TGI de Kaya : » J’excisais une vingtaine de filles par jour (…) je recevais 2500 FCFA plus une boule de savon », T.K, une sexagénaire

T.K., âgée dans la soixantaine, est la première prévenue appelée à la barre, le lundi 26 octobre 2026, à la mairie de Boussouma. Poursuivie dans une affaire d’excision sur une trentaine de victimes, elle reconnaît avoir pratiqué l’excision sur des fillettes âgées entre 4 à 6 ans. Face aux questions du tribunal sur ses motivations et ses pratiques, elle multiplie les demandes de pardon et affirme qu’elle ne recommencera plus.
« Ce n’est pas ma première fois de pratiquer l’excision. Je l’ai pratiquée depuis mon village d’origine », déclare T.K à la barre. TK. domicilée à Kaya est poursuivi pour des faits d’excision. Elle est accompagnée d’une trentaine de prévenus dont un homme dans cette affaire.
Selon ses explications, elle exerce cette pratique depuis une quinzaine d’années dans son village natal, avant de venir s’installer à Kaya avec sa famille à la suite de la crise securitaire. Elle explique avoir rejoint cette ville avec des habitants de son village qui sont, eux aussi déplacés internes.
Le tribunal a d’abord cherché à comprendre comment cette activité s’est poursuivie après son arrivée à Kaya. L’interrogation porte notamment sur le fait qu’elle affirme avoir continué à exciser alors qu’elle n’avait pas constaté que les habitants de sa nouvelle localité faisaient de même.
« Vous avez quitté votre village pour arriver à Kaya. Vous n’avez pas vu quelqu’un qui pratique l’excision, mais vous le faites. Ne vous êtes-vous pas demandé pourquoi, à Kaya, personne ne le pratique ? », lui demande-t-on.
La réponse de la prévenue reste vague. Elle finit par demander la clémence du tribunal, en promettant de ne plus recommencer.
« Je demande juste pardon. Je ne savais pas. Maintenant que j’ai su, je ne vais plus recommencer », assure-t-elle.
2 500 FCFA et une boule de savon par enfant
L’interrogatoire se poursuit sur les compensations qu’elle recevait après chaque excision. T.K. explique que les parents lui remettaient 2 500 FCFA et une boule de savon pour chaque enfant excisée.
Elle indique pratiquer l’excision pendant un mois chaque année, dont une vingtaine de filles excisées par jour. Ces déclarations amènent le tribunal à l’interroger sur les gains qu’elle pouvait tirer de cette activité.
« Calcul rapide, vous gagnez environ 50.000 avec une vingtaine de boules de savon. Est-ce que ce n’est pas parce que vous gagnez beaucoup que vous persistez ? », lui demande-t-on.
« Mais ce sont les gens qui viennent vers moi », répond-elle.
Le tribunal lui rappelle alors que les sollicitations des parents ne l’empêchaient pas de refuser. Une nouvelle fois, elle demande pardon.
Au cours des échanges, la prévenue soutient qu’elle ignorait que l’excision était interdite au Burkina Faso.
Le ministère public met en doute cette explication. Pour illustrer son propos, il relève qu’elle sait que pour une maladie ou une blessure il faut nécessairement aller en consultation à l’hôpital, alors qu’elle ne recourt pas à une structure sanitaire quand il s’agit de l’excision.
Et d’ajouter : « Pourquoi n’avez vous pas fait une pancarte devant votre porte pour faire votre publicité au su de tout le monde? », lui a questionné le ministère public.
A cela, elle réponds ignorer comment cette promotion se faisait.
Une pratique héritée de sa mère
D’où lui vient cette pratique ? À cette question, T.K. évoque avoir appris cela de ses parents.
« Ma mère était exciseuse. Mon père faisait la circoncision », explique-t-elle.
Mais lorsqu’il lui est demandé de citer les avantages de l’excision pour une jeune fille, elle reconnaît ne pas vraiment les connaître.
Le tribunal l’interroge également sur les actions de sensibilisation qu’elle aurait pu entendre dans son village d’origine. Elle affirme n’avoir jamais entendu parler de l’interdiction de l’excision lors de telles séances.
Les questions se déplacent ensuite vers les conditions concrètes dans lesquelles elle procédait.
T.K. déclare utiliser une simple lame et ne pas porter de gants.
A la question de savoir si un cas s’est déjà mal passé, elle affirme qu’en 15 ans de pratique, aucun cas ne s’est mal passé.
Elle précise toutefois qu’elle ne réalise pas toujours les excisions seule. Lorsqu’un parent ne peut pas maintenir l’enfant, explique-t-elle, une autre personne peut être sollicitée pour l’aider. À la question de savoir où se trouvent ces personnes, elle répond qu’elles sont présentes dans la salle d’audience.
L’interrogatoire aborde enfin les soins apportés après l’excision. La prévenue affirme recourir à des incantations pour favoriser la guérison des plaies.
« J’ai des incantations que je fais. Si je fais, ça guérit », déclare-t-elle.
Après cet interrogatoire, T.K. quitte la barre tout en sollicitant la clémence du tribunal.
F.T. une autre prévenue est ensuite appelé à comparaître.
Le procès se poursuit à la mairie de Boussouma, dans le cadre d’une audience foraine organisée par le Tribunal de grande instance de Kaya, en collaboration avec l’ONG ENABEL. Prévue sur 3 jours, cette audience concerne 39 prévenus, dont un homme, poursuivis pour des faits d’excision sur une trentaine de victimes. Au-delà de l’examen de cette affaire, l’audience foraine à Boussouma vise également à rapprocher l’institution judiciaire des populations.
Diane SAWADOGO/ MoussoNews
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