Loyers au Burkina Faso : Quand le toit devient un luxe pour beaucoup

Dans les rues animées de Ouagadougou, l’écho des réalités économiques résonne particulièrement fort lorsqu’il s’agit du logement. Pour de nombreux Burkinabè, trouver un toit décent est devenu un défi quotidien, un poste de dépense qui grève lourdement les budgets familiaux. Des habitants, des étudiants aux familles, partagent leurs expériences et les chiffres qui illustrent cette préoccupation grandissante.

« C’est devenu presque impossible », soupire Fatou Traoré, mère de trois enfants, rencontrée devant son modeste appartement à Ouaga 2000. « Mon mari travaille dans la fonction publique, mais son salaire ne suffit pas. On paie 120 000 F CFA par mois pour un F3. Avant, c’était plus abordable, mais aujourd’hui, les prix augmentent chaque année. L’eau et l’électricité, c’est encore autre chose, ça monte vite aussi. Parfois, je dois choisir entre acheter des vivres et payer le loyer en entier. C’est une lutte constante », témoigne-t-elle.

Non loin de là, dans le quartier Gounghin, Amadou Kaboré, étudiant en informatique, partage une chambre avec deux amis pour alléger les coûts. « Pour une chambre, même petite, on nous demande 40 000 F CFA chacun. Ça fait déjà 120 000 F CFA pour nous trois, sans compter les charges. Mes parents m’aident, mais je sais qu’ils font des sacrifices énormes. Si je vivais seul, il serait impensable de pouvoir étudier ici. J’ai même vu des appartements F2 dans des quartiers un peu plus éloignés à 80 000 F CFA, mais le transport pour venir jusqu’à l’université représente encore un budget », dit-il, la gorge nouée.

Une petite maison à 75 mille F CFA

Le constat de la cherté des loyers se fait également sentir, de plus en plus, à Bobo-Dioulasso, deuxième ville du pays. « Ici, on a réussi à trouver une petite maison avec une cour pour 75 000 F CFA par mois, ce qui est raisonnable pour notre famille, explique Adama Sawadogo, artisan. Mais il y a quelques années, on payait 50 000 F CFA pour quelque chose de similaire. Les propriétaires voient que la ville grandit et ils augmentent les prix sans se soucier de ce que les gens gagnent vraiment. On sent une pression constante », indique-t-il tristement.

Les professionnels de l’immobilier reconnaissent cette tension du marché. Un agent rencontré près du centre-ville de Ouagadougou, qui préfère rester anonyme, confie que : « La demande est très forte, surtout pour les appartements décents dans les quartiers bien desservis. Les investissements dans la construction ne suivent pas toujours, ce qui fait monter les prix. Les propriétaires sont conscients de cela et ajustent leurs tarifs. Le dépôt de garantie, souvent fixé à deux mois de loyer, représente aussi une somme conséquente pour les nouveaux arrivants », dit-il.

Entre les loyers qui s’envolent et les salaires qui peinent à suivre, le rêve d’un logement stable et abordable reste un horizon lointain pour une partie significative de la population burkinabè. L’accès à un toit décent est une question économique, sociale et humaine qui mérite une attention soutenue.

Mousonews avec Studio Yafa


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