Ismaël Guiré : Sans la vue, il confectionne des lits pico

Ismaël Guiré partage son temps entre l’université et l’artisanat. Étudiant en 3e année de Licence de Sociologie à Ouagadougou, il est également tisserand spécialisé dans la confection du lits pico. Aveugle, il exerce ce métier depuis plusieurs années , en parallèle, il vend des unités de recharge, fait l’élevage de volaille pour subvenir à ses besoins.
Originaire de Koudougou, Ismaël arrive à Ouagadougou au cours de l’année scolaire 2008-2009. Il devait initialement venir dans la capitale pour apprendre un métier. Son parcours prend une autre tournure lorsqu’il intègre une classe de CP1 dans une école bilingue. Son enseignant décèle rapidement ses capacités d’apprentissage. En 5 ans, il obtient son CEP.
Il poursuit ensuite sa scolarité à Loumbila, avant de revenir à Ouagadougou. En 2018, il décroche son BEPC, puis son baccalauréat en 2021. Il s’inscrit à l’université et choisit la sociologie.
Deux mois pour maîtriser le tissage
Ismaël a été initié au tissage du lit pico par un artisan aussi handicapé visuel d’un village voisin au sien. À l’en croire, c’est son père qui l’a encourager à apprendre ce métier, notamment pour lui permettre de disposer d’une activité et de gagner progressivement son autonomie financière.
En 2 mois d’apprentissage, il a réussi à maîtriser les principales techniques de fabrication. Au-delà du lipico, il apprend également à confectionner des sacs à main, des sacs à condiments destinés au marché ainsi que des paniers de décoration ou de service utilisés lors des mariages et autres cérémonies.
Selon Ismaël, le tissage d’un lit pico commence par la préparation de l’armature métallique, récupérée ou réalisée sur commande auprès d’un soudeur. Ismaël monte ensuite la chaîne en tendant les ficelles sur la structure. Le tissage se poursuit fil après fil, à l’aide de pointes.
Pour retrouver son emplacement après une pause, il utilise un système de repérage de la droite vers la gauche, basé sur la position des pointes. Sa méthode de travail repose également sur une chaîne plus dense et un nombre précis de ficelles, avec notamment l’utilisation de 7,5 ficelles pour ajuster l’épaisseur et la quantité de matière.
Un lipico à une place lui demande environ 2 jours de travail, selon la forme du tube, carré ou rond, et le rythme de production.

Des commandes sans atelier fixe
Après plusieurs années de pratique, Ismaël commence à commercialiser directement ses produits vers 2019. L’activité reste cependant irrégulière. Il travaille principalement sur commande et ne dispose pas encore d’un atelier où produire, exposer et vendre ses articles.
Le manque de moyens constitue également un frein depuis ses débuts. Après sa formation, il n’avait pas suffisamment de ressources pour s’équiper et lancer immédiatement une production régulière. Il a donc continué à pratiquer le tissage afin de conserver son savoir-faire.
Aujourd’hui, son objectif est d’obtenir un espace fixe. Il souhaite y installer son matériel, produire plus régulièrement, stocker ses articles et les proposer directement à la clientèle.
Il mise également sur le numérique. Il prévoit de créer des pages sur Facebook, WhatsApp et TikTok pour présenter ses réalisations et développer sa clientèle.
Outre, le tissage n’est pas sa seule source de revenus. Ismaël vend aussi des unités de recharge et pratique l’élevage de pintades.
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Former d’autres personnes handicapées
Par ailleurs, le jeune tisserand souhaite faire évoluer son activité et transmettre ce qu’il a appris. Son projet est d’ouvrir son propre atelier de tissage et d’y former d’autres personnes vivant avec un handicap.
Il relève de plus, les difficultés auxquelles sont confrontés de nombreux artisans handicapés, notamment en matière d’accompagnement et de débouchés commerciaux. Pour lui, une meilleure valorisation des produits locaux peut contribuer à renforcer l’autonomie financière de ces artisans.
Entre ses études en sociologie, le tissage, la vente d’unités de recharge et l’élevage, Ismaël Guiré poursuit plusieurs activités. Avec son futur atelier, il veut désormais passer de la pratique individuelle à la transmission de son savoir-faire.
Annick HIEN/MoussoNews
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