Roukiéta Tapsoba : Elle ne parlais pas anglais, elle guide aujourd’hui des visiteurs du monde entier au Mémorial Thomas Sankara

Arrivée au Mémorial Thomas Sankara comme simple bénévole en juillet 2025, Roukiéta Tapsoba n’imaginait pas devenir l’une des guides anglophones du site. Blessée un jour par une remarque sur son incapacité à s’exprimer en anglais, la jeune étudiante a transformé cette épreuve en moteur. Aujourd’hui, elle accueille des visiteurs venus des 4 coins du monde et nourrit l’ambition de devenir une guide professionnelle polyglotte.
Il est 8 heures lorsque les premiers visiteurs franchissent les portes du Mémorial Thomas Sankara à Ouagadougou. Parmi les guides qui les accueillent, une jeune femme sourire aux lèvres, gilet vert clair sur sa robe, regard assuré, lance à 2 hommes : « Bonjour. Bonne arrivée au Mémorial Thomas SANKARA. Vous pouvez prendre des photos sur la statue avant que l’on ne commence la visite du site ». Il s’agit de la guide bénévole Roukiéta Tapsoba, 27 ans.
Depuis juillet 2025, elle arpente quotidiennement les allées du mémorial, tout en racontant l’histoire du père de la Révolution Démocratique et Populaire de 1983 sous le leadership du Capitaine Noël Isidore Thomas Sankara ainsi que ses compagnons assassinés, à des visiteurs de tous horizons.
Pourtant, rien ne la prédestinait à cette aventure.
En 2025, avant de rejoindre le site, Roukiéta Tapsoba était une jeune étudiante en 2e année de Droit à l’Université Thomas Sankara, sans emploi mais disposant de temps libre en dehors de ses études. Lorsqu’un membre du Comité international du Mémorial Thomas Sankara lui parle du besoin de bénévoles, elle saisit l’occasion qui vient à point nommé, elle qui cherchait un boulot.
« Je n’avais pas vraiment d’occupation à part les études. En plus j’avais besoin de m’occuper de temps en temps. J’ai donc accepté de venir sans hésiter », confie-t-elle.
Ce qui devait être une simple activité bénévole se transforme rapidement en véritable engagement.
Au contact quotidien de l’histoire de Thomas Sankara, Roukiéta découvre bien plus qu’un personnage historique. Elle s’approprie progressivement la vision, les valeurs enseignées et l’idéologie du père de la Révolution burkinabè.
« Depuis que je suis ici, j’ai appris à ancrer en moi l’idéologie de Sankara. J’ai développé de l’amour pour le père de la Révolution et pour ses actions », explique t-elle.
Les 2 semaines de formation reçues à son arrivée lui paraissent cependant insuffisantes pour mesurer toute la portée de l’héritage sankariste. Alors, comme beaucoup de guides du mémorial, elle se tourne vers la documentation, les lectures et les recherches personnelles.
Jour après jour, visite après visite, elle approfondit sa connaissance de l’histoire du Burkina Faso et affine son aisance devant le public.
« Nous avons appris à nous adapter à tous les visiteurs : autorités, élèves, commerçants ou simples citoyens. Chaque personne demande une manière particulière de communiquer », indique t-elle.
Mais c’est une rencontre inattendue qui va bouleverser son parcours.
À ses débuts, Roukiéta guide les visiteurs en français et en mooré. L’anglais ne fait pas partie de ses compétences. Un jour, un visiteur étranger se présente au mémorial accompagné d’un compatriote africain. Le premier ne comprend ni le français ni le mooré.
Chargée de conduire la visite, la jeune femme avoue honnêtement ses limites. « J’ai expliqué que je ne parlais pas anglais et que je ne pouvais pas guider le visiteur », se rappelle t-elle.
La réaction de son interlocuteur la marque profondément.
Selon elle, celui-ci lui lance qu’elle a les capacités nécessaires mais qu’elle est simplement paresseuse. » Oui, il m’a dit sans filtre que j’étais intelligente mais que j’avais une paresse intellectuelle », se rappelle t-elle visiblement offusquée. Les mots sont durs. Ils la blessent, a-t-elle avoué. « Ca m’a vraiment fait mal », ajoute t-elle.
Pourtant, cette parole frustrante était un mal necessaire
Un guide mémorial, Salam Sawadogo, appelé affectueusement par ses coéquipiers « Rasta » a tout suivi. Après l’incident, il a été celui qui l’encourage à relever le défi plutôt qu’à le fuir. Il l’incite à essayer, à apprendre et à se lancer dans le guidage des visiteurs anglophones.
Roukiéta accepte.
Sans formation et avec pour seul bagage les souvenirs de ses cours d’anglais au collège, elle fait ses premiers pas.
« Au début, c’était très difficile. Je souffrais pour expliquer les différents sites. J’utilisais les mots les plus basiques qui me venaient à l’esprit et je faisais beaucoup de fautes. »
Face à elle, les visiteurs se montrent cependant patients et bienveillants.
Les Ghanéens, les Nigérians, les Américains ou encore les Britanniques parlent avec des accents différents qu’elle peine parfois à comprendre. Mais elle persévère.
« Souvent, ils me corrigeaient. Ils me disaient : « Nous avons compris ce que tu voulais dire, mais la prochaine fois utilise plutôt ce mot. » »
Chaque visite devient alors une salle de classe à ciel ouvert.
Les touristes se transforment en professeurs occasionnels. Les erreurs deviennent des leçons. Les hésitations laissent progressivement place à la confiance.
Aujourd’hui, dans son groupe de guides, elle est la seule femme à assurer régulièrement les visites en anglais.
Une fierté discrète pour cette étudiante qui reconnaît pourtant n’avoir jamais été particulièrement brillante dans cette matière à l’école.
Parmi les nombreuses personnalités qu’elle a accompagnées, une visite reste gravée dans sa mémoire : celle d’un ministre des Affaires étrangères venu découvrir le mémorial.
Ce jour-là, le stress est immense.
Elle veut être à la hauteur de l’événement, ne rien oublier, trouver les mots justes.
À la fin de la visite, l’autorité la félicite pour son travail et lui remet 300 dollars américains, soit environ 170 000 FCFA. Sur cette somme, 200 dollars sont destinés à l’initiative « Ma brique pour Sankara » et 100 dollars, soit près de 57 000 FCFA, lui sont offerts personnellement.
Un geste qu’elle reçoit avec émotion.
Au fil du temps, d’autres visiteurs étrangers lui témoigneront également leur reconnaissance à travers des encouragements, des conseils ou des présents.
Pour Roukieta, cependant, la plus grande récompense reste ailleurs.
Dans sa capacité à évoluer.
Dans la confiance acquise au contact du public.
Et dans ce rêve qui prend forme peu à peu.
Celui de devenir une guide professionnelle capable d’accueillir des visiteurs du monde entier.
Déjà engagée dans le perfectionnement de son anglais, la jeune femme envisage de se former à d’autres langues internationales comme l’espagnol, le chinois et l’allemand. Une ambition nourrie par la conviction que la culture et l’histoire du Burkina Faso méritent d’être racontées au plus grand nombre, sans barrières linguistiques.
Diane SAWADOGO/ MoussoNews
En savoir plus sur Mousso News
Subscribe to get the latest posts sent to your email.



