Burkina : Ces adolescent.e.s à la recherche de réponses sur leur santé sexuelle

Maman ? Papa ? Tata ? La Camarade ? L’internet ? Vers qui se tourner pour poser des questions sur la santé sexuelle et reproductive ? Au Burkina Faso, le silence plane toujours sur cette étape de la vie des jeunes adolescent.e. Si certain.e.s arrivent à avoir des réponses plus ou moins satisfaisantes, d’autres sont devenu.e.s mères et pères avant l’âge. Constat !
Dans certains quartiers en Afrique et en particulier au Burkina Faso, notamment à Bobo-Dioulasso, il y a toujours cette mamie qui est au courant de tout. Surtout quand il s’agit de la grossesse des jeunes filles. La nouvelle de ce mois de juin était la grossesse de la copine de Evariste, un jeune garçon de 18 ans. « Evariste a mis enceinte une fille », informe la mamie dans une causerie entre femmes. « Lequel des Evariste ? », demande une jeune dame.
Evariste, le jeune de 18 ans qui a abandonné les cours et qui se débrouille avec la maçonnerie dans le quartier. Toute l’assistance est restée hypnotisée, étonnée de savoir que l’enfant a mis enceinte une enfant. « La fille enceinte a 16 ans », ajoute la mamie informatrice. Et d’ajouter qu’elle doit même accoucher le mois suivant, donc en juillet. Fatim (nom d’emprunt) du nom de la jeune fille, 16 ans, peine à parler lorsqu’on lui pose la question sur comment cela est arrivé. Evariste aussi. « Ma maman ne m’a rien dit concernant les menstrues. Encore moins sur les risques de tomber enceinte », dit-elle. Il en est de même pour Evariste, dont la mère est souffrante de cancer de sein.

Le jeune homme n’a reçu aucune information sur la santé sexuelle des adolescentes. N’na (nom d’emprunt), 17 ans est devenu elle-aussi, une mère en mai 2026. « Ma maman m’avait dit que je pouvais tomber enceinte juste quand j’ai vu mes règles lorsque j’avais 14 ans. Elle m’a dit de faire attention aux hommes », témoigne-t-elle. Comment faire attention ? En prenant quelle disposition ? Aucune autre information n’a suivi cet alerte de la mère de N’na.
A qui poser les questions sur la santé sexuelle et reproductive ?
Au Burkina Faso, lorsqu’une adolescente ou un adolescent à une question concernant son corps, les règles, une grossesse, une infection sexuellement transmissible, vers qui s’adresse-t-elle ou s’adresse-t-il pour avoir des informations fiables et adaptées à son âge ? Une petite enquête sur 10 adolescentes de 13 à 16 ans, à Bobo et Ouaga révèlent que 5 se tournent vers la mère, 3 vers une amie et 2 vers autres. L’ensemble des 10 estiment qu’il n’est pas facile de parler de sexualité avec les parents. Sur les 10, 2 ont recours internet pour la recherche des informations sur la santé sexuelle même s’ils disent ne pas avoir trop confiance. 8 sur 10 affirment ne pas connaitre un endroit ou un adolescent peut obtenir des informations fiables sur la santé sexuelle.
Enquête
Des réponses avec les mamans, mais….
Maman Estelle, 38 ans et mère d’une fille de 11 ans l’avoue : « Il est très difficile de parler de sexualité avec un enfant. On ne sait pas par où commencer et comment trouver les mots qui siéent », dit-elle. Dès 9 ans, sa fille Dorcas présentait déjà des signes de développement de ses seins. « J’ai eu peur. Car je trouvais cela trop précoce », témoigne Maman Estelle, l’air anxieux. C’est à partir de 10 ans, qu’elle commence par lui expliquer le changement qui pourrait arriver à son corps. Ce jour, se rappelle-t-elle : « Je lui ai fais s’asseoir et je lui ai dit qu’on va parler comme des adultes. Et qu’elle doit suivre attentivement ce que je vais lui dire parce que c’est très capital. La petite a eu peur déjà ». Des mots, suivi de vidéo sur YouTube, Estelle expliquait pourquoi sa fille va avoir les seins, puis ensuite du sang qui va sortir de son sexe, des poils qui vont arriver sur le sexe et les aisselles, les odeurs corporelles….
Mamounata, mère de deux filles a eu du mal, également, à parler de santé sexuelle avec ces filles. « Honnêtement, c’est leur tante qui nous a aider beaucoup. Elle leur parlait de règles, d’infections, de grossesse… », dit-elle. Et d’ajouter que : « Moi-même, je suis tombé enceinte à 16 ans. Ma maman ne m’avait jamais parler de sexualité. A 17 ans, après l’accouchement, on m’a donné en mariage. Je n’ai donc pas eu le temps d’avoir des informations fiables, ni avec ma mère, ni avec une tante, ni même avec une amie ». Quand elle se retrouve avec ces filles qui ont aujourd’hui 16 et 18 ans, elles leur disent de faire attention aux hommes et d’attendre le mariage avant tout volonté d’avoir des relations sexuelles.
A son fils de 14 ans, elle dit n’avoir jamais parler de santé sexuelle avec lui. « Je trouve qu’il est encore un enfant », dit-elle. Saviez-vous que des garçons de 13, 14 ou 15 ans viole ou engrosse des filles ? Lui questionne-t-on. Elle le confirme informant que dans le quartier, un garçon de 12 ans a tenté de violer une fillette de 3 ans. Mais pourquoi ne parlez-vous donc pas de sexualité avec vos garçons ? Une question qui n’a pas eu de réponses claires.
Blandine Soré, 43 ans a une autre expérience meilleure. Elle témoigne avoir préparer sa fille de 10 ans qu’elle voyait déjà précoce. « Vous savez que les enfants grandissent vite maintenant. La mienne, dès 8 ans, elle a commencé à pousser les seins. J’ai compris qu’elle sera précoce. Et dès 10 ans, elle voyait ses règles. Mais avant, je lui ai parlé de tout avec des images à l’appui », explique-t-elle. La fille de Blandine a 12 ans en cette année.

Les centres jeunes de santé ne désemplissent pas
Dans un centre de santé (anonymat), quelques jeunes, essentiellement de filles, attendaient patiemment leur tour. A la question de savoir les préoccupations essentielles de ces patientes qui arrivent presqu’en cachette, la sage-femme affirme qu’elles viennent pour chercher des conseils pour éviter de tomber enceinte. « La grande majorité viennent s’informer sur comment éviter les grossesses précoces », dit-elle. Elles s’informent également sur l’hygiène menstruelles. Toutefois, dit-elle, les centres de jeunes sont assez fréquentés ces derniers temps. « Beaucoup, quand elles viennent, elles évoquent des comportements à risque qu’elles auraient pris comme par exemple des rapports sexuels durant des périodes dangereuses », témoigne l’agent de santé. Cherchent-ils des informations sur la contraception ? L’agent de santé indique qu’elles abordent la question très rarement en ce sens qu’elles ont peur des jugements des ‘’tanties’’. « Il y a quand même quelques filles qui osent en parler, mais c’est vraiment rare », dit-elle.

Dans un autre centre d’écoute pour jeunes, les consultations tournent autour des questions sur comment éviter les grossesses. « Certaines viennent déjà enceinte pour chercher des solutions. On ne peut que les accompagner », indique la sage-femme.
Le silence des parents, un danger !
Pour Dr Eliane Kiema, Pédiatre, le silence des parents sur la santé sexuelle des adolescentes peut entrainer des conséquences néfastes. En effet, dit-elle, ne pas parler de sexualité avec l’enfant l’amène à chercher l’information auprès des pairs ou sur internet avec le risque que ces informations soient étonnées.
Elle note également la prise de risques potentielles notamment les rapports sexuels non protégés, la mauvaise utilisation de contraception et le retard au dépistage ou aux soins. « Il y a aussi la difficulté à demander de l’aide en cas de violence, de pression sexuelle ou de problème de santé », dit-elle indexant les multiples cas de viols ces temps au Burkina Faso.
Et à l’école ?
A la maison, comme à l’école, les sujets sur la santé sexuelle et reproductive sont rarement abordés. « Ohhhhh, on n’y pense même pas », lance un professeur de français qui pense que le sujet est tout de même abordé dans la matière de Science de la vie et de la terre (SVT). Patrice Zerbo, professeur lance un sourire à l’annonce de la question. « Vous savez quand on parle de sexualité, les élèves commencent, soit à rire, soit à être gêné. Il faut avoir du tac et trouver les bons mots pour passer l’information », dit-il.
Des questions qui méritent réponses selon Cécile Thiombiano, Juriste- Analyste des politiques de population et santé, et présidente de ONIDS
A l’entendre, les vraies questions qu’il faut se poser souvent est : une adolescente peut-elle aller seule au centre de santé et faire une demande ? Sera-t-elle accueillie sans jugement ? Sa confidentialité sera-t-elle respectée ? Peut-elle payer ? Trouvera-t-elle la méthode contraceptive qui lui convient ? Et pourra-t-elle revenir sans être stigmatisée ? Les services dédiés aux jeunes peuvent existe sur le papier mais reste inaccessible à une adolescente.
Malheureusement, dit-elle, en Afrique, « nous avons des environnements qui sont plus focus sur des services simplement déclarés « amis des jeunes », plus qu’à des services réellement accessibles, acceptables, confidentiels, de qualité et construits avec les jeunes eux-mêmes.
Au Burkina Faso, près de 30% d’adolescent.e.s ont accouché avant 25 ans.
Bassératou KINDO/MoussoNews
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