À Ouagadougou, des détenus troquent la cellule contre les pavés pour réduire leur peine

Sur certains chantiers de Ouagadougou, des hommes en tenue orange posent des pavés sous haute surveillance. Ce sont des détenus engagés dans des travaux d’intérêt général. Un dispositif qui leur permet de réduire leur peine tout en apprenant à se reconstruire loin des murs de la prison.
Il est 11 heures, ce lundi 9 mars 2026. Le soleil est brûlant. Les prisonniers se préparent à une nouvelle journée de labeur. La tâche du jour consiste en la pose des pavés. Pour ces détenus, l’activité n’est pas seulement une corvée. C’est aussi et surtout une possibilité de raccourcir leur séjour en prison. Trois mois de travail d’intérêt général permettent de réduire d’un mois la peine d’emprisonnement.
Autour d’eux, des gardes pénitentiaires armés veillent. Les gestes sont observés, les déplacements suivis de près. L’encadrement est strict. Mais il ne s’agit pas, insiste-t-on, de travail forcé. Les détenus présents sur le site ne sont pas considérés comme dangereux pour la société. Ils n’ont pas commis d’infractions dépassant 5 millions de FCFA.
Le risque de fuite encadré par la loi
De loin, certains passants semblent se poser la même question. Et si ces ouvriers particuliers profitaient de l’occasion pour se faire la belle ? Aristide Ramdé, coordinateur du projet Renforcer le suivi citoyen des politiques publiques en matière de justice et de droits humains par les jeunes au Burkina Faso de CIFDHA dans le cadre du programme FASOVEIL, rappelle que la loi a prévu ce cas de figure.
« Au moment du jugement, avant d’appliquer la peine sur le travail d’intérêt général, il y a une peine de réserve. Et en cas de fuite ou de refus d’exécution du travail d’intérêt général, la peine de réserve est appliquée », explique-t-il.

Sur le chantier, ces détenus apparaissent presque comme des privilégiés. Tous les prisonniers ne peuvent pas bénéficier de cette mesure. Adultes, mineurs à partir de 13 ans, hommes ou femmes, tous peuvent en principe accéder au travail d’intérêt général, mais sous certaines conditions. L’accès dépend notamment des aptitudes physiques et du type de travaux à exécuter.
Aristide Ramdé précise qu’« il y a l’égalité des sexes et autres mais il y a des travaux qui peuvent être pénibles pour les femmes ou difficiles pour les hommes ». Il nuance toutefois. Certains détenus peuvent être affectés à des tâches de bureau lorsqu’ils ne sont pas en capacité de travailler sur des chantiers.
Un dispositif ancien, revu en 2024
Le recours aux travaux d’intérêt général n’est pas nouveau au Burkina Faso. La loi remonte à 2004. Elle avait été adoptée pour répondre à un double besoin : désengorger les prisons et alléger les charges de l’administration pénitentiaire. Le texte a ensuite été révisé en 2024 pour prendre en compte de nouvelles limites et mieux encadrer son application.
Dans l’esprit de ses promoteurs, le dispositif doit profiter à tout le monde. D’abord aux détenus, qui peuvent améliorer leurs conditions de détention, préparer leur réinsertion et acquérir une expérience utile. Ensuite à l’État, qui réduit certaines dépenses en mobilisant cette main-d’œuvre sur des tâches d’intérêt collectif.
Aristide Ramdé y voit même une forme d’apprentissage. « Un détenu peut aller en prison sans expérience professionnelle mais grâce au travail d’intérêt, il se retrouve affecté dans une entreprise ou auprès d’un service public où il apprendra une tâche. À la fin du délai, il aura appris quelque chose qui lui sera très utile plus tard », apprécie-t-il.
Derrière les pavés posés à la chaîne, il y a donc plus qu’une sanction aménagée. Il y a aussi l’idée qu’un passage en prison ne doit pas forcément couper toute possibilité de reconstruction. Pour certains détenus, cette formule représente une respiration dans un univers carcéral souvent marqué par la promiscuité et l’attente.
Mieux informer les détenus
Mais pour que le mécanisme fonctionne pleinement, encore faut-il que les principaux concernés en comprennent les avantages. Le CIFDHA estime qu’un effort reste à faire sur ce point. Aristide Ramdé plaide pour des séances de sensibilisation dans toutes les maisons pénitentiaires.
« Il faut qu’ils soient informés qu’il y a la possibilité de bénéficier du travail ; qu’on explique la procédure, les conditions et les avantages pour qu’ils fassent leur choix », recommande-t-il.
En fin de journée, les détenus quittent le chantier en groupe. Leurs vêtements sont couverts de poussière et ils regagnent la maison d’arrêt. Le lendemain ou les jours suivants, d’autres sites les attendront peut-être, pour d’autres tâches. Toujours dans le cadre de cette période légale d’exécution de trois mois.
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Cette mesure s’inscrit dans un contexte carcéral longtemps sous pression. Au moment de l’introduction du travail d’intérêt général, le taux d’occupation des prisons atteignait 163 %. En 2025, 500 détenus ont pu bénéficier d’une réduction de peine grâce à ce dispositif. Le 31 juillet 2025, lors d’une conférence de presse, Capitaine Ollo Palenfo, alors Secrétaire général de l’ancien ministère en charge des infrastructures, avait précisé que 22 communes du pays étaient concernées.



