#InstantDiasporaBurkinabè : De la danse, Adjaratou Savadogo fait vivre la cuisine burkinabè en France depuis plus de 10 ans

Installée en France depuis 2013, Adjaratou Savadogo a connu plusieurs vies professionnelles : danseuse contemporaine , animatrice, entrepreneure dans le textile. Elle est la promotrice de ‘‘Adjasava », une structure qui propose des sauces, des marinades, diverses préparations faits maison. À Poitiers, elle revisite les recettes héritées de ses parents tout en continuant de livrer des cours de danse.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous raconter brièvement votre parcours, de votre enfance en Afrique de l’Ouest jusqu’à votre installation en France en 2013 ?
Je m’appelle Adjaratou Savadogo et j’ai grandi à Ouagadougou dans le quartier de Kilwin. Mes parents étaient cuisiniers et maraîchers. Ma première passion est la danse. Toute petite, je dansais pour l’association des femmes que dirigeait ma mère et pour d’autres occasions (compétitions, mariage…). A l’âge de 18 ans, j’ai intégré la troupe des majorettes de la Ville de Ouagadougou. Nous accompagnons le maire dans ses déplacements à travers le pays. Puis, j’ai découvert la danse contemporaine à la télévision nationale. J’ai ensuite suivi des cours auprès de Souleymane Badolo qui m’a permis d’intégrer la première promotion du Centre de Développement Chorégraphique La Thermithière dirigé par Seydou Boro et Salia Sanou pour trois ans de formation. Pendant 3 ans, j’ai suivi des stages avec de grands chorégraphes comme Irene Tassembedo, Serge Aimé Coulibaly, Merlin Nyakam. J’ai participé à plusieurs spectacles notamment dans le cadre des grands événements comme le SIAO, le Fespaco et les Récréatrales. Au Centre culturel français, j’ai joué dans la pièce de théâtre Mister Tembo de Christian RIZZO. Ensuite, la Cie ONO m’a fait voyager plusieurs fois en France pour la tournée du Spectacle Objectif Principal du Voyage. En 2013, je me suis établie en région parisienne, en France.
Vous êtes fille de cuisiniers et vous dites avoir appris la cuisine dès votre plus jeune âge auprès de vos parents. Quels souvenirs de cette période ont le plus influencé votre passion pour la cuisine ?
Ce sont les moments difficiles car mon père arrivait à transformer un riz blanc avec quelques épices en un plat très savoureux. A ce moment, j’ai compris que pour bien manger, ce n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup d’argent.
Ma mère avait son potager. Elle avait la main verte, je partais travailler avec elle. C’est ainsi que j’ai connu les bons légumes locaux. Sa spécialité était le poisson braisé dont tout le quartier raffolait.

Après votre arrivée en France, quelles ont été les principales difficultés auxquelles vous avez dû faire face et comment avez-vous réussi à trouver votre place dans ce nouvel environnement ?
A mon arrivée, c’était difficile d’intégrer le milieu de la danse surtout en région parisienne avec peu de réseau. J’ai cherché d’autres voies professionnelles et j’ai entamé une formation. Une difficulté importante était mon niveau scolaire, c’était difficile de suivre les cours. Je me suis accroché, je n’ai pas cessé de poser des questions même si les autres élèves se moquaient de moi. Finalement, j’ai réussi à obtenir mon Diplôme Universitaire de Création d’Activités à l’Université Paris 13 avec les félicitations du jury en 2016.
À quel moment avez-vous eu l’idée de créer Adjasava et de transformer votre passion pour la cuisine en activité professionnelle ?
En 2016, j’ai créé Adjasava Textile, accessoires et vêtement. J’ai tout appris sur Youtube. Je vendais sur les marchés, les foires. L’arrivée des produits en ligne venus de Chine a accentué la concurrence, ce n’était pas possible d’en vivre en ayant des prix attractifs. En 2018, j’ai déménagé à Poitiers et travaillé plus de 5 ans dans l’animation auprès des enfants et des femmes d’un quartier prioritaire. J’y ai mené des projets valorisants comme la Journée de la femme, des ateliers danse.
En 2024, j’ai choisi de reprendre mon activité d’autoentrepreneur Adjasava Bocaux Faits Maison pour valoriser mon savoir faire culinaire apprécié de mes amis et famille. A travers ce nouveau statut, j’ai développé les cours de danse auprès de plusieurs associations.
Adjasava propose des sauces, marinades, piments, aromates, caramels, tartinades et plats cuisinés. Comment choisissez-vous vos recettes et vos produits ?
Mes recettes s’inspirent de la cuisine de mes parents. Mon produit phare « le Mafé ou Mafé poulet » était le plat préféré de mon père qui se nommait Kassoum Savadogo. Je le prépare en sa mémoire comme il aimait le manger, bien épais (Mafé Kassoum). Concernant les épices, cela vient de ma mère qui mélangeait son assaisonnement pour le poisson braisé. C’est ainsi que j’ai créé la marinade AWA du prénom de ma mère puis les autres marinades et piments etc….

Votre cuisine se situe à la croisée des influences africaines et françaises. Comment ces deux cultures se retrouvent-elles concrètement dans vos recettes et dans votre manière de cuisiner ?
Dès l’enfance, mon père m’avait appris plusieurs recettes françaises notamment la cuisine à la cocotte minute ou le Petit salé que j’ai créé en bocaux. A mon arrivée en France, j’ai découvert la cuisine locale grâce à ma belle-mère. Là j’ai découvert aussi de nouveaux produits comme le poireaux (l’un de mes plats préférés est le flan aux poireaux). Manger en France, ça signifiait aussi « entrée, plat, dessert ». Cela m’a permis de développer une gamme de produits sucrés et salés. A cette image, mes barquettes à emporter sont composées de crudités et de préparations salées et sucrées (poulet, riz, alocos…).
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Créer une activité artisanale en France demande certainement beaucoup de rigueur, notamment en matière d’hygiène et de conservation. Qu’avez-vous dû apprendre ou surmonter pour faire grandir votre entreprise ?
Comme expliqué plus haut, j’ai obtenu le diplôme universitaire de création d’activités qui m’a donné les bases de la gestion d’entreprise. Quand je me suis spécialisé dans la cuisine, j’ai commencé par passer la certification HACCP pour veiller aux règles d’hygiène très surveillés en France. J’ai aussi bénéficié de l’aide et de petites formations de la Chambre des métiers.
Ensuite, j’ai découvert les marchés, il faut savoir parler de son produit, attirer les clients et investir dans du matériel. Je suis la seule à Poitiers à vendre des sauces africaines stérilisées. C’est ma passion et le fait d’être sur de la qualité de mes produits qui m’ont permis de franchir tous ces obstacles.
Vous êtes présente sur plusieurs marchés à Poitiers. Quel regard portez-vous sur l’accueil réservé à vos produits et à cette cuisine qui fait voyager entre l’Afrique et la France ?
A Poitiers, certains clients me disent que c’est cher mais ils trouvent que c’est très bon. D’autres disent que le prix est raisonnable car c’est fait maison. Je n’ai jamais eu aucun retour négatif. Les clients apprécient le respect de l’hygiène. Un problème que je rencontre est que les clients s’attendent à trouver uniquement de la cuisine africaine car je suis africaine alors que je propose des saveurs européennes. J’ai même proposé un poulet sauce coco thaïlandais en bocal.

Au-delà de l’aspect professionnel, qu’est-ce qu’Adjasava représente pour vous personnellement : un moyen de préserver vos racines, de transmettre votre culture, de créer du lien… ou un peu tout cela à la fois ?
Un peu de tout à la fois. AdjaSava signifie Adjaratou Savadogo. « Chez Adja ça va ! » Cette entreprise me représente vraiment personnellement. C’est mon histoire et ma culture que j’ai recréée dans la cuisine. C’est quelque chose qui est en moi dont je ne peux pas me séparer. C’est aussi ma force de savoir faire des choses manuellement et d’avoir l’énergie de porter mes projets.
Adjasava c’est aussi mon activité de danse car je continue de délivrer des cours. En 2026, j’ai lancé 2 soirées Dîner concert pour me faire connaître et valoriser d’autres entrepreneurs : artistes burkinabés, tailleur, photographe….
Quel lien gardez vous avec votre pays d’origine? Et si vous aviez un message à adresser aux jeunes de la diaspora africaine qui hésitent à entreprendre ou à valoriser leurs talents en France, que leur diriez-vous ?
Je suis burkinabè, c’est mon lien avec mon pays. De base, de naissance, en tout, je suis burkinabè. J’ai désormais des papiers français mais je suis avant tout burkinabè.
Pour les jeunes de la diaspora, mon message serait « Lancez vous ». Parlez aux bonnes personnes de vos projets pour obtenir de l’aide, par exemple la chambre des métiers. Profitez de toute occasion pour vous former. C’est dans ces moments que vous allez vous créer un réseau. Enfin, on ne finit jamais d’apprendre. Il faut toujours développer son projet.
Interview réalisé par Annick HIEN/MoussoNews
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