Kaboré Simon : Un sentinelle de l’accès aux médicaments au Burkina

De la fonction publique à la société civile, Kaboré Simon a fait le choix de consacrer sa vie à la défense du droit à la santé. Aujourd’hui directeur exécutif régional du Réseau Accès aux Médicaments Essentiels (RAME), il s’impose comme une voix incontournable dans le plaidoyer pour des politiques sanitaires plus justes et adaptées aux réalités burkinabè.

Auxiliaire d’État en pharmacie de formation, Kaboré Simon a débuté sa carrière dans la fonction publique. Mais bien avant cela, il est déjà engagé dans les mouvements de défense des droits humains.

« Nous sommes des auxiliaires des pharmaciens, censés travailler dans la préparation des médicaments. Mais dans un pays où la production pharmaceutique est limitée, nous sommes surtout mobilisés dans la chaîne d’approvisionnement », explique-t-il.

Au fil du temps, son intérêt pour les questions d’accès aux soins se renforce. Il finit par créer le Réseau Accès aux Médicament Essentiels (RAME), avant de quitter définitivement la fonction publique pour s’y consacrer pleinement.


Le RAME c’est influencer plutôt que soigner

A entendre son fondateur, le Réseau Accès aux Médicaments Essentiels ne soigne pas, ne distribue pas de médicaments et ne fait pas de prévention au sens classique. Sa mission est d’influencer les politiques publiques. « Nous faisons de la veille, nous analysons les insuffisances et nous proposons des solutions », résume Kaboré Simon.

À travers son Observatoire citoyen sur l’accès aux services de santé (OCAS), le RAME a déployé un système de collecte d’informations dans les 13 régions du Burkina. En effet, des acteurs communautaires échangent avec les patients et les agents de santé, documentent les dysfonctionnements et remontent les données. Ces informations permettent de produire des rapports réguliers, mais aussi d’alerter immédiatement en cas de situations critiques, comme des ruptures de médicaments.

Simon Kaboré, le directeur exécutif de RAME.


Donner aux citoyens le pouvoir d’interpeller

Les actions du RAME sont spécifiquement le renforcement des capacités des populations. Selon Simon, l’objectif est de permettre aux citoyens de comprendre leurs droits et de dénoncer les anomalies. « Pour dénoncer, il faut savoir ce qui est normal. C’est pourquoi nous formons les citoyens sur leur droit à la santé et sur la veille citoyenne », souligne-t-il.

En effet, ces formations ne concernent pas seulement les populations, mais aussi les acteurs associatifs, les agents de santé et même les cadres de l’administration, avec un accent particulier sur l’empathie et le respect des patients.

Malgré les efforts, RAME rencontre des défis dont les plus majeurs sont la disponibilité des médicaments et leur accessibilité financière. L’assurance maladie universelle, encore en phase expérimentale, peine à couvrir l’ensemble de la population. Et sur le terrain, les ruptures de médicaments restent fréquentes. « Une politique peut être bien écrite, mais si elle n’est pas correctement mise en œuvre, elle ne sert à rien », déplore Kaboré Simon.

Le RAME intervient ainsi dans la conception des politiques, le suivi de leur mise en œuvre, l’analyse des budgets et l’évaluation de leur impact.

La gratuité des soins : Réelle mais limitée

La gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans est bien effective dans les structures publiques, mais elle connaît des limites.

Kaboré Simon évoque plusieurs causes dont des retards de remboursement des centres de santé, des ruptures de médicaments essentiels et parfois des pratiques frauduleuses. « Si les médicaments prévus dans le paquet gratuit ne sont pas disponibles, le patient est obligé de payer ailleurs », explique-t-il. En revanche, dans les structures privées, cette gratuité ne s’applique pas.

Femmes et enfants , des cibles majeures pour RAME

Les femmes et les enfants restent au cœur des préoccupations du RAME. Des difficultés persistent en depis des progrès réalisés surtout avec la gratuité des soins.

Kaboré Simon pointe notamment le manque de confidentialité dans les centres de santé, les violences verbales envers les femmes en maternité, des médicaments inadaptés aux enfants et le manque de spécialistes comme les pédiatres. « Une femme qui accouche ne devrait jamais être humiliée. Pourtant, cela arrive encore », déplore-t-il.

Pour le directeur, l’un des problèmes majeurs du système de santé réside également dans la conception des politiques, souvent dictées par des partenaires extérieurs. Aussi, selon lui, dans certaines communautés, la maladie est encore perçue comme liée à la sorcellerie. « Si vous ne prenez pas en compte ces perceptions, vos messages de prévention ne passent pas », explique-t-il.

Le RAME ne se contente pas d’observer , il interpelle. Simon rappelle comment son organisation a déjà analysé des engagements politiques, notamment en matière de santé maternelle et infantile, pour en mesurer la mise en œuvre réelle. « S’engager, c’est aussi mettre les moyens financiers. Sinon, ce sont des promesses vides », affirme-t-il.

Simon Kaboré est un défense des droits humains


Entre droits des femmes et débat sur le féminisme

En parallèle, Simon Kaboré est un défenseur des droits humains. Il soutient fermement la lutte contre les violences faites aux femmes. Mais il distingue cette lutte du féminisme qu’il considère comme une idéologie encore en quête de structuration.

Il préfère parler d’équité plutôt que d’égalité stricte, estimant que l’organisation sociale doit tenir compte des réalités tout en garantissant les droits fondamentaux.

Pour son engagement, Simon Kaboré a remporté plusieurs distinctions entre autres le grand Prix Panafricain des leaders (PADEL) en 2017 dans la catégorie Diamant.

Annick HIEN/MoussoNews

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