Chine : Les femmes absentes des lieux où se décide le destin du pays

En Chine, les femmes travaillent, dirigent des entreprises, enseignent dans les universités et occupent des postes importants dans l’administration. Pourtant, lorsqu’il s’agit des plus hautes sphères du pouvoir, elles disparaissent presque totalement. Depuis 2022, aucune femme ne siège au Bureau politique du Parti communiste chinois, une première depuis plus de vingt ans. Une réalité qui contraste fortement avec les discours officiels sur l’égalité entre hommes et femmes et qui révèle les limites d’un système politique encore largement dominé par les hommes.
« Les femmes portent la moitié du ciel ». Cette phrase de Mao Zedong est devenue l’un des slogans les plus connus de la Chine moderne. Pendant longtemps, elle a symbolisé l’idée d’une société où les femmes devaient participer pleinement à la construction du pays, au même titre que les hommes.
Dans les rues de Pékin, Shanghai ou Canton, cette image semble parfois réelle. Les femmes chinoises sont présentes dans les universités, dans les entreprises, dans les hôpitaux ou encore dans les laboratoires de recherche. Certaines dirigent de grandes sociétés, d’autres occupent des fonctions administratives importantes.
Mais dès que l’on monte les marches du pouvoir politique suprême, leur présence devient presque invisible. Depuis le congrès du Parti communiste chinois de 2022, aucune femme ne figure parmi les 24 membres du Bureau politique du PCC, l’organe qui dirige les grandes orientations du pays. Plus frappant encore : le Comité permanent du Bureau politique, véritable cœur du pouvoir chinois composé de sept dirigeants, reste entièrement masculin.
Cette absence n’est pas anodine. Elle marque un recul historique. Même si les femmes n’ont jamais été nombreuses dans les instances dirigeantes chinoises, il existait au moins quelques figures féminines capables d’incarner une certaine ouverture. Aujourd’hui, même cette présence minimale semble disparaître.
Au Comité central du Parti, les chiffres parlent d’eux-mêmes : seulement 11 femmes sur 205 membres. Un pourcentage très faible pour un pays de plus d’un milliard d’habitants où les femmes représentent près de la moitié de la population.
Pendant plusieurs années, Sun Chunlan faisait figure d’exception. Femme de caractère, réputée rigoureuse, elle s’était imposée comme l’un des visages du pouvoir durant la crise du Covid-19. Chargée des politiques sanitaires, elle parcourait régulièrement les villes touchées par les flambées épidémiques pour superviser les mesures de contrôle. Son autorité lui avait valu le surnom de « Dame de fer ». Mais son départ à la retraite à 72 ans a laissé un vide que personne n’est venu combler. Aucune femme n’a été nommée pour prendre sa place au sein du Bureau politique.
Derrière cette situation se cache une réalité : la politique chinoise demeure un univers très masculin. Les postes les plus élevés se construisent souvent à travers des réseaux d’influence, des parcours internes longs et des rapports de force dans lesquels les femmes peinent encore à trouver leur place.
Plusieurs analystes estiment également que des stéréotypes persistants freinent leur ascension. Dans certains milieux politiques conservateurs, l’idée qu’un homme serait naturellement plus apte à gouverner continue d’exister, même de manière implicite. Pourtant, l’histoire chinoise a connu quelques femmes ayant réussi à franchir ces barrières.
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Dans les années 1980, Chen Muhua avait accédé à des responsabilités nationales importantes en devenant vice-Première ministre. Plus tard, à la tête de la Fédération nationale des femmes de Chine, elle dénonçait déjà le faible nombre de femmes au gouvernement et appelait à davantage de réformes.
Des décennies plus tard, ses inquiétudes résonnent encore. Car au-delà des chiffres, cette absence de femmes pose une question : peut-on réellement parler d’égalité lorsque les décisions les plus importantes d’un pays sont prises presque exclusivement par des hommes ?
Diane SAWADOGO/ MoussoNews



