Faso Dog : Paulin Compaoré, l’entrepreneur qui mise sur les chiens de race pour renforcer la sécurité au Burkina

Au Burkina Faso, dans un contexte marqué par des défis sécuritaires croissants, certains jeunes entrepreneurs choisissent des voies atypiques pour apporter leur contribution. C’est le cas de Paulin Compaoré, promoteur de Faso Dog, une entreprise spécialisée dans l’adoption et la commercialisation de chiens de race.
L’histoire de Paulin Compaoré avec les chiens remonte à son plus jeune âge. Alors qu’il vivait en Côte d’Ivoire, un voisin possédait des bergers allemands. Fasciné par ces animaux, il commence à les côtoyer régulièrement. « Je l’aidais souvent à sortir ses chiens, à m’en occuper. C’est là que l’amour des chiens est né », confie-t-il.

Très tôt, une idée germe dans son esprit : posséder ses propres chiens, les reproduire et les proposer à des familles, notamment pour des besoins de sécurité.
La naissance de Faso Dog en 2019
C’est en 2019 que Paulin concrétise son projet en créant Faso Dog (chien du Faso) au Burkina Faso. Encore élève à l’époque en classe de 3e, il débute même l’activité avant l’obtention de son BEPC et se lance dans un secteur peu exploré localement. Convaincu du potentiel du domaine, il poursuit en parallèle ses études jusqu’au baccalauréat tout en développant son activité. « Je savais que c’était un domaine porteur. J’avais un objectif bien fixé : réussir dans ce secteur et devenir une référence en Afrique », explique-t-il.

Un réseau international pour s’approvisionner
Au départ, l’entrepreneur se procurait ses chiens sur un réseau familial, notamment son frère au Maroc, qui les importait au Burkina. Progressivement, Faso Dog construit son propre circuit d’approvisionnement à l’international, avec maintenant un réseau plus large et toujours fiable.
Aujourd’hui, les principaux pays fournisseurs sont l’Afrique du Sud, le Ghana, le Maroc, la Russie, le Liban.
Une fois les chiens reçus, un contrôle rigoureux est effectué. Il les fait passer des examens de santé, une vérification des documents et une mise à jour des carnets vétérinaires avant toute mise en adoption.
Des races variées selon les besoins
Il faut savoir que depuis la mise en place de Faso Dog, le jeune entrepreneur continuait à proposer à des familles plusieurs races de chiens, adaptées aux besoins.
Il y’a des bergers allemands, des bergers belge Malinois, d’un Berger caucasien, de canes corso, des Husky sibériens, de Caniches, de Boer bull, de Rottweiler et bien d’autres races.

Le choix de la race dépend du profil de la famille, que Paulin prend le soin d’étudier, et porte également un regard de la situation de cette famille : s’il y’a la présence d’enfants et si c’est pour des besoins de sécurité. « Nous analysons l’environnement du client avant de proposer un chien, pour garantir à la fois la sécurité et le bien-être de l’animal et aussi de la future famille adoptive », précise-t-il.

Une activité encadrée par des exigences sanitaires
Au Burkina, il n’existe pas officiellement de procédures administratives pour l’importation de chiens de race. Mais néanmoins, Faso Dog prend le soin, pour respecter les consignes de santé de ses caniches respecte les normes des pays d’origine. « Les chiens arrivent avec des documents complets et des vaccinations à jour. A leur arrivée au pays, ils sont systématiquement suivis par un vétérinaire avant leur remise aux clients », indique Paulin Compaoré.

Un accompagnement est également proposé : suivi vétérinaire initial de 48 heures et une recommandation d’un suivi hebdomadaire jusqu’à l’âge de 8 mois.

Des prix variables selon la qualité
Le coût des chiens varie selon plusieurs critères : race, provenance, pedigree et qualité génétique. A Faso Dog, les prix débutent autour de 350 000 FCFA et peuvent dépasser 1 million de FCFA pour les chiens de race pure avec pedigree. Mais Paulin le précise : « La sécurité n’a pas de prix ». En effet, selon lui, chaque race vaut son prix. De son avis, les tarifs ne valent pas le bien- être et la sécurité qu’ils procurent.

Un quotidien exigeant mais passionnant
Le métier demande rigueur et engagement. Chaque jour, Paulin s’occupe personnellement de ses chiens : Il s’assure régulièrement de la propreté des niches de chaque chien. Une alimentation adaptée composée principalement de carcasses de poulets, de croquettes, de pâtées…, qu’il s’en procure dans sa propre boutique pour aliments. Il assure également une promenade de ses chiens. Le suivi sanitaire qu’il le fait rigoureusement. Et enfin, un bain pour ses compagnons. En effet, il les lave 2 à 4 fois dans le mois, en fonction de leur apparence.
Une contribution réelle à la sécurité
Au-delà de l’aspect commercial, Faso Dog se positionne comme un acteur de la sécurité. Selon Paulin, les chiens de race présentent plusieurs avantages par rapport aux chiens locaux, qu’il ne sous estime pas aussi. Leur particularité est leur intelligence, leur capacité d’apprentissage rapide, leur puissance dissuasive…
Dans son propre quartier, ses chiens ont déjà permis d’alerter face à des intrusions. « Mes chiens sont comme une alarme. Dès qu’il y a un mouvement suspect, ils réagissent », explique-t-il. Quant à ses voisins, ces chiens sont devenus des gardiens protecteurs du quartier. Cela, Paulin, temoigne d’une bonne entente avec le voisinage.
Une demande en forte croissance
Avec l’insécurité, Paulin Compaoré indique que la demande pour les chiens de garde ne cesse d’augmenter. Selon ses estimations, Faso Dog peut vendre plus de 27 chiens par mois, avec des clients au Burkina Faso et dans la sous-région (Mali, Côte d’Ivoire, Niger).
L’entreprise a même fourni des chiens à la gendarmerie malienne, preuve de la confiance accordée à son expertise.
Entre sacrifices et détermination
Le parcours de Paulin a aussi été marqué par des sacrifices. À ses débuts, il n’hésitait pas à traverser des frontières, parfois dans des conditions difficiles, pour aller chercher des chiens. « Je faisais des allers-retours entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, parfois en passant par la brousse, malgré la fermeture des frontières pour chercher mes chiens », raconte-t-il. Même des critiques négatives et indignations, il en a fait face. Mais la persévérance a toujours été sa force. « Beaucoup m’ont critiqué dans ce que je fais. On me disait que vendre des chiens ne pouvait pas faire réussir. Aujourd’hui, j’ai pu leur prouver le contraire », dit-t-il d’un air confiant.
Une vision ambitieuse pour l’avenir
Paulin Compaoré ne compte pas s’arrêter là. Il ambitionne de faire de Faso Dog une référence à l’échelle africaine. Ses projets futurs déjà muris incluent notamment la création d’un centre moderne d’élevage et de dressage, le développement de la reproduction locale, la mise en place d’une société de gardiennage avec des maîtres-chiens.
Avec un rêve bien établie, son objectif reste le même : Contribuer à renforcer la sécurité des ménages et même des institutions en combinant chiens dressés et agents de surveillance.
Diane SAWADOGO/ MoussoNews



