Digitalisation des services au Burkina : Un soulagement pour les citoyens

Depuis la dématérialisation des procédures, les candidats aux différents concours publics ne se bousculent plus dans de longues files d’attente pour déposer leurs dossiers. Une évolution qui s’étend désormais à plusieurs autres services publics.
Demande de casier judiciaire, de visa, dépôts des concours professionnels, paiement des contraventions , timbre, plaintes et signalement en ligne sur la cybercriminalité, dons au profit de Faso Mêbo… etc. Les services publics au Burkina se digitalisent progressivement.
Avec son téléphone, en quelques minutes, Bertrand Poda, étudiant en Histoire-Géographie, vient de valider sa candidature pour un poste dans la fonction publique. Une révolution avec plusieurs bénéfices. « Nous gagnons en temps, en énergie et en coût. Je n’ai plus besoin d’aller faire un long rang pour mes dépôts de concours directs et autres. Souvent je dis que notre génération a de la chance. Tout est en train de se digitaliser », salue le jeune Bertrand.
La digitalisation ne touche pas seulement le dépôt des concours. Selon la directrice de la communication et des relations presse du ministère en charge de la Transition digitale, Somborigna Djélika Drabo, à ce jour, environ 95 plateformes sont pleinement fonctionnelles, ouvertes au public et/ou aux entreprises. Elle précise que la mise en place de ces plateformes n’est pas un simple effet de mode technologique. Il s’agit d’une réponse à des objectifs stratégiques.
Par exemple, depuis octobre 2023, les citoyens burkinabè peuvent faire leur demande de casier judiciaire en ligne peu importe leur lieu de naissance. Samira Bamogo sollicite ce service et elle ne tarit pas d’éloges. « Cette innovation nous sauve vraiment souvent. Au lieu de nous déplacer pour faire nos demandes, en moins d’une minute, on le fait grâce à une connexion internet table’’, apprécie-t-elle.
La e-verbalisation en marche
La digitalisation s’étend également au niveau de la circulation routière. Depuis le 1ᵉʳ août 2026, les rues ouagalaises sont parsemées de caméras de surveillance. Une innovation pour traquer les infractions dans la circulation. Lesdites infractions sont notifiées par SMS aux fautifs avec la procédure de paiement de la contravention. « L’engin immatriculé… fait l’objet de contravention le 01-8-2026, code : …. Montant : 6000 FCFA. Lien de paiement : https://my.fasoarzeka.bf ; Délai : 1 mois ». C’est le message que Brama a reçu pour n’avoir pas marqué un arrêt à un feu tricolore.
« Je ne savais pas que ça allait être si vite. C’est vrai qu’ils ont dit à partir du 1er, mais je m’attendais à un début lent. La pluie m’a surpris ce jour-là, en plus il faisait tard donc je ne me suis pas arrêté au feu », tente de se justifier Brama. Ces infractions concernent principalement le non-port de la ceinture de sécurité, le non-respect des feux tricolores, le dépassement de la vitesse maximale autorisée ainsi que l’usage manuel du téléphone au volant.
Des améliorations à faire
Pour Ousséni Ouédraogo, secrétaire général du Conseil national des organisations de la société civile du Burkina (CNOSC/BF), les services digitalisés contribuent entre autres à gagner du temps. « Tout est réduit : le déplacement, le temps, le coût ; et en une fraction de minute seulement vous avez votre document et vous postulez à votre poste ou au concours que vous voulez », rappelle-t-il.
Tout ne se passe pas sans difficulté. Carole Sawadogo, étudiante en pharmacie, a rencontré plusieurs fois des difficultés pour établir son casier judiciaire en ligne. « À chaque dépôt, on me disait ‘échec de demande’ ; et malheureusement je ne savais pas que c’était possible de modifier la demande ; donc à chaque échec, je reprenais et je payais. Toutes les 3 fois j’ai payé les 750 FCFA », regrette l’usager.
À cet effet, la DCRP du ministère en charge du numérique souligne que les citoyens peuvent rencontrer difficultés dans l’usage des plateformes numériques. Selon le retour de certains, le premier frein reste les aspects matériel et infrastructurel. ‘’Pour utiliser une plateforme en ligne, il faut de l’électricité, du réseau et un équipement. Si les grandes villes comme Ouagadougou ou Bobo-Dioulasso s’en sortent mieux, les zones rurales subissent encore de nombreuses coupures et un réseau parfois instable. À cela s’ajoute le coût des smartphones et des forfaits Data, qui restent un investissement lourd pour beaucoup de ménages’’, reconnaît Somborigna Djélika Drabo.
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En plus de cela, elle relève que certains citoyens n’ont pas l’habitude de manipuler des démarches administratives sur un écran. Sans compter que la quasi-totalité des plateformes est rédigée en français. « Tant qu’on n’intègre pas de manière fluide les langues nationales à travers des interfaces audio ou visuelles simples, on laissera de côté une tranche importante de la population », alerte-t-elle.
En plus de cela, certains utilisateurs sont encore méfiants à cause de la hausse des cas de cyberescroquerie et d’arnaque en ligne.
Le secrétaire général du CNOSC/BF recommande plus de sensibilisation sur ces nouvelles plateformes et l’organisation des journées portes ouvertes pour renforcer la confiance.
La digitalisation semble donc avoir changé les habitudes de nombreux Burkinabè en réduisant les déplacements, les délais et parfois les coûts. Mais pour que cette transformation profite réellement à tous, les défis liés à l’accès à Internet, à l’équipement, à la maîtrise du numérique et aux langues nationales devront encore être relevés.
MoussoNews/Studio Yafa
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