Charges ménagères : Les femmes effectuent plus de 40 heures de travail domestique contre 45 minutes pour les hommes

Au Burkina Faso, les femmes et filles portent l’essentiel des tâches ménagères souvent au détriment de leur temps consacré à l’étude, au repos ou aux possibilités économiques. Avec ces travaux domestiques quotidiens, les inégalités de genre et les réalités sociales, le travail non rémunéré des femmes continue de peser lourdement dans les foyers, tout en restant largement ignoré dans l’économie nationale.

Ela est une lycéenne de 16 ans, élève en classe de seconde A. Chaque jour, elle jongle entre les tâches ménagères et ses études. Dès 6 heures du matin, elle est déjà debout.

Balai en main, foulard sur la tête, elle balaie la cour familiale. Pendant ce temps, elle met de l’eau au feu pour la famille. Après le balayage, elle fait la vaisselle, se lave puis prend le chemin du lycée. « Mais quand il fait extrêmement chaud, je ne chauffe pas d’eau le matin pour nos toilettes », précise-t-elle. Ela estime consacrer environ une heure chaque matin aux tâches ménagères.

À midi, elle est relativement moins sollicitée. « C’est maman qui fait souvent la cuisine à midi », explique-t-elle, précisant que les repas sont parfois préparés la veille.

Le soir, de retour à la maison vers 17h30, Ela reprend ses tâches : vaisselle, toilette, réchauffage des repas avant de se consacrer à ses études. Malgré ce rythme, elle affirme réussir à concilier ses activités scolaires et domestiques. « Je n’ai pas le choix. Nous n’avons pas de fille de ménage, donc je fais tout. Je ne peux pas laisser maman faire tous les travaux », souligne-t-elle.

La routine de Ela n’est pas un cas isolé. Selon Gustave Bambara, représentant du Consortium pour la Recherche en Économie Générationnelle, lors d’un atelier tenu en 2025 sur la valorisation du travail domestique des femmes et l’économie du soin au Burkina Faso, les femmes effectuent plus de 40 heures de travail domestique non rémunéré contre seulement 45 minutes pour les hommes.

Ces chiffres révèlent un important écart dans la répartition des tâches ménagères entre les femmes et les hommes. Ils montrent également que ce travail, bien qu’essentiel, n’est pas pris en compte dans la comptabilité nationale. Sa valorisation représenterait environ 41,5 % du PIB du Burkina Faso en 2022.

En 2014, la valeur estimée du travail domestique non rémunéré atteignait déjà près de 65 % du PIB officiel. En effet, ces 40 heures de travail domestiques impactent directement l’éducation des filles.  Ela, lycéenne en classe de seconde, en est la preuve vivante. Bien qu’elle affirme réussir à concilier études et tâches ménagères, elle arrive souvent fatiguée en classe après avoir passé une heure chaque matin à balayer, faire la vaisselle et préparer l’eau pour la famille. Cette fatigue affecte nécessairement sa concentration et ses performances académiques, bien qu’elle ne veuille pas le reconnaître ouvertement. 

Genre ou nécessité ?

Dans certains ménages, des garçons participent également aux tâches domestiques. Yannick, fils ainé d’une fratrie de 3 garçons et d’une fille, s’implique activement dans les travaux ménagers, surtout pendant son temps libre : vaisselle, lessive, garde de sa petite sœur, courses et parfois cuisine. « Quand maman est très fatiguée et que le riz est au menu, je prépare le riz et elle fait la sauce », explique-t-il.

Yannick dit participer aux tâches domestiques non pas parce qu’il est l’aîné uniquement, mais parce qu’il estime que cela ne relève pas exclusivement des filles. Il affirme qu’il continuerait à le faire même s’il n’était pas l’aîné.

Source: Infographie générée par IA

Sa mère, Bibata (nom d’emprunt), partage cet avis. Selon elle, les tâches ménagères sont influencées par le genre mais aussi par l’organisation familiale. « Même s’il n’était pas l’aîné et qu’il y avait une grande fille, je lui aurais demandé de faire certaines tâches. C’est pour son bien », affirme-t-elle. Yannick consacre environ une heure de son temps libre aux tâches domestiques, notamment la lessive, la vaisselle et le ménage.

Le travail domestique, seule activité de certaines filles non scolarisées

Si Ela et Yannick combinent études et tâches domestiques, Brigitte, elle, vit exclusivement du travail domestique. Âgée de 18 ans, elle est fille de ménage dans une famille à Ouagadougou depuis près de 3 ans, avec une rémunération mensuelle de 20 000 FCFA.

Elle travaille 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Privée de scolarisation en raison de la pauvreté, Brigitte n’a jamais fréquenté l’école. Originaire de Saponé, une commune rurale de Ouagadougou ,elle s’est orientée vers les petits métiers pour subvenir à ses besoins et aider sa famille. Son quotidien est très dynamique. De 6h à 8h, elle se lève, fait le ménage et prépare les enfants pour l’école. À 9h, elle fait les courses puis commence la cuisine. À midi, le repas est servi. Ce moment constitue sa seule pause.

Dès 13h, elle s’occupe de la toilette des enfants avant leur retour à l’école. À 16h, elle reprend ses tâches : nettoyage, vaisselle, réchauffage des repas et soins aux enfants. Vers 20h, elle rejoint la famille devant la télévision.

En effet, le cas de Brigitte est encore plus dramatique que celui de Ela. Son histoire illustre comment le travail domestique devient, pour les filles les plus pauvres, une prison qui les prive à jamais d’éducation et d’accès à un emploi décent. Sur le plan économique, ces tâches représentent 41,5 % du PIB du Burkina Faso en 2022, un travail qui crée de la richesse, mais dont les femmes ne bénéficient pas. 

Lire aussi :  https://www.moussonews.com/burkina-faso-29-des-femmes-de-15-49-ans-victimes-de-violences-conjugales/ 

Selon le rapport du GPKIX, trois obstacles majeurs barrent l’accès à l’éducation des filles. D’abord, 50 % des familles citent le coût élevé de la scolarité comme raison principale de ne pas envoyer leurs filles à l’école. Ensuite, 50 % évoquent l’insuffisance des moyens financiers,  une nuance importante  même si elles en auraient la volonté, elles manquent simplement d’argent. Enfin, 50 % mentionnent le désaccord des parents, reflétant les normes culturelles qui valorisent le travail domestique des filles plus que leur éducation.

À ces obstacles économiques et culturels s’ajoute un facteur humain;  25 % des élèves déclarent qu’un membre de la famille s’oppose activement à leur éducation. L’atelier de diagnostic participatif au Burkina Faso a également mis en lumière l’impact de la crise sécuritaire et de la fermeture des écoles sur l’accès et le maintien des filles à l’éducation. 

Le chiffre qui alarme est celui de l’’INSD. Les données de l’Institut national de la statistique et de la démographie révèlent une réalité choquante. 73,5 % des filles au Burkina Faso ne sont pas scolarisées. Parmi celles qui sont actives, 26,5 % effectuent des tâches domestiques. Derrière ces chiffres, les tâches domestiques apparaissent comme une conséquence directe de la non-scolarisation des filles. 

Ce déséquilibre massif montre que pour la majorité des filles, l’éducation reste un luxe inaccessible. Le travail domestique reste invisible mais coûte cher aux filles. Le reconnaître, le valoriser économiquement et le redistribuer équitablement au sein des familles. Cela pourrait être la clé pour libérer des millions de filles comme Ela qui s’épuise avant ses cours et pour Brigitte, qui vit de cette activité dont le revenu ne couvre pas tous ses besoins et ceux de ses parents au village. 

Annick HIEN/MoussoNews

Cette publication WanaData a été soutenue par Code for Africa et la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth, financé par le Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD).

Partagez

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *