#InstantDiasporaBurkinabè : Safiatou Deme, de Bobo à la France, elle fait vivre la poterie traditionnelle burkinabè

Installée en France depuis plus de 13 ans, Safiatou Deme exerce dans la fonction publique comme agent polyvalente dans les lycées. Originaire de Bobo et issue d’une famille de forgerons, elle perpétue en parallèle la poterie traditionnelle. Entre son métier, ses engagements associatifs et ses créations artisanales, elle s’attache à préserver l’héritages reçu de sa mère et à faire découvrir la poterie burkinabè au-delà des frontières.

Des œuvres de Safiatou Deme.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler de votre parcours ?

Je suis Safiatou Deme originaire du Burkina Faso précisément de Bobo-Dioulasso, je réside en France depuis plus de 13 ans. Je descends d’une grande famille de forgerons, dont la poterie est un art transmis de génération à génération. C’est notre bel héritage familial. Ici en France, j’exerce dans la fonction publique la profession d’agent polyvalent dans les lycées. Je suis mère d’une adorable fille de 13 ans.

En quoi consiste exactement votre travail d’agent des lycéens?

Je suis agent polyvalent au service général.

Comment s’est déroulée votre installation en France ?

J’avais une appréhension à quitter le Burkina Faso, surtout toute ma famille. Mais j’ai été agréablement surprise de l’accueil qui m’a été réservé. Les gens m’ont accueillie à bras ouverts. Cet accueil chaleureux m’a permis de vite m’intégrer professionnellement en effectuant 2 formations qui m’ont permis aujourd’hui d’être fonctionnaire.

Quelles ont été les principales difficultés que vous avez rencontrées ?

Mes difficultés rencontrées sont plutôt d’ordre familial. Mais je suis quelqu’un qui se relève coûte que coûte quand elle tombe. Je suis désormais debout et forte et motivée à représenter dignement l’héritage reçu.

Concernant la poterie, ce qui a été compliqué c’est de trouver la bonne terre me permettant de réaliser mes œuvres en conservant la tradition comme je le souhaitais. Il m’a fallu essayer plus de 30 terres de la France avant de trouver la bonne. Inutile donc de vous dire à quel point je suis fière de mes réalisations.

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Safiatou Deme, agent polyvalent dans les lycées en France et potière.

Malgré votre activité professionnelle, vous continuez à pratiquer la poterie traditionnelle burkinabè. D’où vous vient cette passion ?

Comme je l’ai dit plus haut la poterie est un héritage familial. C’est l’identité même de notre famille, c’est plus qu’une passion.
L’amour de ma culture, la joie que je ressens quand je fais de la poterie et l’envie de faire connaître cet art, m’ont poussé à vouloir reproduire cela ici.

En plus de mon activité professionnelle, je suis bénévole à  » la maison de quartier » de mon lieu de résidence et aussi dans l’association « yêlè » à Poitiers. J’arrive à m’organiser et à faire de la poterie pendant mon temps libre. Ainsi j’arrive à participer sur invitation à des évènements comme les marchés, les journées culturelles…dans plusieurs villes.

Qui vous a transmis cet art ?

C’est ma mère Kadiatou Youba à bobo dioulasso à Warawarakan, une brave dame dont je suis très fière, à qui je rends hommage et remercie pour son exemplarité.

Est-ce un savoir-faire familial ou acquis au fil du temps ?

C’est un héritage familial pour moi . Je suis la fille de Lassina Deme et de Kadiatou Youba mais je suis surtout la petite fille de 2 grands hommes très connus qui ont marqué l’histoire de Bobo. Il s’agit de Fillakê Deme qui fut le président des Daffing et de Youba Biton. Je suis avec rigueur leurs pas et espère faire mieux.

Que représente la poterie traditionnelle dans la culture burkinabè selon vous ?

La poterie traditionnelle permet depuis longtemps de réaliser des oeuvres solides qui sont utilisées dans le quotidien. Pour moi, c’est une fierté de pouvoir utiliser dans notre quotidien, des pièces uniques qui valorisent notre culture.

Comment parvenez-vous à concilier votre métier dans la fonction publique et votre activité artisanale ?

Quand ont veut, on peut. Tout est une question de motivation et d’organisation.

Fabriquez-vous vos œuvres selon les techniques traditionnelles du Burkina Faso, ou avez-vous adapté certaines méthodes à votre environnement en France ?

À part la terre qui change, j’ai gardé la technique de poterie traditionnelle du Burkina à 100%. Je fais venir les écorces de Néré du Burkina Faso pour la couleur de mes œuvres.

Comment les Français et les autres communautés découvrent-ils votre travail ?

Très bien. La plupart des Français découvrent ma technique et ils aiment bien. Quant aux Burkinabè, ils sont étonnés à chaque fois de savoir que c’est fabriqué ici sur place. Ils pensent que c’est importé.

Quel accueil réservent-ils à vos créations ?

Mes créations sont accueillies avec amour. Les gens m’encouragent beaucoup. Les pièces sont solides. On peut manger dedans et même cuisiner avec.

Quelques réalisations de Safiatou deme.

Existe-t-il une œuvre ou une réalisation dont vous êtes particulièrement fière ?

Les canaris sont très connus pour leur eau rafraîchissante. J’ai réussi à y incorporer un petit robinet pour permettre un service plus simple. Je veux améliorer l’existant. Les gens ont aimé et ça génère beaucoup de commandes

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans la pratique de cet artisanat loin de votre pays ?

La seule difficulté était de trouver la bonne terre. Maintenant que je sais où la trouver, je peux reproduire la fabrication traditionnelle. Et c’est 100% naturel

Gardez-vous des liens avec le Burkina Faso ? Si oui, de quelle manière ?

Bien sûr c’est ma terre natale. Aussi oublier d’où l’on vient c’est ne pas savoir où on va. J’y ai toute ma famille avec laquelle je maintiens les liens en retournant souvent.

Quels sont vos projets pour les années à venir, tant sur le plan professionnel qu’artistique ?

J’aime mon travail et le fais avec détermination. Je suis aussi fière de l’héritage que j’ai reçu. Je concilie les deux activités. J’aimerais plus tard, obtenir un grand atelier de création artisanale avec le matériel adapté ( four…). Dans cet atelier je pourrais faire des démonstrations de fabrication traditionnelle 100% Burkinabè, du début à la fin, faire des visites ou même des formations à ceux qui le souhaitent.

Aujourd’hui financièrement, je n’ai pas les moyens nécessaires mais je crois à ce projet. Si toutefois quelqu’un d’autre y croit et veut m’aider à exporter et promouvoir cette culture aux delà des frontières du Burkina Faso, dans le monde entier, je suis partante pour tout partenariat.

Safiatou Deme est en France depuis plus de 13 ans.

Enfin, quel message souhaitez-vous adresser aux Burkinabè vivant au pays et à ceux établis à l’étranger ?

Mon message est  » Travaillons. Aimons ce que nous faisons. Rien n’est impossible, il faut savoir se donner les moyens. Quand on veut on peut. Je tiens surtout à remercier Isabelle KI la Responsable Adjointe des Femmes Burkinabè, une femme exemplaire qui mène des combats nobles. Merci pour son soutien et ses encouragements.

Interview réalisé en ligne par Annick HIEN/MoussoNews


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