»Le féminisme n’a pas besoin de bourreaux. La masculinité n’a pas besoin de tyrans. L’humanité a besoin des deux »

Il y a plus de seize ans, j’ai fait un choix. Pas un choix de circonstance, pas un slogan pour soigner une image — un choix de vie. Celui de mettre ma voix, mon énergie et mes compétences au service de l’égalité des chances entre les femmes et les hommes. Ce choix m’a conduit à créer le Forum Africain des Femmes Leaders (FAFEL), à m’engager comme HeForShe, et à servir aujourd’hui en tant que Directeur de la Communication de la Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décisions » (CUEFPOD), aux côtés de Mme la Ministre Euphrasie Kouassi Yao. En seize ans de terrain, de plaidoyers et de rencontres à travers l’Afrique, j’ai vu ce que le combat pour la dignité des femmes produit de plus beau — et, parfois, de plus inquiétant. C’est ce double constat qui m’oblige aujourd’hui à prendre la parole avec franchise et bienveillance.

Cyrille Bado entouré de ses collaboratrices

À toutes les femmes et à tous les jeunes qui, hier, aujourd’hui et demain, se lèvent pour la dignité de l’humain : je vous rends hommage. Hommage à celles qui portent sur leurs épaules des siècles de silence et qui pourtant choisissent la parole plutôt que la vengeance, le courage plutôt que la résignation. Vous qui vous battez pour vos droits avec une audace que rien n’entame, mais aussi avec cette bienveillance qui empêche le combat de devenir ce qu’il dénonce — sachez que votre force est précisément là : dans votre refus de détruire au nom de la justice. Car une femme qui se bat pour ses droits est courageuse. Mais une femme qui le fait sans devenir ce qu’elle combat est révolutionnaire : elle est humaniste.

Avec la Ministre Euphrasie Kouassi Yao

Frères, sœurs — et si notre combat pour la justice était en train de fabriquer de nouvelles injustices ? Voilà le constat que seize années d’engagement m’obligent à poser avec franchise. J’ai vu des femmes magnifiques se lever avec dignité. Mais j’ai aussi vu la douleur non guérie transformer certaines quêtes légitimes en machines à broyer l’autre. Nos blessures sont réelles, mais elles ne doivent jamais devenir notre boussole. Celle qui diabolise l’autre sexe pour panser ses plaies ne se libère pas — elle change simplement de côté de la chaîne. Quant à vous mes frères, permettez-moi de vous le dire avec la même franchise : la masculinité positive n’est ni un slogan ni une concession. C’est le choix quotidien d’exercer son autorité sans écraser, de vivre ses droits sans piétiner ses devoirs. Car tout droit qui oublie le devoir qui l’accompagne finit par blesser celui-là même qu’il prétendait protéger.

Si je peux tenir ce discours aujourd’hui, c’est parce que ma quête pour l’égalité des chances m’a offert une grâce : celle de rencontrer une femme d’impact dont la vision a profondément façonné la mienne. En avril 2019, à Ouagadougou, lors de la troisième édition du FAFEL, Mme la Ministre Euphrasie Kouassi Yao recevait le Prix FAFEL Or pour son leadership inspirant et impactant, sa philosophie innovante de la paix et du développement durable. Ce jour-là, je ne le savais pas encore, mais je rencontrais celle qui allait, sept années durant, m’accompagner, m’élever et m’aider à mûrir. Seule femme titulaire d’une Chaire UNESCO en Côte d’Ivoire, experte mondiale en genre, paix et développement, Mme la Ministre n’a eu de cesse de le démontrer à travers ses programmes — la Formation en Ingénierie du Genre (FIG), CréaPaix, le Compendium des Compétences Féminines : l’égalité véritable ne se construit pas contre l’autre, mais avec l’autre. Son approche, fondée sur la non-violence active et l’éducation à la paix, nous enseigne que l’autonomisation des femmes n’est pas une revanche sur les hommes, mais une élévation de toute la société. C’est cette vision qui m’a forgé. C’est elle qui guide chacun de mes engagements.

Cyrille Bado

Femmes et hommes, l’égalité des chances que nous cherchons n’est pas une guerre à gagner — c’est un équilibre à bâtir. Nous sommes les deux faces d’une même médaille. Ni l’une ne peut briller sans l’autre, ni l’autre exister sans l’une. Avancer ensemble, se traiter avec respect, bienveillance et empathie — non par faiblesse, mais parce que la société tient debout sur ces deux piliers, ou ne tient pas du tout.

En ce 31 mars, je fais un vœu. Que chaque femme qui se bat trouve dans l’homme un allié. Que chaque homme qui s’élève trouve dans la femme une partenaire de dignité.

Que chaque mère éduque ses filles et ses fils sans discrimination — qu’elle apprenne à ses garçons le respect de leurs sœurs, afin qu’ils deviennent demain des hommes bons, justes et bienveillants, des hommes qui accompagnent leur compagne dans l’expression et la jouissance de ses droits, et non des hommes qui les confisquent.

Que chaque père éduque ses enfants dans la complémentarité — qu’il apprenne à son fils à devenir un époux et un chef de famille qui protège sans écraser, qui dirige sans dominer. Et qu’il donne à sa fille la place qu’elle mérite : non pas une place concédée, mais la place pleine et entière qui lui revient en tant que chair de sa chair, citoyenne à part entière, égale en dignité et en droits.

Que chaque État assume sa part de cette responsabilité — en légiférant pour protéger, pas seulement pour punir ; en éduquant pour transformer les mentalités, pas seulement pour remplir les salles de classe ; en créant les conditions réelles de l’égalité des chances, pas seulement en signant des conventions. Car un État qui proclame l’égalité sans la garantir dans ses lois, ses écoles, ses tribunaux et ses budgets ne fait que décorer l’injustice d’un cadre doré.

C’est ensemble — femmes et hommes, mères et pères, citoyens et États — et seulement ensemble, que nous mènerons cette lutte bienveillante pour l’équilibre de notre société. Car on ne libère personne avec les mêmes chaînes qu’on prétend briser.

Vive les droits des femmes et des filles ! Vive la complémentarité hommes-femmes ! Vive la paix dans l’équité et l’égalité des chances femmes-hommes, filles-garçons !

Et comme le dit si bien Mme la Ministre Euphrasie Kouassi Yao : « Le moment est favorable, et ce moment, c’est maintenant ! »

Toupia Jean Cyrille Bado #BrandPerformer | #HeForShe Promoteur du Forum Africain des Femmes Leaders (FAFEL) Directeur de la Communication — CUEFPOD

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