« On parle souvent des violences faites aux femmes. Mais nous-mêmes, les femmes, nous nous violentons aussi », Nana Pauline

À Saaba, dans la province du Passoré, Nana Pauline est connue pour son engagement sans relâche auprès des femmes en difficulté et des enfants vulnérables. Présidente de l’Association de soutien aux enfants et femmes vulnérables, coordinatrice des associations féminines de la commune et vice-présidente de la commission Affaires économiques et finances de la délégation spéciale, elle a fait de l’action sociale le combat de sa vie.
Titulaire du Certificat d’études primaires (CEP), Nana Pauline reconnaît humblement ne pas être allée très loin dans le cursus scolaire classique. Pourtant, sa soif d’apprendre et son désir d’aider les autres l’ont poussée à se former dans le domaine de la santé entre 2003 et 2005. « J’avais la volonté de pouvoir m’occuper des enfants et des femmes », explique-t-elle.
Parallèlement, elle suit une formation en alphabétisation et devient animatrice en langue nationale mooré. Elle ira même jusqu’à enseigner à des adultes, contribuant ainsi à l’éducation et à l’autonomisation de nombreuses personnes dans sa communauté.
Cette expérience lui ouvre les portes du secteur social. De 2008 à 2013, elle dirige un orphelinat où elle découvre au quotidien les réalités difficiles vécues par les enfants abandonnés et les familles vulnérables.
Par la suite, elle s’investit davantage dans la vie associative et communautaire. Elle devient notamment présidente de la Commission électorale communale indépendante (CECI), coordonnatrice des associations féminines de Samba et membre de plusieurs instances locales de décision.

Une expérience personnelle à l’origine de son engagement
Nana Pauline consacre aujourd’hui son énergie aux autres, parce qu’elle estime avoir elle-même connu certaines formes de violence dans son parcours professionnel. Pour elle, les violences ne sont pas toujours physiques. Elles peuvent prendre la forme de blocages, d’exclusions ou encore de remises en cause des compétences des femmes. « J’ai été victime parce que j’étais une femme », affirme-t-elle. Ce qui l’a le plus marquée, c’est que certaines de ces violences provenaient d’autres femmes. « Au lieu de nous pousser vers le haut, il arrive que nous soyons nous-mêmes à la base des difficultés rencontrées par d’autres femmes », regrette-t-elle. Une réalité qu’elle observe encore aujourd’hui dans plusieurs milieux. « Les femmes se violentent aussi entre elles », indiquent-elle tout en évoquant qu’il existe des violences exercées par les femmes sur d’autres femmes.
Selon elle, la jalousie, les rivalités, les exclusions ou encore le refus d’accompagner celles qui réussissent constituent également des formes de violence. « On parle souvent des violences faites aux femmes. Mais nous-mêmes, les femmes, nous nous violentons aussi », soutient-elle. Pour elle, le développement du leadership féminin passe par davantage de solidarité, d’entraide et de bienveillance entre femmes. « Si une femme avance, nous devons l’accompagner plutôt que chercher à la freiner », insiste-t-elle.
Plus de 10 ans au service des femmes et des enfants
Depuis la création de son association en 2013, Nana Pauline a accompagné de nombreuses femmes confrontées à des situations de détresse. Grâce à des collaborations avec des femmes juristes et diverses structures spécialisées, plus d’une centaine de femmes ont pu bénéficier d’une orientation, d’un accompagnement ou d’une assistance dans leurs démarches.
« Lorsqu’une femme est victime de violence ou d’injustice, nous essayons de l’écouter, de la conseiller et de l’orienter vers les structures compétentes », explique-t-elle. Le centre accueille également des enfants en situation de vulnérabilité. Aujourd’hui, 119 enfants bénéficient de son accompagnement. Selon elle, ce chiffre pourrait être bien plus élevé si les ressources financières étaient suffisantes.

Le bébé de 1,1 kilogramme qui l’a bouleversée
Parmi toutes les histoires vécues par Pauline, une reste profondément gravée dans sa mémoire comme si c’était récent. En 2020, elle est alertée après la découverte d’un nouveau-né abandonné derrière les locaux de la mairie de Saaba. L’enfant, une petite fille pesant seulement 1,1 kilogramme, avait été abandonnée dans un sachet avec son placenta. « Quand je l’ai vue, je me suis demandé si elle allait survivre », se souvient-elle. Après avoir été conduite dans une structure sanitaire, la petite fille lui est finalement confiée pendant deux semaines. Contre toute attente, l’enfant survit.
Aujourd’hui encore, Nana Pauline considère cette histoire comme un miracle et espère un jour revoir celle qu’elle a contribué à sauver.
L’abandon des nouveau-nés, un phénomène préoccupant
Face aux nombreux cas d’abandon de nourrissons, Nana Pauline s’interroge. Elle estime que les transformations sociales, la perte de certains repères éducatifs et l’isolement de nombreuses jeunes filles contribuent à cette situation. « Nous recevons régulièrement des informations sur des enfants abandonnés. Certains sont sauvés, d’autres malheureusement arrivent trop tard », déplore-t-elle.
Son association accompagne également des jeunes filles confrontées à des grossesses non désirées afin de prévenir les abandons et d’encourager des solutions alternatives.
Le principal défi que rencontre son association reste le manque de ressources. Pendant longtemps, le fonctionnement du centre reposait essentiellement sur des activités génératrices de revenus mises en place par l’association, notamment la transformation et la vente de produits locaux. Aujourd’hui encore, les besoins sont immenses dont le lait pour nourrissons, les couches, les vivres, les médicaments ou équipements.
Cependant, Pauline reconnait que la solidarité commence à porter ses fruits. Des particuliers et des bienfaiteurs soutiennent progressivement le centre. Récemment, des dons de maïs, de lait et de couches ont permis de soulager plusieurs familles vulnérables. « Nous avons commencé avec très peu de moyens. Nous n’avons pas attendu d’avoir tout avant d’agir », souligne-t-elle.

Un plaidoyer pour un meilleur accompagnement des initiatives sociales
Pour Nana Pauline, de nombreuses personnes de bonne volonté souhaitent aider les plus vulnérables mais se retrouvent freinées par des difficultés administratives ou un manque d’accompagnement. Elle appelle les autorités à soutenir davantage les centres d’accueil et les associations engagées sur le terrain. « L’État ne peut pas tout faire seul, mais il peut accompagner ceux qui ont la volonté d’agir », estime-t-elle. Tout en saluant la collaboration avec les services de l’action sociale, elle souhaite voir émerger davantage de mécanismes d’appui aux initiatives communautaires.
Pour tout son engagement Pauline a été nommée Ambassadrice de la paix. Pour elle, la véritable récompense se trouve ailleurs. « Nous ne cherchons pas les honneurs. Quand une femme retrouve le sourire ou qu’un enfant est sauvé, c’est déjà une victoire », rappelle-t-elle.
Annick HIEN/MoussoNews
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