinabè d’Italie est très bien structurée. On distingue les associations de familles, qui regroupent les personnes originaires d’un même village ou d’une même ville ; les associations burkinabè, comme la nôtre, qui rassemblent tous les Burkinabè d’une ville donnée ; et la fédération des associations burkinabè d’Italie (FABI), qui regroupe l’ensemble des associations. La FABI joue un rôle primordial pour tisser et maintenir le lien entre la diaspora et le Burkina. Elle encourage également la diaspora à participer activement à la vie de la nation.

Quel message souhaitez vous adresser aux jeunes Burkinabè qui rêvent de travailler à l’étranger ,notamment dans les métiers techniques ?

Dans le contexte actuel du Burkina Faso, sous le leadership du camarade capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso et chef de l’État, l’immigration n’est plus l’idéal pour la jeunesse burkinabè. Le Burkina est engagé sur la voie du développement, tout en menant une lutte pour son autonomie et sa souveraineté.

Dans cette dynamique, la jeunesse doit être le fer de lance pour accompagner le capitaine président. Les jeunes auront un rôle majeur à jouer dans la promotion d’un développement endogène du Burkina Faso.

Pour notre part, nous qui avons acquis de l’expérience et de l’expertise sommes prêts à les accompagner dans ces défis, pour peu que nos autorités soient à l’écoute et comprennent notre contribution. En ce qui me concerne, ma disponibilité est totale pour soutenir toute la nation, notamment dans mon domaine de compétence : le bitumage des routes.

Interview réalisée en ligne par Annick HIEN/MoussoNews

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